05/01/2015

La plus grande réunion d'astronomes du monde

C’est devenu une véritable institution, le meeting semestriel de l’AAS (American Astronomical Society) a ouvert ses portes pour une semaine à Seattle, dans l’état de Washington. Le meeting de l’AAS, cette semaine le 225ème du genre, est sans doute la réunion la plus courue par la communauté astronomique mondiale, l’endroit unique où vont se rencontrer, échanger, s’écouter... des centaines de chercheurs mus par une passion commune, l’Univers.


Couverture du programme
scientifique du meeting AAS 225
(American Astronomical Society)
L’AAS organise depuis 1920 deux grandes réunions de ce type par an, le winter meeting qui a lieu en janvier et le summer meeting en juin. Elles n’étaient alors qu’annuelles depuis la toute première réunion du genre qui eut lieu en 1899. Pour tout astronome professionnel qui se respecte, il faut être présent au moins une fois par an au meeting de l’AAS. C’est là que l’on peut découvrir les toutes dernières découvertes, avant toute autre forme de publication. C’est là aussi que l’on peut nouer des contacts pouvant se révéler très fructueux, non seulement pour la formation de collaborations internationales intéressées par un même sujet, mais aussi pour les jeunes chercheurs en quête d’un poste dans un laboratoire ou un observatoire quelque part dans le monde. Le meeting de l’AAS devient une source d’opportunités de plus en plus grandes. Les réunions de l’American Astronomical Society comme de nombreuses autres conférences scientifiques sont également une vitrine très efficace pour les industriels proposant tous types d’instruments de très haute technologie pour les niches que sont les programmes scientifiques, ainsi que pour d’autres acteurs du monde scientifique comme les éditeurs spécialisés par exemple.
Sur le plan scientifique, on trouve absolument tous les domaines de l’astrophysique dans cette réunion. Il n’est qu’à consulter le très volumineux catalogue des présentations (plus de 300 pages !) qui doivent s’y dérouler. Evidemment, ces dernières se comptent par dizaines chaque jour, avec de multiples sessions en parallèle. Ce type de conférences ne permet pas au chercheur de pouvoir écouter toutes les présentations, il est indispensable de planifier soigneusement son agenda pour sélectionner celles qui lui sont le plus intéressantes et pertinentes pour ses propres recherches. Pour cette 225ème édition l’AAS a innové en utilisant une application pour mobiles permettant de bien choisir son programme, tellement il était devenu difficile de ne rien rater…
De plus, ce 225ème meeting est couplé avec les réunions scientifiques de deux divisions particulières de l’AAS : les divisions HEAD (High Energy Astrophysics Division) et HAD (Historical Astronomy Division), ce qui augmente encore plus joyeusement le nombre de convives à cette grande fête astronomique, qui est surnommée par certains le « superbowl  de l’astronomie ».

Rien que pour la journée de Lundi 5 janvier, 40 thématiques seront abordées, depuis le centre galactique jusqu’aux nébuleuses planétaires en passant par les supernovae et les exoplanètes ou encore le centenaire de la Relativité Générale, avec entre 40 et 60 présentations pour chaque thématique. Et ce n’est que le premier jour… car le rythme reste aussi élevé jusqu’à jeudi soir, avec des sessions qui débutent à 8h30 et les dernières planifiées parfois jusqu’à 21h30… Chaque journée de meeting est organisée d’une manière très ordonnée : elle commence généralement par une session plénière, où une seule présentation d’une durée de 50 minutes, un peu plus prestigieuse que les autres a lieu au temps t, sans autres sessions parallèles, puis vient ensuite une séance de présentations courtes sur des posters, pour les chercheurs qui n’ont pas été sélectionnés pour une présentation orale de leurs travaux. Une présentation sur poster possède tout de même l’avantage de rester accrochée toute la journée et peut être vue par un plus grand nombre de participants…
Un jeune astronome, Marshall Johnson, devant son
poster présentant ses recherches sur les exoplanètes
lors du meeting de l'AAS 217 (Université Wesleyan)

