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21/07/26

Reflect Orbital : une pure catastrophe !


C’est une dinguerie... de type folie furieuse ! Le 9 juillet dernier, la Commission fédérale des communications des États-Unis a approuvé le projet de la start-up californienne Reflect Orbital qui vise à lancer en orbite basse un énorme miroir pour créer à la demande des zones éclairées sur Terre, pendant la nuit. Le but de Reflect Orbital est ensuite de déployer 50 000 miroirs de ce type d’ici 2035 ! Si jamais ce projet délirant voit le jour, ç’en est fini de l’astronomie optique terrestre…

Le projet Reflect Orbital vise à rediriger la lumière du soleil vers les zones nocturnes de la Terre, permettant d'atteindre une luminosité équivalente à celle de midi solaire dans certaines régions. Selon la start-up, leur objectif est de fournir « une énergie propre et abondante, disponible à la demande ». L'entreprise explique que ces zones d’apport de lumière solaire pourraient accroître la productivité agricole, faciliter les opérations de secours en cas de catastrophe naturelle et permettre aux panneaux solaires de produire de l'électricité la nuit. Evidemment, la communauté astronomique à vite compris les conséquences néfastes d’un tel projet. Non seulement les faisceaux de lumière émis par les miroirs en orbite pourraient fortement perturber le fonctionnement des télescopes sensibles, mais en plus ils ne feraient qu'aggraver encore la pollution lumineuse, à l’image de la présence de la pleine lune qui empêche de nombreuses observations du ciel profond. Roohi Dalal, directrice adjointe des politiques publiques de l'American Astronomical Society a déclaré à juste titre que « Avec 50 000 satellites, cela signifierait probablement la fin de l'astronomie au sol, ou du moins de l'astronomie optique ».

Après avoir reçu l'approbation de la Commission fédérale des communications des États-Unis, Reflect Orbital prévoit de lancer son premier satellite nommé Eärendil-1, d'ici la fin de l'année, sur une orbite à 625 kilomètres d'altitude. De là, ce satellite, de la taille d'un mini-réfrigérateur, déploiera un miroir de la taille d'un court de tennis, mais de quelques microns d’épaisseur. Le miroir sera orienté de manière à concentrer la lumière du soleil sur plusieurs sites d'essai, et l'équipe de Reflect Orbital doit évaluer les mécanismes de déploiement et de pointage. Le premier miroir illuminera une zone d'environ 24 kilomètres carrés à la surface de la Terre. L’entreprise précise que le faisceau de lumière pourra être éteint à la demande… il faut juste les croire sur parole…

Ben Nowack, cofondateur et PDG de Reflect Orbital dit qu’ils veulent démontrer comment ils peuvent apporter un bénéfice sans projeter de lumière là où personne ne le souhaite. Il paraît que l’équipe de Reflect Orbital a créé des centaines de prototypes de miroirs, qu’ils vont effectuer de nombreux essais en sollicitant des chercheurs indépendants pour étudier les effets de leurs dispositifs. Reflect Orbital aurait même mis en place des mécanismes de contrôle afin de garantir que sa technologie n'interfère pas avec le travail des astronomes. Curieux, ça me rappelle étrangement les annonces de Starlink dans les débuts…

Outre la folie de tuer définitivement la nuit noire, il y a une chose que Reflect Orbital semble mettre un peu sous le tapis : le risque. Parce que, comme pour tout satellite, une simple erreur matérielle ou logicielle peut entraîner des conséquences désastreuses, notamment ici un déploiement défectueux des gigantesques miroirs. Le diable se cache souvent dans les détails. Imaginez un de ces miroirs (voire le tout premier) dont le satellite support tombe en panne et ne peut plus communiquer. Il devient incontrôlable, et le miroir éclaire alors la Terre en continu, soit la même zone, soit plusieurs au gré de ses mouvements incontrôlés…  

