06/09/2016

OSIRIS-Rex : la porte ouverte à l'exploitation commerciale des astéroïdes ?


Dans quelques jours, le 8 septembre, OSIRIS-Rex va s'envoler pour aller à la rencontre de l'astéroïde Bennu et en rapporter sur Terre plusieurs dizaines de grammes.




La mission de la NASA a pour objectif officiel d'étudier la composition de cet astéroïde âgé de 4,5 milliards d'années à la recherche de molécules intéressantes comme de l'eau et des acides aminés. Mais il existe peut-être un objectif moins officiel (encore que), qui est de montrer la faisabilité d'aller creuser un astéroïde pour en exploiter les ressources.
Plusieurs sociétés se sont en effet montées depuis quelques mois ou années dans le but avoué de faire de la prospection minière sur des astéroïdes proches, et ce n'est pas un hasard si ces industriels sont très intéressés par le succès de OSIRIS-Rex (Origins-Spectral Interpretation-Resource Identification-Security-Regolith Explorer).

Bennu, de son vrai nom 1999 RQ36, est un petit astéroïde de 500 m de diamètre, qui a le bon goût de passer pas trop loin de la Terre tous les 6 ans (à environ 300 000 km). Par ailleurs, il a une rotation sur lui-même assez lente ce qui permet d'éviter des déconvenues comme des projections de matière lorsqu'on s'en approche. Une fois que OSIRIS-Rex sera en orbite du petit corps, elle descendra très près de sa surface, à seulement quelques mètres, puis déploiera un bras télescopique de 3,35 m au bout duquel se trouve une sorte de soufflette qui expulsera de l'azote gazeux pour créer un nuage de poussière qui sera aussitôt récupérée  dans un sac. Les spécialistes qui ont conçu la mission espèrent pouvoir récolter ainsi 60 grammes de matière.
Si tout se passe comme prévu, OSIRIS-Rex reviendra sur Terre avec son précieux échantillon aux alentours de 2023. Ce sera le plus gros échantillon extra-terrestre jamais récupéré in situ depuis les cailloux lunaires rapportés par les missions Apollo. Certes, une mission japonaise est en route pour effectuer le même type de manœuvre sur un autre astéroïde (la sonde Hayabusa 2 sur Ryugu), mais elle ne devrait rapporter qu'un échantillon de 1 g au maximum seulement.

Dante Lauretta, de l'Université de l'Arizona à Tucson, responsable scientifique de la mission, est également conseiller scientifique pour la société Planetary Resources, qui vise à exploiter commercialement les diverses ressources promises par les astéroïdes... La société aurait déjà identifié plusieurs astéroïdes intéressants pour y trouver des métaux précieux. Une autre société, basée non loin de Google à Mountain View en Californie, Deep Space Industries, a, elle, annoncé le 9 août dernier qu'elle avait déjà planifié une mission commerciale baptisée Prospector-1. Les matériaux extraits des astéroïdes pourraient d'ailleurs ne pas être rapportés sur Terre, mais être utilisés directement en orbite pour la construction de certains composants de vaisseaux spatiaux, dans les rêves les plus fous de ces voraces entrepreneurs.


Mais les missions commerciales vers des astéroïdes font face à des problèmes légaux, contrairement aux missions scientifiques. En effet, en 1967, un traité des Nations-Unies à stipulé que "l'espace, y compris la Lune et les autres corps célestes, ne peuvent être le sujet d'une revendication souveraine". Aucun pays ne peut donc s'approprier la Lune ou des astéroïdes. Sauf que les Etats-Unis, qui sont pourtant signataires du traité de 1967, ont édictés une loi à la fin de l'année dernière qui permet l'exploration et l'exploitation des ressources spatiales à des fins commerciales pour les citoyens Etats-Uniens. Les sociétés américaines ont donc désormais les mains libres. Et il n'y a pas que les Etats-Unis à s’intéresser de très près à une telle exploitation, en Europe aussi, pas plus loin qu'au Luxembourg (!). Notre voisin fiscalement paradisiaque a lui aussi produit très récemment des lois permettant l'extraction minière en orbite. Le Luxembourg s'est d'ailleurs étroitement associé à Deep Space Industries, et pas uniquement pour des petits arrangements paradisiaques semble-t-il. 

Le problème est que le traité des Nation Unies de 1967 peut-être sujet à interprétations, et aucun cadre juridique international ne permet de traiter ces différentes interprétations ni d'éventuelles disputes territoriales futures sur un astéroïde... Et les sociétés de la Silicon Valley continuent à avancer à grands pas. Le Prospector-1 de DSI est prévu pour être lancé dès 2019. Quant à la NASA, elle prévoit d'envoyer un nouveau robot sur un astéroïde dans les années 2020 pour en arracher un gros morceau et le mettre en orbite autour de la Lune...
OSIRIS-Rex est une très belle mission scientifique, mais il semblerait qu'on n'ait pas fini de s'indigner dans les années à venir, de par les portes que la sonde aura ouvertes...


Illustrations :

1) Vue d'artiste de la sonde OSIRIS-Rex en action (NASA)

2) Vue conceptuelle de l'astéroïde Bennu (Goddard Space Flight Center Conceptual Image Lab/NASA)

1 commentaire :

Anonyme a dit…



Bonsoir,

Une nouvelle fois merci de nous tenir au courant du "buzz cosmique".

Par contre, à ma meilleure connaissance, le Luxembourg n'aurait pas encore "promulgué" de loi relative à l'exploitation minière d'astéroïdes (ou d'autres corps célestes), mais des études et travaux sont en cours.

Ceci dit, des "Memorandum of Understanding" (MOU) ont été signés entre l'Etat luxembourgeois, d'une part, et DSI (Deep Space Industries) et PR (Planetary Resources), d'autre part.
L'Etat luxembourgeois a l'intention de participer au "business astéoridien" moyennant l'injection de fonds publics via la Société nationale de crédit et d'investissement.
Ci-après un lien pour information:
http://www.spaceresources.public.lu/en/index.html#initiative

(Quant au caractère "paradisiac fiscal" du Luxembourg, le contribuable luxembourgeois n'y voit que dalle, croyez-moi, j'en sais quelque chose :-))).

Bon ciel à tous.