26/05/26

Découverte d'un système binaire de naines blanches avec transfert de masse


Une équipe d'astrophysiciens a observé un système binaire d'étoiles naines blanches où l'une des deux est en train d'absorber activement de la matière de l'autre. Cette étude publiée dans The Astrophysical Journal révèle l'une des images les plus nettes à ce jour de la manière dont les naines blanches ultracompactes échangent de la masse lorsqu'elles sont extrêmement proches l'une de l'autre. 

Les systèmes d'étoiles binaires sont souvent le théâtre de processus spectaculaires et violents où une étoile se déforme et absorbe de la matière de sa compagne. Mais dans les systèmes où les étoiles orbitent extrêmement près l'une de l'autre, on ignore encore à quoi peuvent ressembler ces transferts de masse. Rappelons que les naines blanches sont les vestiges laissés par des étoiles semblables au Soleil lorsque celles-ci épuisent leur combustible nucléaire et se débarrassent entièrement de leurs couches externes. L'équipe de Emma Chickles (MIT) a passé au crible des millions d'images d'étoiles binaires, et plus particulièrement des naines blanches, imagées à maintes reprises au cours de la dernière décennie par divers programmes d'observation stellaire. 
Les chercheurs ont pu observer en temps réel la variation de luminosité de ATLAS J1013−4516, un système composé d'une paire binaire de naines blanches. Cette variation correspond à l'éclipse mutuelle des deux étoiles, avec une période extrêmement courte : seulement 8,56 minutes ! Qui dit période orbitale très courte dit distance très faible. Si faible que l'une des deux composantes aspire de la matière de sa compagne binaire et la transfère sur un disque d'accrétion compact et surchauffé (25900 K).

ATLAS J1013−4516 est classée dans la famille des binaires AM Canum Venaticorum (AM CVn), une classe rare de systèmes binaires ultracompacts dans lesquels une naine blanche accrète de la matière riche en hélium provenant d'une étoile donneuse dégénérée ou semi-dégénérée. Leurs périodes orbitales varient généralement d'environ 5 à 70 minutes, et leur spectre bleu continu, leur forte émission He I /He II et l'absence de raies de Balmer les distinguent des variables cataclysmiques accrétant de l'hydrogène.

Le suivi avec le spectrographe LMAS (Large Lenslet Array Magellan Spectrograph) révèle en effet un disque d'accrétion dominé par l'hélium, et la photométrie à haute vitesse d'ULTRACAM met en évidence des éclipses primaires et secondaires prononcées. Chickles et ses collaborateurs ont établi une base de chronométrage sur une décennie en exploitant les courbes de lumière des relevés ATLAS et Gaia, ainsi que les images à haute vitesse d'ULTRACAM sur le New Energy Telescope et de proto-Lightspeed sur le télescope Magellan. À partir de cette ligne de base temporelle, ils ont mesuré la dérivée de la période orbitale qui vaut -1,60 10-12 s.s-1. La mesure de la dérivée de la période orbitale (accéleration ou ralentisseent) permet d'étudier directement l'équilibre qui existe entre les pertes de moment cinétique dues à l'émission d'ondes gravitationnelles et l'expansion orbitale qui est induite par le transfert de masse. De telles mesures n'ont seulement été réalisées que pour quelques binaires ultracompactes présentant des dérivées de période orbitale significatives et non nulles. Ici, interprétée dans le contexte d'un transfert de masse stable, l'amplitude et le signe de la dérivée de la période indiquent que l'évolution orbitale est régie par l'interaction entre les pertes de moment angulaire induites par les ondes gravitationnelles et le transfert de masse. 

Cela permet de sonder directement la réponse structurelle de l'étoile donneuse à la perte de masse. Les chercheurs contraignent les masses de l'étoile accrétrice et de l'étoile donneuse à partir d'arguments de transfert de masse stables, en supposant que la perte de moment angulaire est principalement due à l'émission d'ondes gravitationnelles. La donneuse fait 0,1 masse solaire et celle qui accrète pèse 0;87 masses solaire.

Chickles et ses collaborateurs en déduisent la déformation caractéristique des ondes gravitationnelles du système binaire dans l'optique d'une détection par les futurs observatoires spatiaux d'ondes gravitationnelles, tels que LISA (Laser Interferometer Space Antenna) qui sera à même de le détecter directement. Ils prévoient ainsi une déformation caractéristique correspondant à un rapport signal sur bruit de LISA supérieur à 10 sur 4 ans, faisant d'ATLAS J1013−4516 une source prometteuse pour l'étude de l'évolution orbitale à long terme dans le régime de transfert de masse. 

Grâce à près d'une décennie d'observations réalisées avec ATLAS, Gaia, ULTRACAM et proto-Lightspeed, Emma Chickles et son équipe ont ainsi mesuré une dérivée négative de la période orbitale de ATLAS J1013−4516, dont l'amplitude est réduite par rapport à la prédiction du processus d'émission d'ondes gravitationnelles. Ceci indique que le transfert de masse en cours compense partiellement les pertes de moment angulaire dues aux ondes gravitationnelles, et donc favorise une donneuse d'hélium semi-dégénérée et thermiquement gonflée. Associée aux contraintes géométriques issues des éclipses, l'observation d'ATLAS J1013−4516 permet de tester précisément l'influence de la structure de la  donneuse sur l'évolution orbitale séculaire, et ça, aux périodes les plus courtes atteintes par les binaires de naines blanches en phase d'accrétion de disque.

Des découvertes récentes ont révélé une population restreinte mais diversifiée de systèmes AM CVn ultracompacts de période orbitale inférieure à ∼10 minutes, présentant une grande variété de morphologies de courbes de lumière et des dérivées de période orbitale positives et négatives. ATLAS J1013−4516 illustre cette diversité tout en étant l'un des rares systèmes de ce régime à présenter des éclipses profondes et une période orbitale mesurée avec précision , ce qui en fait un modèle particulièrement précieux pour tester les modèles de transfert de masse via le disque et la thermodynamique des donneuses d'hélium.

Source

An Eclipsing 8.56 Minutes Orbital Period Mass-transferring Binary
Emma T. Chickles 
The Astrophysical Journal, Volume 1000, Number 2 (26 march 2026)

Illustrations

1. Vue d'artiste d'un système binaire de naines blanches (CalTech)
2. Emma Chickles

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