Et une fois les miroirs de test déployés, Reflect Orbital devrait surveiller attentivement les effets des débris provenant d'autres engins spatiaux en orbite basse autour de la Terre, et ils sont nombreux, ces débris…. A cette altitude, des fragments de débris de quelques millimètres ou centimètres sont fréquents et pourraient percuter ces miroirs d’autant plus facilement que leur surface est grande. Des impacts répétés sur ces miroirs ultrasensibles pourraient évidemment en réduire l'efficacité mais surtout produire encore plus de débris. Ces risques pourraient s'aggraver très vite si Reflect Orbital lance des milliers de satellites miroirs.


Le premier satellite d'essai dont le lancement a été approuvé par l’autorité trumpienne, mais qui pourrait impacter le monde entier, fournira environ autant de lumière que la pleine lune. C’est déjà beaucoup trop, et ça montre que pour espérer augmenter la production d'énergie solaire ou éclairer des zones urbaines la nuit, l'entreprise aura besoin de beaucoup plus de satellites, ce qui accroîtra les risques de collision et l’apparition d’un beau syndrome de Kessler.

Un porte-parole de Reflect Orbital a précisé, je cite, « qu’ils s'efforceront d'éviter les collisions avec les débris spatiaux ». Ah ouais ? Et comment ?

C’est évidemment une catastrophe pour l’astronomie. De nombreux chercheurs craignent que la mission Reflect Orbital ne nuise aux observations et à la collecte de données. Les télescopes optiques, comme celui de l’observatoire Vera C. Rubin au Chili, utilisent des instruments ultrasensibles qui sont susceptibles de subir d'importantes interférences dues aux faisceaux de lumière réfléchis. Par exemple, si l'une des images de Rubin incluait un miroir de Reflect Orbital, elle serait complètement saturée et inutilisable.

Reflect Orbital affirme que le contrôle précis des faisceaux des miroirs afin d'éviter toute lumière parasite est une priorité absolue depuis le début. L'entreprise serait en train de travailler à un accord avec la NSF (National Science Foundation) afin de répondre aux préoccupations des scientifiques, et Nowack promet de maintenir des « zones d'exclusion » pour protéger les installations astronomiques.

Mais ce ne sont pas de « zones d’exclusion » que les astronomes du monde entier, professionnels comme amateurs, ont besoin, comme tout à chacun, du reste. Ce que nous voulons c’est l’exclusion de ces projets délirants de constellations de dizaines de milliers de satellites plus réfléchissants les uns que les autres qui détruisent la nuit noire, et encore plus ce projet délétère.

Le pire dans cette histoire, comme c’était le cas également avec la constellation Starlink, c’est que ce ne sont que quelques personnes aux Etats-Unis qui, avec leurs décisions abjectes, vont polluer durablement l’orbite basse de notre planète et bouleverser la vie nocturne de 8 milliards de personnes qui ne demandaient rien d’autre que de s’émerveiller en regardant le ciel étoilé. 



Illustrations 

1. La Terre illuminée (Jesper Klausen/Science Photo Library)

2. Vue d'artiste de quelques miroirs en orbite (Reflect Orbital)

19/07/26

Découverte du premier trou noir stellaire dans Omega Centauri


L'amas globulaire massif Omega Centauri intrigue les astronomes depuis des décennies parce qu’il devrait contenir de nombreux trous noirs, mais les preuves de leur existence se font bien rares. Aujourd'hui, une équipe d'astrophysiciens, grâce aux données d'archives du télescope spatial Hubble et à des observations complémentaires du télescope spatial Webb, ont enfin localisé le premier trou noir de masse stellaire dans cet amas. L’étude a été publiée dans The Astrophysical Journal Letters.

