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mardi 30 avril 2013

Pourquoi je kiffe la Science

A écouter grâce à Podcast Science (texte dit par Jeanne Durussel)

Plusieurs c@fetiers des sciences se sont mis à écrire pourquoi ils kiffent la science, et l'idée est si bonne qu'elle m'a donné l'envie de raconter pourquoi, moi aussi je kiffe la science...
C'est Sirtin le premier qui a écrit pourquoi il kiffe la science, suivi de près par Dr Goulu, qui en a même profité pour faire d'une pierre deux coups, bien joué!

Pourquoi je kiffe la Science ? Peut-être parce qu'il n'y a que ça à kiffer dans ce bas monde... En fait, je ne me rends sans doute pas compte à quel point je la kiffe, la Science. Je l'aime, cette activité humaine fondée sur notre infinie curiosité. J'aime savoir, je veux savoir. Je kiffe la science parce qu'elle m'est probablement vitale quelque part. En fait, du plus loin que je puisse me souvenir, je la kiffais déjà quand j'étais à l'école primaire (mais on n'employait pas ce terme en 1984).

C'est en CM2 que je me souviens avoir rédigé une rédaction dont le personnage principal s'appelait le professeur Cherchelinsecte (je sais, ça ne s'invente qu'en CM2) et qui était comme par hasard astronome, déjà (allez comprendre). C'est peut-être aussi la fièreté d'avoir eu la meilleure note de rédaction jamais donnée par cette instit' (18,5/20, je ne peux l'oublier) qui m'amena à me dire que j'étais sur la bonne voie.

Mais il y avait eu des livres auparavant. Et il y en aura beaucoup après. Comment oublier ce livre bourré de photos et d'illustrations reçu à l'occasion d'un noël, dont le titre "Notre Univers" était un programme en soi, et dans lequel je découvris toutes les bases de l'astronomie ?  

Dès la fin du CM2, c'était décidé, il fallait que je soit chercheur moi-même. Je fis donc ce qu'il fallait pour atteindre mon petit objectif : savoir calculer, rédiger, observer, aimer la physique, apprécier la chimie, être émerveillé par la biologie, supporter les maths, et apprendre un peu de latin accessoirement.
Si je ne devins pas astronome, c'est peut-être à cause du Big Bang. Comme l'Univers avait été infiniment petit, c'est vers cet infini là que je me suis alors tourné... mais pour revenir vers l'autre, le grand, dès que je pus...
La Science, c'est quoi ? Savoir des choses. Savoir qu'on ne sait rien. Tenter de comprendre un peu mieux ce qu'on fait là. Je la kiffe tellement que j'ai parfois du mal à comprendre que certains puissent ne pas l'aimer, ne pas aimer comprendre des choses...

Quoi de plus kiffant que de connaître quelque chose qu'on ne connaissait pas la minute précédente ? Quoi de plus kiffant que comprendre comment fonctionne l'Univers ou bien un moteur à explosion ? Je ne sais pas...

Pourquoi je kiffe les sciences de l'Univers (astrophysique, cosmologie, astroparticules, ...) ? Parce que l'Univers pour moi englobe toutes les sciences, sans doute. Connaître comment fonctionne une étoile est la même chose que connaître les rouages d'une centrale nucléaire, savoir comment se forment les bras spiraux des galaxies c'est comprendre la formation des ondes de densité à la surface d'un lac. Savoir comment s'étend l'espace-temps, c'est savoir faire gonfler une brioche... Et savoir ce qu'est la matière noire... mon prochain kiff!

