L'amas globulaire massif Omega Centauri intrigue les astronomes depuis des décennies parce qu’il devrait contenir de nombreux trous noirs, mais les preuves de leur existence se font bien rares. Aujourd'hui, une équipe d'astrophysiciens, grâce aux données d'archives du télescope spatial Hubble et à des observations complémentaires du télescope spatial Webb, ont enfin localisé le premier trou noir de masse stellaire dans cet amas. L’étude a été publiée dans The Astrophysical Journal Letters.
Omega Centauri est un gros amas globulaire composé de 10 millions d'étoiles liées gravitationnellement, qui est situé à 18 000 années-lumière. Bien que la communauté astronomique ait déjà mis en évidence, grâce au télescope Hubble, la présence d'un trou noir de masse intermédiaire en son centre, les modèles suggèrent que cet amas globulaire devrait également contenir environ 10 000 trous noirs de masse stellaire. Cette population importante de trous noirs a totalement échappé à la détection lors de précédentes études observationnelles, qui utilisaient la méthode des vitesses radiales ou recherchaient les émissions radio et X de la matière spiralant sur les trous noirs.
Matthew Whitaker (université de l’Utah) et ses collaborateurs ont adopté une approche inédite pour ce type de recherche, l'astrométrie, qui permet de mesurer les infimes mouvements des étoiles au fil du temps. En analysant plus de 20 ans de données d'archives du télescope Hubble et en intégrant des données récentes du télescope Webb pour affiner leurs mesures astrométriques, l'équipe a ainsi localisé une étoile orbitant autour d'un objet invisible si massif qu'il s'agit nécessairement d'un trou noir. Baptisé oMEGACat BH-2, ce trou noir de masse stellaire est le premier détecté dans Omega Centauri et présente des caractéristiques surprenantes. oMEGACat BH-2 possède notamment une masse de 4,46 masses solaires, ce qui est inférieur aux prévisions. Et puis, avec son étoile compagne, le système binaire trou noir-étoile présente la plus longue période orbitale jamais observée à ce jour, avec 94 ans.
La précision des mesures est assez incroyable : elle atteint une fraction de pixel sur les détecteurs de Hubble et Webb. Il faut préciser qu’une étude antérieure menée par un autre groupe de chercheurs, avait suggéré la présence d'une étoile à neutrons dans ce système binaire. En complétant les données de Hubble de l'étude précédente par des mesures astrométriques d'archives de Hubble réalisées entre 2002 et 2023, et en intégrant des données infrarouges proches du télescope Webb pour améliorer la précision, Whitaker et ses collaborateurs ont pu mieux contraindre la masse du compagnon sombre de l'étoile visible (une étoile standard de 0.78 masse solaire). Ils ont ainsi pu écarter l'hypothèse d'une étoile à neutrons en calculant sa masse, deux fois trop élevée pour être une étoile à neutrons.
Cependant, la masse de ce trou noir est bien inférieure à celle qui était attendue dans un environnement pauvre en métaux comme Omega Centauri. Une étoile pauvre en métaux est généralement très massive et finit sa vie en formant un trou noir également assez massif. Une telle étoile pourrait donc former un trou noir de ce type. La découverte du premier membre de cette population de trous noirs permettra d'affiner les théories actuelles sur leur formation dans des environnements tels qu'Omega Centauri, selon les chercheurs.
Concernant la détermination de la période orbitale, c’est grâce aux données précises des télescopes Hubble et Webb que l'équipe a pu retracer la trajectoire de l'étoile sur plus de 20 ans, notamment lors de son passage au plus près du trou noir, moment où elle se déplaçait le plus rapidement dans le ciel. À partir de ces données exhaustives, Whitaker et ses collaborateurs ont déterminé que l'étoile visible orbite autour d'oMEGACat BH-2 en 94 ans, ce qui en fait le système binaire à trou noir à la période orbitale la plus longue jamais observé. Et cette longue période orbitale apporte également un éclairage sur l'origine de ce système binaire. Cela indique qu’iI s'est probablement formé dynamiquement, c’est à dire que l'étoile et le trou noir ne formaient pas un couple au départ, mais se sont rencontrés au sein de cet amas et sont restés liés gravitationnellement. Et les chercheurs ont calculé qu'un système comme oMEGACat BH-2 devrait survivre moins d'un milliard d'années avant d'être séparé par des collisions avec des étoiles voisines, une durée de vie bien plus courte que l'âge de l'amas (environ 12 milliards d'années).
Il est important de comprendre les populations de trous noirs dans les amas globulaires car leur physique et leur formation restent incertaines. Plus précisément, il est essentiel de comprendre le processus de formation des trous noirs, puis la formation dynamique des binaires, car cela influence notre capacité à interpréter et à comprendre les ondes gravitationnelles. Il ne faut pas oublier que ce sont des environnements comme Omega Centauri qui sont les principaux lieux où des binaires de trous noirs fusionnent et créent des ondes gravitationnelles.
Les recherches de binaires par vitesse radiale dans les amas globulaires ont été rendues possibles grâce aux mesures avec MUSE en multi-époques qui ont été effectuées dans NGC 3201, ω Cen et 47 Tuc, mais elles n'ont permis de détecter que les deux trous noirs de NGC 3201. De nombreuses binaires détectées par vitesse radiale dans ω Cen ne présentent pas de contraintes orbitales précises, mais pour les chercheurs, des binaires à trous noirs à courte période (< 1 an) devraient pouvoir être caractérisées à l'aide de ces données, à condition que la compagne visible soit une étoile plus brillante. L'analyse des données existantes sur d'autres amas et une surveillance accrue pourraient aussi conduire à la détection de nouvelles binaires à trous noirs.
Quoi qu'il en soit, de nouvelles détections seront nécessaires pour mieux caractériser la population de trous noirs dans les amas globulaires. Et on peut affirmer que l'identification de oMEGACat BH-2 marque le début d'une nouvelle ère pour la découverte astrométrique de trous noirs dans les amas globulaires...
Source
A Long Period Stellar-mass Black Hole Binary in ω Centauri
Matthew Whitaker, et al.
The Astrophysical Journal Letters, Volume 1006, Number 1 (13 july 2026)
https://doi.org/10.3847/2041-8213/ae7a5c
Illustrations
1. Localisation de oMEGACat BH-2 dans Omega Centauri (ESA, NASA, Maximilian Häberle (MPIA), Joseph DePasquale (STScI))
2. Matthew Whitaker









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