Omega Centauri est un gros amas globulaire composé de 10 millions d'étoiles liées gravitationnellement, qui est situé à 18 000 années-lumière. Bien que la communauté astronomique ait déjà mis en évidence, grâce au télescope Hubble, la présence d'un trou noir de masse intermédiaire en son centre, les modèles suggèrent que cet amas globulaire devrait également contenir environ 10 000 trous noirs de masse stellaire. Cette population importante de trous noirs a totalement échappé à la détection lors de précédentes études observationnelles, qui utilisaient la méthode des vitesses radiales ou recherchaient les émissions radio et X de la matière spiralant sur les trous noirs.

Matthew Whitaker (université de l’Utah) et ses collaborateurs ont adopté une approche inédite pour ce type de recherche, l'astrométrie, qui permet de mesurer les infimes mouvements des étoiles au fil du temps. En analysant plus de 20 ans de données d'archives du télescope Hubble et en intégrant des données récentes du télescope Webb pour affiner leurs mesures astrométriques, l'équipe a ainsi localisé une étoile orbitant autour d'un objet invisible si massif qu'il s'agit nécessairement d'un trou noir. Baptisé oMEGACat BH-2, ce trou noir de masse stellaire est le premier détecté dans Omega Centauri et présente des caractéristiques surprenantes. oMEGACat BH-2 possède notamment une masse de 4,46 masses solaires, ce qui est inférieur aux prévisions. Et puis, avec son étoile compagne, le système binaire trou noir-étoile présente la plus longue période orbitale jamais observée à ce jour, avec 94 ans.

La précision des mesures est assez incroyable : elle atteint une fraction de pixel sur les détecteurs de Hubble et Webb. Il faut préciser qu’une étude antérieure menée par un autre groupe de chercheurs, avait suggéré la présence d'une étoile à neutrons dans ce système binaire. En complétant les données de Hubble de l'étude précédente par des mesures astrométriques d'archives de Hubble réalisées entre 2002 et 2023, et en intégrant des données infrarouges proches du télescope Webb pour améliorer la précision, Whitaker et ses collaborateurs ont pu mieux contraindre la masse du compagnon sombre de l'étoile visible (une étoile standard de 0.78 masse solaire). Ils ont ainsi pu écarter l'hypothèse d'une étoile à neutrons en calculant sa masse, deux fois trop élevée pour être une étoile à neutrons.

Cependant, la masse de ce trou noir est bien inférieure à celle qui était attendue dans un environnement pauvre en métaux comme Omega Centauri. Une étoile pauvre en métaux est généralement très massive et finit sa vie en formant un trou noir également assez massif. Une telle étoile pourrait donc former un trou noir de ce type. La découverte du premier membre de cette population de trous noirs permettra d'affiner les théories actuelles sur leur formation dans des environnements tels qu'Omega Centauri, selon les chercheurs.

Concernant la détermination de la période orbitale, c’est grâce aux données précises des télescopes Hubble et Webb que l'équipe a pu retracer la trajectoire de l'étoile sur plus de 20 ans, notamment lors de son passage au plus près du trou noir, moment où elle se déplaçait le plus rapidement dans le ciel. À partir de ces données exhaustives, Whitaker et ses collaborateurs ont déterminé que l'étoile visible orbite autour d'oMEGACat BH-2 en 94 ans, ce qui en fait le système binaire à trou noir à la période orbitale la plus longue jamais observé. Et cette longue période orbitale apporte également un éclairage sur l'origine de ce système binaire. Cela indique qu’iI s'est probablement formé dynamiquement, c’est à dire que l'étoile et le trou noir ne formaient pas un couple au départ, mais se sont rencontrés au sein de cet amas et sont restés liés gravitationnellement. Et les chercheurs ont calculé qu'un système comme oMEGACat BH-2 devrait survivre moins d'un milliard d'années avant d'être séparé par des collisions avec des étoiles voisines, une durée de vie bien plus courte que l'âge de l'amas (environ 12 milliards d'années).