Viennent ensuite les sessions de présentations orales parallèles, divisées en quatre salles cette fois dans ce centre de congrès de Seattle. Ces présentations offrent 20 minutes de parole au chercheur fébrile (ou pas) pour présenter ses résultats. La matinée se termine généralement par une deuxième session plénière.
Après la pause méridienne, c’est reparti pour une série de séances parallèles durant une heure et demie, qui est enchaînée immédiatement par une ou deux sessions plénières de 50 minutes, puis des présentations de dizaines et dizaines de posters, histoire de se dégourdir les jambes.
Je ne peux évidemment pas relater la totalité du programme scientifique (ceux qui seront curieux iront jeter un œil sur ce lien), mais il est intéressant de voir quels sont les sujets qui sont mis en avant dans cette réunion hivernale de l’AAS par le biais des présentations plénières. Jour par jour, elles sont les suivantes :

Lundi 5 :
  • New Results About the Earth's Van Allen Radiation Belts, Daniel Baker (University of Colorado)
  • What Do We Expect of a Space Program?, John M. Logsdon (Space Policy Institute, The George Washington University)
  • Back to the Beginning: The Rosetta Mission at Comet 67P/Churyumov-Gerasimenko, Paul R. Weissman (JPL/Caltech)
  • The Discovery of High Energy Astrophysical Neutrinos: First Light, New Questions, Kara Hoffman (University of Maryland)
Mardi 6 :
  • Gaia - ESA's Galactic Census Mission, Gerry Gilmore (Institute of Astronomy),
  • New Frontiers in Stellar Astrophysics: Massive Stars as Cosmological Tools, Emily Levesque (University of Colorado Boulder), Prix Cannon
  • The Dark and Light Side of Galaxy Formation, Piero Madau (University of California, Santa Cruz), prix Heineman
  • The Fermi Bubbles, Douglas Finkbeiner, Tracy Slatyer, Meng Su, prix Rossi de l’HEAD

Mercredi 7 :
  • The Interactions of Exoplanets with their Parent Stars, Katja Poppenhaeger (Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics)
  • Inflation and Parallel Universes: Science or Fiction?, Max Tegmark (MIT)
  • Bringing the High Energy Universe into Focus: Science Highlights from the NuSTAR Mission, Fiona Harrison (Caltech)
  • Cosmological Results from Planck 2014, Martin White (University of California, Berkeley)
  • Looking for the Identity of Dark Matter in and Around the Milky Way, Carlos Frenk (University of Durham), RAS Gold Medal Winner Talk


Jeudi 8 :
  • Planetary Nebulae: Reviews and Previews of a Rapidly Evolving World, Bruce Balick (University of Washington)
  • Alma Presents a Transformational View of the Universe, Al Wootten (NRAO)
  • A Historical and Scientific Perspective on Harvard College Observatory and CfA, George Field (Harvard-Smithsonian CfA)
  • Cosmological Highlights from the Sloan Digital Sky Survey, David Weinberg (Ohio State University), prix Lancelot M. Berkeley

Je me suis amusé à compter le nombre de chercheurs mentionnés sur les 48 dernières pages du programme comme co-auteurs des centaines d’études qui seront présentées à l’oral ou sur poster au cours de ce grand meeting de l’AAS cette semaine, résultat : 5180 !... Il est probable que ce nombre soit supérieur à 10% du nombre total de chercheurs en astronomie/astrophysique dans le monde.

La prochaine rencontre de l'AAS, celle d'été, aura lieu exceptionnellement non pas au mois de juin mais au mois d'août, et à Hawaï, un des hauts lieux astronomiques, où le dernier meeting de l'AAS remonte à 2007. Mon petit doigt me dit qu'il y aura encore plus de monde qu'à Seattle, surtout si c'est pour bosser dur...

En attendant, vous pouvez vous amuser à suivre ce qui se passe en direct du centre de congrès de Seattle grâce à twitter et grâce au fait que de nombreux astrophysiciens sont d'incorrigibles bavards : #AAS225 :