En fait, ce n'est pas tant de savoir comment fonctionnent les choses qui me fait tant aimer la Science, mais d'avantage tenter de savoir ce que sont les choses. Peut-être n'y avait-il pas de hasard dans l'intitulé du DEA que j'avais choisi avant de poursuivre l'aventure en recherche doctorale : "Constituants élémentaires de la matière"... C'est quoi un quark ? c'est quoi l'interaction forte ? C'est quoi l'espace-temps ? C'est quoi un photon ? c'est quoi une méduse (ou du moins l'hydrogène et l'oxygène qui la composent) ? c'est quoi une planète habitable ? c'est quoi une supernova ? C'est quoi un trou noir ? c'est quoi la masse manquante ? c'est quoi l'Univers ? Et c'est quoi l'animal bipède qui pose toutes ces questions ?
 
Savoir ce qu'est vraiment l'Univers m'apparaît être la frontière ultime de la Science, le kiff final, en somme. Celui qui sera à jamais inatteignable, mais qui doit rester un objectif, même utopique.

samedi 27 avril 2013

Hubble Tire le Portrait de la Comète ISON

Cette superbe image de la comète C/2012 S1 (ISON) a été prise le 10 avril dernier par le télescope spatial Hubble. Elle était alors aux environs de Jupiter, à une distance de 638 millions de km du Soleil et un peu plus de nous.
Déjà à cette grande distance, on constate que ISON est déjà active, le rayonnement du Soleil réchauffant sa surface en causant la sublimation de ces éléments volatils.
Une analyse fine du halo poussiéreux entourant le noyau solide glacé révèle l'existence d'un puissant jet de particules expulsé du côté du noyau faisant face au Soleil.

ISON (NASA, ESA, J.-Y. Li (Planetary Science Institute), and the Hubble Comet ISON Imaging Science Team)
Les mesures préliminaires issues des images de Hubble indiquent que le noyau de ISON ne fait pas plus de 6 km, ce qui est remarquablement petit au vu de la forte activité observée, d'après les astronomes qui ont déduit ses dimensions. Ils essayent d'estimer à partir de ces données quelle sera l'activité de la comète lorsqu'elle frôlera le Soleil à moins de 1,2 millions de km de sa surface, là où elle sera le plus spectaculaire, le 28 novembre prochain...
La chevelure poussiéreuse de ISON fait actuellement environ 5100 km de large, et sa queue s'étend sur plus de 90000 km, bien au delà du champ de vue de Hubble.

Comme ISON a le potentiel d'être la comète du siècle, la plus brillante depuis celle qui illumina le ciel de la Renaissance, les scientifiques de la NASA ont décidé d'organiser une campagne d'observation sans précédent, en regroupant un très grand nombre d'instruments spatiaux mais aussi des installations sur Terre. Le télescope spatial Hubble n'est qu'un élément parmi les outils les plus performants actuels regroupés dans la CIOC (Comet ISON Observing Campaign), qui s'est formée autour d'un petit comité des plus grands experts des comètes.
Le but de cette organisation est de faciliter, soutenir et encourager la communauté astronomique à mettre en commun leurs moyens dans le but de profiter au maximum de cette comète potentiellement extraordinaire.
Outre le télescope spatial, qui a donc déjà commencé sa part, les autres satellites ou sondes impliqués dans cette campagne d'observations et qui seront donc "détournés" pour la bonne cause sont les suivants :
  • SOHO (étude du soleil)
  • STEREO (étude du soleil)
  • SDO (étude du soleil)
  • Télescope spatial Spitzer (astronomie Infra rouge)
  • Chandra (astronomie X)
  • Télescope spatial Swift (astronomie UV/visible)
  • Deep Impact (étude de comètes)
  • Juno (étude de Jupiter, en route)
  • Messenger (étude de Mercure)
  • Mars Odyssey (étude de Mars)
  • Mars Reconnaissance Orbiter (étude de Mars)
  • Curiosity (étude de  Mars)
On peut constater que les sondes martiennes sont mises à contribution. En effet, avant d'arriver par chez nous en décembre, ISON passera non loin de Mars le 1er octobre, certes quand même à 10,8 millions de kilomètres, mais suffisamment près pour que Curiosity puisse l'apercevoir et prendre un cliché historique...
Ensuite, la comète ne mettra que 58 jours pour atteindre son périhélie, son point le plus proche du Soleil, qu'elle atteindra le 28 novembre.
Sa distance la plus proche de la Terre quant à elle se produira le 26 décembre (à 64,2 millions de km), si ISON existe toujours et ne s'est pas entièrement sublimée ... Nous pourrons alors l'admirer au coucher du soleil.
La Comète au dessus de Rotterdam (Lieve Verchuier, 1680)
Il faut dire que de telles comètes rasantes sont rares, ISON, qui a été découverte l'année dernière, est de celles-là, et étant la première fois qu'elle vient nous rendre visite dans l'intérieur du système solaire, on ne peut pas prédire ce qui se passera fin novembre. Certaines comètes ne survivent pas à leur approche du Soleil.