Il est important de comprendre les populations de trous noirs dans les amas globulaires car leur physique et leur formation restent incertaines. Plus précisément, il est essentiel de comprendre le processus de formation des trous noirs, puis la formation dynamique des binaires, car cela influence notre capacité à interpréter et à comprendre les ondes gravitationnelles. Il ne faut pas oublier que ce sont des environnements comme Omega Centauri qui sont les principaux lieux où des binaires de trous noirs fusionnent et créent des ondes gravitationnelles.

Les recherches de binaires par vitesse radiale dans les amas globulaires ont été rendues possibles grâce aux mesures avec MUSE en multi-époques qui ont été effectuées dans NGC 3201, ω Cen et 47 Tuc, mais elles n'ont permis de détecter que les deux trous noirs de NGC 3201. De nombreuses binaires détectées par vitesse radiale dans ω Cen ne présentent pas de contraintes orbitales précises, mais pour les chercheurs, des binaires à trous noirs à courte période (< 1 an) devraient pouvoir être caractérisées à l'aide de ces données, à condition que la compagne visible soit une étoile plus brillante. L'analyse des données existantes sur d'autres amas et une surveillance accrue pourraient aussi conduire à la détection de nouvelles binaires à trous noirs.

Quoi qu'il en soit, de nouvelles détections seront nécessaires pour mieux caractériser la population de trous noirs dans les amas globulaires. Et on peut affirmer que l'identification de oMEGACat BH-2 marque le début d'une nouvelle ère pour la découverte astrométrique de trous noirs dans les amas globulaires...


Source

A Long Period Stellar-mass Black Hole Binary in ω Centauri

Matthew Whitaker, et al.

The Astrophysical Journal Letters, Volume 1006, Number 1 (13 july 2026)

https://doi.org/10.3847/2041-8213/ae7a5c


Illustrations

1. Localisation de oMEGACat BH-2 dans Omega Centauri (ESA, NASA, Maximilian Häberle (MPIA), Joseph DePasquale (STScI))

2. Matthew Whitaker

08/07/26

Découverte de 31 quasars extrêmement lointains grâce à Euclid


Le télescope spatial Euclid vient de permettre la découverte de 31 quasars parmi les plus lointains jamais observés. Deux de ces cœurs de galaxies alimentés par des trous noirs supermassifs, sont les quasars les plus lointains jamais observés dans l'histoire cosmique. Ils brillent lorsque l'Univers n’a que 670 millions d'années, soit seulement 5 % de son âge actuel. La découverte est publiée dans Astronomy&Astrophysics.

Les quasars représentent une phase brève de la vie d'une galaxie, durant laquelle d'importantes quantités de matière sont englouties en spirale par le trou noir supermassif central, libérant ainsi une énergie colossale. Durant cette phase, le noyau de la galaxie brille plus intensément que tout autre objet de l'Univers, surpassant souvent le reste de sa galaxie hôte par des centaines voire de milliers de fois.

Le télescope spatial Euclid a été mis en orbite au point de Lagrange L2 en juillet 2023 par l’ESA. Il explore la composition, l’histoire et l’évolution de l'Univers, en cartographiant sa structure à grande échelle, dans le but de révéler les secrets de l'Univers sombre. Il est utilisé pour observer des milliards de galaxies, ce qui permet de révéler ainsi de nombreux quasars.

Da-Ming Yang (université de Leiden) et ses nombreux collaborateurs, ont découvert grâce à Euclid un nombre sans précédent de 31 nouveaux quasars dans l'Univers primordial. Cette découverte change la donne, puisqu'elle révèle non seulement ces rares quasars brillants, mais aussi la majeure partie de la population ancienne de quasars. Elle ajoute 12 nouveaux quasars situés à un décalage vers le rouge supérieur à 7, correspondant aux 770 premiers millions d'années de l'Univers.

Les deux quasars les plus anciens de ce lot, EUCL J1729+6410 et EUCL J1253+7054, présentent des décalages vers le rouge respectifs de 7,77 et 7,69, établissant ainsi un nouveau record pour les quasars les plus anciens jamais découverts. Situés à un peu plus de 13 milliards d'années-lumière, ils sont apparus durant les 670 premiers millions d'années de l'Univers. Ces quasars ont été sélectionnés parmi environ 3 000 deg² de ciel couverts durant les 1,5 premières années du relevé Euclid Wide Survey, représentant les premiers résultats de la recherche de quasars à haut décalage vers le rouge menée par Euclid. La sélection de candidats a fait appel à plusieurs techniques d'apprentissage automatique et probabilistes appliquées aux images d’Euclid, complétées par des données auxiliaires lorsque disponibles. Des observations spectroscopiques de suivi ont notamment été réalisées avec les télescopes Keck, Magellan et le Large Binocular Telescope (LBT).

Parmi les nouvelles découvertes, on compte 12 quasars à un redshift z  ≥ 7, soit plus du double du nombre de quasars précédemment connus à de tels redshifts. Le quasar avec le décalage vers le rouge le plus élevé , EUCL J1729+6410 à z  ≈ 7,77, établit un nouveau record de décalage vers le rouge pour un quasar.  Il faut préciser que pour découvrir les dix premiers quasars situés à environ à un décalage vers le rouge de 7 ou plus, ça a pris plus d'une décennie aux astronomes. Mais grâce à Euclid, on vient d'en découvrir davantage en une seule année…

Une grande partie des quasars découverts ici se situent dans la partie inférieure de la distribution de luminosité des quasars. De plus, deux de ces quasars présentent des contreparties radio significatives (> 5 σ ) dans le catalogue LoTSS, ce qui souligne la synergie prometteuse entre Euclid et le réseau LOFAR pour l'identification et la caractérisation de la population de quasars à haut décalage vers le rouge ( z ∼  7 et au-delà). Ces découvertes marquent donc une avancée substantielle dans l'étude de l'époque de la réionisation cosmique, démontrant la capacité sans précédent d'Euclid à repousser les limites de l'étude des quasars en fonction du décalage vers le rouge. Des observations complémentaires sont déjà en cours, bien que nombre de ces sources soient faibles et difficiles à caractériser spectroscopiquement. Des instruments tels que le JWST, NOEMA et ALMA seront essentiels pour leur caractérisation future.

Le deuxième quasar le plus ancien découvert par Yang et ses collègues (EUCL J1253+7054) a d'ailleurs déjà fait l'objet d'une étude spécifique plus approfondie par Silvia Belladitta et ses collaborateurs. Ces observations ont révélé que le quasar est enfoui dans une galaxie poussiéreuse et gazeuse où se forme activement de nouvelles étoiles, laissant entrevoir à quoi pourrait ressembler la galaxie hôte d'un trou noir supermassif primitif.

Clairement, ces découvertes démontrent le rôle transformateur d’Euclid dans la découverte des quasars à haut redshift. Elles préparent le terrain pour de futures études de suivi sur les galaxies primitives abritant des quasars, la croissance des trous noirs supermassifs ainsi que le milieu intergalactique à l’époque de la réionisation.

Il est notable que les résultats présentés ici sont globalement cohérents avec les prévisions qu’avait faites la collaboration Euclid en 2019. Les astrophysiciens avaient en effet calculé qu’il devait exister environ 20 quasars à z  ≳ 7 dans 3000 deg² dans la bande spectrale JE du télescope, et Yang et al. en ont identifié 14 avec cette caractéristique  parmi leurs 31 nouvelles découvertes. Evidemment, la recherche et le suivi spectroscopique ne sont pas encore terminés (en particulier dans l'hémisphère sud), et cette comparaison est donc provisoire ; mais elle pourrait suggérer que certaines fonctions de luminosité des quasars existantes sous-estiment la densité numérique à un redshift z  ≳ 7 pour les quasars de faible luminosité.