Si elle reste entière, il est estimé qu'environ 10% du noyau cométaire peut s'éroder. Toute l'énergie atteignant la comète provoque la sublimation de sa glace, un processus d'évaporation qui refroidit la surface et l'empêche d'atteindre des températures extrêmes malgré sa proximité au Soleil.
C'est cette furieuse sublimation de matière mélange de glace et de poussière à proximité du Soleil qui devrait produire une chevelure et une queue extraordinaires visibles à l’œil nu en plein jour (d'après les plus optimistes), mais la science des comètes est aussi incertaine que la météo...

Que ISON se révèle être réellement la comète du siècle ou seulement un flop astronomique, les scientifiques ont choisi d'en apprendre le plus possible sur cette visiteuse inhabituelle, quoiqu'il arrive. 

vendredi 26 avril 2013

La Relativité Générale Indéboulonnable

Grâce à leur densité extrêmement élevée, les étoiles à neutrons massives peuvent être utilisées pour tester la théorie de la gravitation - la Relativité Générale - dans des conditions extrêmes. C’est ce qu’ont réussi à faire John Antoniadis et son équipe en observant un pulsar de 2 masses solaires. Ils montrent dans un article publié cette semaine dans Science que la perte d’énergie orbitale de ce système binaire (un pulsar lié gravitationnellement à une étoile naine blanche) est totalement en accord avec ce que prédit la théorie d’Einstein. Ils confirment ainsi la validité de la Relativité Générale (RG) dans une configuration de très fort champ gravitationnel, là où certains théoriciens prévoyaient que la théorie d’Einstein ne serait plus valide.
Les étoiles à neutrons ayant une masse supérieure à 1,8 masses solaires produisent un champ gravitationnel énorme qui pourrait sortir du cadre de la relativité générale, c’est du moins ce que pensaient certains physiciens théoriciens. Seulement, pour tester ces idées, il fallait pouvoir observer un cas bien particulier impliquant par exemple un système binaire contenant un pulsar de grande masse et sur lequel on pourrait mesurer la perte d’énergie orbitale par émission d’ondes gravitationnelles.
Vue d'artiste du système pulsar binaire (Antoniadis et al.)

Antoniadis et al. se sont intéressés à un pulsar millisecondes nommé PSR J0348+0432 en observant la structure temporelle de son émission radio (de période 37 ms) ainsi qu’en faisant l’analyse spectroscopique de la lumière de son étoile compagnon, une naine blanche qui lui tourne autour en seulement 2,46 heures.
A partir de ces données, ils ont calculé les masses très précises des deux compagnons, ainsi que des paramètres orbitaux et dynamiques du système, et la perte d’énergie orbitale correspondante.

L’équipe d’astrophysiciens européens et américains signant cette étude montre ainsi que sur une période de suivi de deux ans, la période orbitale du système décroit significativement de 8,6 µs par an.
La masse de PSR J0348+0432 vaut très exactement 2,01 +-0,04 masses solaires. Il s’agit seulement de la deuxième étoile à neutrons à être mesurée avec une masse aussi élevée. Cette mesure confirme par ailleurs l’existence même de ce type d’étoiles à neutrons.