Dans leur conclusion, les chercheurs estiment que, à mesure que la zone d'observation d'Euclid va s'étendre et que les confirmations progressent, les premiers quasars à z  > 8 seront probablement identifiés prochainement…

 

Source

Euclid : Découverte de 31 nouveaux quasars à 6,6 < z < 7,8

D. Yang et al.,

Astronomy & Astrophysics (6 juillet 2026)

https://doi.org/10.1051/0004-6361/202658883


Illustration

15 quasars lointains sur les 31 observés avec Euclid [au centre de chaque image]  (ESA / Euclid / Euclid Consortium / NASA, image processing by the Euclid Science Ground Segment and Antoine Basset (CNES))



04/07/26

Excès gamma du centre galactique : la matière noire remise en selle

En 2011, Dan Hooper et Lisa Goodenough (Fermilab) publiaient un article retentissant annonçant l'existence d'un excès mystérieux de rayons gamma en provenance du centre galactique, qui pouvait être interprété comme le signal de l'annihilation de particules exotiques de matière noire. Quelques années plus tard, une autre explication a émergé pour expliquer ce flux gamma : la présence de centaines de pulsars millisecondes émetteurs de photons gamma. Depuis lors, les deux scénarios ont âprement été débattus, avec une préférence qui s'est de plus en plus affirmée au fil des ans pour l'hypothèse des pulsars millisecondes, sans que l'hypothèse matière noire ne puisse être définitivement écartée. Aujourd'hui, une équipe de chercheurs vient  d'analyser les données sous un nouvel angle, en prenant en compte l'énergie des photons gamma individuels. Ils en concluent que l'hypothèse matière noire est plus convaincante que celle des pulsars millisecondes... Ils publient leur étude dans la prestigieuse Physical Review Letters

Une voie pour résoudre la nature de l'excès gamma du centre galactique (GCE) consiste à exploiter la caractéristique d’une source ponctuelle : la production de plus d’un seul photon depuis exactement une même position. La carte pixellisée du nombre de photons prédite par l’annihilation de la matière noire suit une distribution de Poisson. Bien qu’elle soit contrôlée par la distribution sous-jacente et incertaine de matière noire dans la Galaxie interne, un détecteur observe une distribution spatiale relativement lisse, ponctuée de fluctuations poissoniennes. Les sources ponctuelles, par leur capacité à produire plusieurs photons depuis la même position, injectent une variation supplémentaire d’un pixel à l’autre dans la carte. Même pour une population de sources trop faibles pour être détectées individuellement, elles peuvent collectivement induire une modification observable de la carte de photons par rapport à la prédiction poissonienne.

Cette intuition peut être encodée dans une vraisemblance analytique afin de distinguer les scénarios — comme cela a été fait pour la fonction de distribution de probabilité à un point, l’ajustement de gabarits non poissonien (NPTF) et le générateur de Poisson composé — ce qui a sous-tendu l’affirmation fondée sur le NPTF par Lee et al. en 2016 selon laquelle le GCE avait une origine de sources ponctuelles, des pulsars. Mais la robustesse de ces méthodes a été débattue à partir de 2019. Ce qui est indiscutable, c’est que la faisabilité computationnelle a imposé que la vraisemblance soit évaluée avec deux approximations importantes : premièrement : les corrélations de pixel à pixel sont négligées, et deuxièmement : les énergies des photons sont écartées.

Ces 5 dernières années, des approches d’apprentissage automatique ont été exploitées avec succès pour dépasser la première approximation. En particulier, une analyse sans vraisemblance fondée sur des réseaux de neurones convolutifs a conclu que, bien que le GCE puisse avoir une origine par des sources ponctuelles, ces sources devraient être considérablement plus faibles que ce qui avait été conclu dans les études de vraisemblance antérieures.

Florian List (université de Vienne) et ses collaborateurs se sont à nouveau appuyés sur la méthodologie des réseaux de neurones convolutifs, cette fois, afin de démontrer qu’elle peut également supprimer la seconde hypothèse, et fournir la première analyse de la nature en sources ponctuelles du GCE dépendante de l’énergie. 

Sur le plan conceptuel, il s’agit d’une avancée importante dans les études du GCE. On sait que le GCE possède un spectre distinct de celui des arrière-plans dominants. L’information en énergie fournit donc un levier puissant grâce auquel les méthodes pourraient démêler sa nature en identifiant des erreurs de modélisation de l’arrière-plan. Grâce à leur méthode, List et ses collaborateurs retrouvent un spectre de l’excès qui est similaire à celui des études antérieures, mais une population de sources bien moins lumineuse, et dont la prédiction médiane est compatible avec une émission purement poissonienne, comme ce qui serait attendu pour une origine liée à la matière noire. 

Cet apport est considérable puisque l’information énergétique conduit les sources ponctuelles supposées à être significativement moins lumineuses, ce qui indique soit que l'excès du centre galactique est véritablement diffus par nature, soit qu’il est composé d’un nombre exceptionnellement élevé de sources ponctuelles. Quantitativement, pour le meilleur modèle d’arrière-plan de List et ses collaborateurs, si l'excès est dû à des sources ponctuelles, la prédiction médiane du nombre de pulsars est de l’ordre de 100 000, et en tous cas plus de 35 000 avec un niveau de confiance de 90 %. Dans les deux cas, ce serait une population de plusieurs ordres de grandeur supérieure aux quelques centaines de pulsars qui ont été privilégiés par les analyses antérieures de sources ponctuelles du centre galactique.

Les chercheurs précisent que les variations permises par les systématiques de l’arrière-plan peuvent réduire le nombre requis de sources d’environ un facteur 10. On est encore très supérieur à quelques centaines... Pour eux, cela demeure la principale incertitude systématique qui mérite une étude plus approfondie. Au-delà de modèles diffus mis à jour, leur réseau de neurones pourrait être entraîné sur des combinaisons linéaires de différents modèles d’arrière-plan, inclure des méthodes adaptatives d’ajustement de gabarits, ou même des modèles pondérés par des polynômes ou des harmoniques. Cela donne des pistes intéressantes pour les travaux futurs sur cette question ô combien importante et passionnante.

On voit que même si on fait face à un problème notoirement difficile, des progrès demeurent possibles, et l’apprentissage automatique s’avère être un outil puissant pour dépasser des limitations anciennes. List et ses collègues ont produit la première inférence simultanée du spectre du GCE et de la distribution du nombre de sources, révélant que l’inclusion de l’énergie déplace la distribution des sources jusqu’à la rendre indiscernable de l’émission poissonienne qui est prédite par l'hypothèse de la matière noire. Ils affaiblissant ainsi l’un des principaux éléments de preuve en faveur de l’hypothèse des pulsars millisecondes...

Maintenant, plusieurs extensions directes de cette étude devraient être étudiées. La méthode pourrait par exemple être étendue à une plage d’énergie plus large, en particulier vers les basses énergies où le spectre unique du GCE pourrait apparaître plus clairement. Plus largement, il est probable que l’approche fondée sur les réseaux de neurones convolutifs, bien qu'elle soit performante, ne constitue pas encore l’utilisation optimale de l’apprentissage automatique pour ce problème. Explorer comment ces méthodes peuvent être poussées encore plus loin constitue une étape importante pour l’avenir, et surtout pour déterminer si la découverte de la matière noire a déjà été faite en 2011, grâce à la détection d'un excès de rayons gamma dans le centre galactique...

Source

Energy Distribution of the Galactic Center Excess’s Sources
Florian List et al.
Phys Rev Lett 136 (12 June 2026)
https://doi.org/10.1103/dkcq-6y4f 

Illustration

Visualisation de l'excès gamma du centre galactique (NASA)