Avec ces valeurs de masses et de période orbitale, la théorie de la Relativité Générale prédit une décroissance orbitale importante.  Et la valeur mesurée par Antoniadis et al. de ce paramètre est en excellent accord avec la valeur prédite par la Relativité Générale, avec un ratio observation/théorie égal à 1,05 +-0,18, on pouvait difficilement faire mieux!

Comme ce pulsar binaire possède une énergie de liaison gravitationnelle 60% plus forte que n’importe quel autre étoile à neutron binaire où ont déjà été détectés des effets d’émission d’ondes gravitationnelles, les mesures de sa décroissance orbitale font de ce système un véritable laboratoire de gravitation en régime extrême.
Les résultats obtenus, très concordants avec la Relativité Générale, confirment ainsi sa validité y compris dans des couplages matière-gravitation extrêmes. Ils permettent en outre de rejeter l’existence de phénomènes à fort champ qui étaient prédits par des théories alternatives.
Ces beaux résultats indiquent d’autre part la pertinence de l’utilisation des principes de la RG pour la détection sur Terre d’ondes gravitationnelles qui seraient produites par des événements violents de type fusion d’étoiles à neutrons ou de trous noirs.

Voies de production possibles de PSR J0348+0432 et futur envisageable.
Mais en plus de produire un test excellent pour la RG en conditions extrêmes, PSR J0348+0432 ouvre également des pistes de compréhension sur l’évolution de la rotation des étoiles à neutron après accrétion de masse.
L’émission continue d’énergie sous forme d’ondes gravitationnelles va continuer à rapprocher les deux compagnons et raccourcir d’avantage leur période orbitale.
Dans 400 millions d’années, la période orbitale du système ne sera plus que de 23 minutes, la naine blanche se sera tellement rapprochée de l’étoile à neutrons que cette dernière pourrait accréter le peu de matière de l’enveloppe qui lui reste pour ne laisser qu’une sorte de planète de fer (le cœur de la naine blanche), à moins que la masse ainsi ajoutée ne fasse dépasser la masse critique au-delà de laquelle l’effondrement en trou noir est inéluctable…


Référence :
 A Massive Pulsar in a Compact Relativistic Binary
J. Antoniadis et al.
Science Vol. 340 no. 6131 (26 April 2013)
 

lundi 22 avril 2013

La Supernova Qui Etait trop Brillante

Les supernovae sont des phénomènes extrêmement lumineux. Lorsqu'une étoile termine sa vie ainsi, en explosant, elle émet brusquement une bouffée d'énergie, de neutrinos et de lumière qui peut supplanter toute la galaxie qui l'abrite. Et certaines supernovæ sont un peu trop lumineuses au gout des astrophysiciens qui les étudient avec attention.
PS1-10afx est une supernova de ce type. Découverte en 2010 au télescope PanSTARRS de Hawaï (le télescope qui a donné son nom à la comète qui nous a passionné le mois dernier). Elle est située à 9 milliards d'années-lumière, une distance considérable, et sa luminosité apparente a montré qu'elle était aussi brillante que 100 milliards d'étoiles du type soleil! Une étoile qui se met soudainement à briller comme 100 milliards d'étoiles...
Vue d'artiste d'une supernova avant explosion
Ryan Chornock, du Harvard–Smithsonian Center for Astrophysics et ses collègues publient cette semaine la découverte de cette supernova dans The Astrophysical Journal. Ils en détaillent ses caractéristiques comme une couleur plus rouge que la normale, ainsi que sa courbe de luminosité (variation de la luminosité dans le temps) très inhabituelle, avec une montée en seulement 12 jours et une décroissance également très rapide.

Pour eux, PS1-10afx fait tout de même partie de la famille des supernovæ dites "superlumineuses", qui d'habitude peuvent montrer des luminosités 10 à 100 fois supérieures à la normale. Elle serait un cas extrême de cette classe. 
Mais en fait, non seulement par sa luminosité, mais aussi par ses diverses caractéristiques observables, PS1-10afx apparaît être une supernova extravagante : lumière à dominante rouge au lieu d'UV classiquement observé pour le type SLSN (SuperLuminous SuperNovae), vitesse d'éjection photosphérique de 11000 km/s, rayon d'émission très grand (50 milliards de kilomètres) malgré le temps de montée de la luminosité très court...

D'autre part, les précédentes SLSN observées étaient toutes situées dans des jeunes galaxies naines, ce qui n'est absolument pas le cas de la galaxie hôte de PS1-10afx : il s'agit d'une galaxie assez massive de 20 milliards de masses solaires, avec une population stellaire âgée de 100 millions d'années, et qui produit des étoiles à un taux de 15 masses solaires par an...
Ses caractéristiques excluent pour cette supernova des sources d'énergie typiques des supernovæ ultra-brillantes : explosion dans un milieu circumstellaire dense qui permet de convertir de l'énergie cinétique de l'explosion en rayonnement supplémentaire ou bien création d'un pulsar ultra rapide à fort champ magnétique produit lors du collapse (ce qu'on appelle un magnétar). Rien de tout ça pour PS1-10afx...

PS1-10afx est-elle réellement une supernova superlumineuse ? Une supernova, ça ne fait aucun doute. Mais une équipe d'astrophysiciens du Kavli Institute for the Physics and Mathematics of the Universe à l'Université de Tokyo, s'est interrogée, après la lecture du preprint de Ryan Chornock, sur la réalité de cette luminosité hors norme.
Robert Quimby et son équipe ont donc réutilisé les données de l'équipe de Chornock  en analysant le spectre de la supernova et en le comparant avec tous les types de spectres des différents types de supernovae connus. Et ce qu'ils trouvent et qu'ils publient dans les prochains jours dans Astrophysical Journal Letters, c'est que cette supernova PS1-10afx possède un spectre très similaire à celui d'une supernova de type Ia (les fameuses supernovae utilisées comme chandelles cosmiques pour mesurer les distances, nous en avons déjà parlé souvent), mais comme si l'amplitude de sa luminosité était amplifiée...
Mais ils vont plus loin, car il existe un phénomène bien connu produisant des amplification de luminosité : les effets de lentilles gravitationnelles
Illustratrion du phénomène de lentille gravitationnelle (NASA, ESA et L. Calcada)

En effet, les fortes masses (grosses galaxies, amas de galaxies, ...) peuvent incurver les trajectoires des photons, mais à la manière des lentilles optiques que nous connaissons, elles produisent également une intensification du signal résultant
Quimby et al. proposent ainsi que PS1-10afx est une supernova relativement classique mais située en arrière plan d'une forte masse qui se trouve placée exactement au bon endroit (par un heureux hasard) pour amplifier considérablement sa lumière... Leur explication préférée serait la présence d'une galaxie principalement constituée d'un halo de matière noire (donc invisible) entre la supernova et nous, ils imaginent également la possibilité d'un trou noir supermassif errant...
Mais Chornock ne croit pas à cette explication, arguant du fait que le phénomène de lentille gravitationnelle requiert la présence d'une masse très importante, d'un amas de galaxies par exemple, or on ne voit rien de tel, et de plus selon lui un tel alignement serait hautement improbable.

Quimby rétorque qu'il s'apprête à tester son explication, simplement en observant très attentivement la galaxie hôte de PS1-10afx à la recherche de distorsions gravitationnelles dans l'image de la galaxie. Pour tester son modèle, il a donc demandé du temps d'observation sur le télescope spatial Hubble. Il fallait au moins ça pour mettre au clair la réalité ou non d'une telle furie.

Si l'explication "lentille gravitationnelle" se confirmait, les implications pourraient être nombreuses tant en cosmologie, que dans les domaines des bouffées gamma ou des halos de matière sombre...


Références :

PS1-10afx At z=1.388: Pan STARRS1 Discovery Of a New Type of Superluminous Supernova
R. Chornock et al. 
ApJ 767 162 (2013)

Extraordinary Magnification Of The Ordinary Type Ia Supernova PS1-10afx
R. Quimby et al.
ApJ 768 L20 (2013)

vendredi 19 avril 2013

HFLS3, La Galaxie qui Défie la Théorie de l'Evolution (des Galaxies)

Le télescope spatial Herschel vient de faire une découverte qui laisse perplexe plus d'un astrophysicien. Il s'agit d'une galaxie très lointaine, située à presque 13 milliards d'années-lumière, très exactement à une époque où l'Univers n'était âgé que de 880 millions d'années. Mais ce n'est pas son âge en lui-même qui est stupéfiant, il s'agit de la taille et de l'activité de cette galaxie, associés à son âge.
HFLS3, c'est son nom, apparaît être une galaxie très grosse pour une galaxie aussi jeune, elle fait déjà près de 140 milliards de masses solaires, soit à peu près la taille de notre galaxie, elle, vieille de plusieurs milliards d'années. Mais ce n'est pas tout! HFLS3 comme toute galaxie jeune, produit de nombreuses étoiles, mais elle montre un taux de production d'étoiles hors du commun : alors que notre Voie Lactée produit environ une étoile par an, HFLS3 en produit plus de 2000 par an! 

Les astrophysiciens sont d'accord sur un point : une telle galaxie est une véritable énigme, elle ne devrait pas exister dans un Univers de moins de 1 milliard d'années. HFLS3 ne colle pas du tout avec la théorie de l'évolution des grandes structures galactiques qui est admise aujourd'hui.
Le modèle de formation des galaxies indique que les premières galaxies se forment dans l'Univers âgé de 600 millions d'années environ par agglomération de matière autour de fluctuations de densités reliques issues de l'Univers primordial.
La galaxie HFLS3 (ESA/Herschel/HerMES/IRAM/GTC/W.M. Keck Observatory)
Ces grains grossissent lentement jusqu'à former des masses de gaz suffisamment denses pour engager des réactions de fusion des noyaux d'hydrogène. Les premières étoiles sont produites dans de petites galaxies de quelques milliards de masses solaires avec un taux de production moyen inférieur à 10 étoiles par an.
Le modèle d'évolution en vigueur indique que les galaxies grossissent ensuite en intégrant des nuages de gaz intergalactique et par fusions successives avec d'autres petites protogalaxies, jusqu'à atteindre des tailles semblables à notre Voie Lactée (100 milliards de masses solaires) en plusieurs milliards d'années.

Le télescope spatial Herschel (ESA)
Dominik Riechers de Cornell University, qui a mené ces recherches explique que chercher les premières galaxies massives est comme chercher une aiguille dans une botte de foin : le programme HerMES (Herschel Multi-tiered Extragalactic Survey) a trouvé des dizaines de milliers de galaxies massives de type usines à étoiles, et la sélection des objets intéressants était un véritable casse-tête. Mais HFLS3 sortait du lot de par sa très forte luminosité dans l'infra-rouge qui a très vite intrigués les astronomes.
Des observations complémentaires avec le télescope terrestre Keck ont alors montré que le décalage vers le rouge de cette galaxie était z = 6,34, soit la distance considérable de 12,9 milliards d'années-lumière. La très forte luminosité observée ne pouvait être due qu'à une production extrême d'étoiles...

HFLS3 semble produire des étoiles dans la totalité de son volume. Le rayonnement des étoiles naissantes y est si intense qu'il parvient presque à disperser le gaz en effondrement gravitationnel, source de cette production impressionnante.

L'existence ne serait-ce que d'une seule galaxie ayant ces caractéristiques hors normes remet en cause la théorie de la formation et de l'évolution des galaxies dans l'Univers jeune. Les astrophysiciens se trouvent quelque peu démunis face à cette découverte. Ils cherchent maintenant frénétiquement dans les données d'autres exemples de galaxies extrêmes situées à ces époques, avant peut-être de devoir retourner à leurs papiers et leurs crayons pour réfléchir à un nouveau scénario de naissance des galaxies. 


Références : 
A Dust‐Obscured Massive Hyper‐Starburst Galaxy at Redshift 6.34 
D. A. Riechers et al.
Nature, 18 April 2013

Pour aller plus loin :
Mystères de la Formation des Galaxies. Vers une nouvelle physique ?
Françoise Combes
Editions Dunod (2008)


mardi 16 avril 2013

Tournant dans la Quête de la Matière Noire


Nous sommes peut-etre arrivés à un tournant dans la quête de la matière noire non baryonique. L'une des plus prestigieuses expériences de détection directe de particules supersymétriques, l'américaine CDMS II (Cryogenic Dark Matter Search) qui faisait jusqu'alors partie du camp ''nous ne voyons rien'' vient de présenter, le 13 avril lors de la réunion de l'APS (American Physical Society) à Denver, de nouveaux résultats utilisant des détecteurs différents de leurs détecteurs principaux (des semiconducturs silicium au lieu de germanium, mais toujours refroidis à des températures cryogéniques, à quelques dizaines de millikelvins). 
Un des 11 détecteurs silicium de 106 g de CDMS II (Fermilab)

Elle annonce avoir détecté 3 événements candidats WIMPs, qui ne peuvent statistiquement pas être dûs à du bruit de fond connu. Le gros avantage du silicium est qu'il permet de détecter des particules plus légères que ce que permet le germanium. En effet, le mode de détection des WIMPs dans ce procédé repose sur la diffusion élastique, autrement dit le jeu de billard. Des WIMPs relativement peu lourdes ( par rapport à leur cible qui est le noyau d'atome) impriment moins d'énergie de recul à un noyau de germanium qu'à un noyau plus léger de silicium. cette énergie pouvait donc être si faible qu'elle se trouvait en dessous du seuil de détection du détecteur Ge, mais pas de celui en silicium...
Après avoir modélisé dans tous les sens toutes les sources de bruit de fond pouvant donner un signal similaire à celui observé, les américains s'attendaient à 0,7 événements si il n'existait que les sources de bruit de fond... Les 3 événements observés sont donc statistiquement très significatifs.
Malgré cela, les physiciens américains n'osent pas annoncer ces résultats en terme de découverte. Ils veulent rester très prudents.
En bleu clair et foncé: zones à 68% et 90% de confiance du signal WIMP de CDMS dans le graphe section efficace=f(masse); en rose : zone COGENT; pointillés vert clair et foncés : contours d'exclusion de XENON. L'étoile représente le point de maximum de vraisemblance : m = 8.6 GeV,   sigma = 2 10 -41 cm² (CDMS collaboration)
Il faut préciser qu'en face du camp des ''nous ne voyons rien'', plusieurs expériences ont formé le camp des ''nous avons vu quelque chose''. Et il se trouve que ces trois expériences  : l'italienne DAMA, l'américaine COGENT et l'européenne CRESST, ont observé des candidats WIMPs, mais leurs caractéristiques ne sont pas compatibles entre elles...
Cette fois-ci, les trois WIMPs de CDMS II seraient compatibles avec celles de COGENT. Il y aurait alors un match USA contre reste du monde.

Sauf qu'une expérience fondée sur un procédé assez différent et plus sensible (expérience XENON) n'a toujours rien vu et exclue même la zone que vient d'annoncer CDMS.
D'où sans doute le regain d'humilité affiché par Kevin McCarthy à l'annonce de ces résultats pourtant stupéfiants.


Sources :
http://cdms.berkeley.edu

Dark Matter Search Results Using the Silicon Detectors of CDMS II.
CDMS Collaboration
arXiv astro-ph.CO, (2013), arXiv:1304.4279
soumis à Phys. Rev. Letters