lundi 30 décembre 2013

Le Ciel d'Hiver : Persée




Observer le ciel d'hiver et ne pas s'arrêter sur la constellation de Persée serait presque inimaginable, pour ne pas dire blasphématoire...



Persée est située dans le ciel dans la même zone que le Cocher dont nous avons déjà parlé il y a peu, bien au dessus de Orion qui peut toujours vous servir de guide.


Traçons les principales constellations de l'horizon Sud pour nous y retrouver. Persée se trouve au dessus du Taureau, entre le Cocher à sa gauche, Andromède à sa droite et le W de Cassiopée à l'opposée du Taureau.


Rapprochons nous maintenant de plus près...


La constellation de Persée est riche en objets dignes d'intérêt. Nous allons en visiter douze et pour commencer cette balade au télescope en mode Dobson bien sûr, c'est à dire en repérage "à la main", il nous faut évidemment des repères dans le ciel. Nous prendrons donc comme point de départ l'étoile qui forme l'extrémité en bas à gauche de la constellation et qui se trouve pas très loin du somptueux amas des Pléiades que nous avions visité lors de notre campagne dans le Taureau... Cette étoile s'appelle Dzêta Per. Elle est non seulement un point de repère facile, mais aussi un sujet d'observation à part entière. En effet, Dzeta Per est une étoile multiple très intéressante à scruter. L'étoile principale est d'une couleur blanche tirant sur le bleu, et elle est accompagnée de deux étoiles faibles, nous avons là une étoile triple. Certains y voient même un système à sept étoiles en y associant deux couples de binaires assez proche.


C'est parti pour la géométrie... Depuis Dzêta Per, nous pivotons légèrement notre tube vers la deuxième étoile la plus brillante de Persée, bêta Per, mais nous nous arrêtons à mi-chemin du segment. C'est là que vous pouvez observer NGC 1342, qui est un amas ouvert bien fourni en étoiles, dont la population est assez hétérogène. On y trouve à la fois des spécimens brillants et d'autres de bien plus faible éclat, ce qui n'est pas sans charme.
On ne s'arrête pas en si bon chemin, nous nous dirigions vers bêta Per, et bien nous y allons. Allons regarder de plus près cette brillante étoile qui porte également le nom de Algol. Cette étoile s'est rendue célèbre du fait qu'il s'agit d'une binaire à éclipses, sa magnitude varie fortement, entre 2,12 et 3,39 sur une période de presque trois jours. Les photons d'Algol ont mis 93 ans pour parvenir dans vos yeux.
Nous quittons maintenant Algol pour nous diriger vers une étoile brillante de la constellation voisine, Andromède (Gamma And, aussi appelée Almaak), mais là encore, il faudra s'arrêter à mi-chemin. A cet arrêt, nous descendons légèrement notre télescope. Voilà. Nous avons dans notre oculaire NGC 1023. Il s'agit d'une galaxie de type spirale barrée, de magnitude 10,3, bien brillante pour une galaxie spirale. On voit surtout son noyau brillant et très difficilement ses bras. Sa distance est mal connue, elle varie entre 30 et 64 millions d'années-lumière selon les sources.
De là, nous reprenons nos poignées de rocker pour remonter légèrement vers le zénith en gardant un mouvement parallèle au segment reliant les deux étoiles les plus brillantes de Persée (bêta que nous avons déjà regardée et alpha que nous verrons dans quelques minutes).
Bien, nous y sommes ? Voilà un objet du catalogue de Messier, M 34. M34 est encore un amas ouvert, et avec ses 35 minutes d'arc, il est vaste! Il faut privilégier un faible grossissement et/ou un grand angle  pour apprécier ce groupe d'étoiles vieux de 180 millions d'années (un Panoptic 24 mm est pas mal avec une focale de 1200 mm, mais il grossit peut-être encore trop (50 fois)).
A partir de M34, nous allons poursuivre le mouvement que nous avions commencé en restant parallèle à l'axe beta-alpha Per et en montant. Un peu avant d'arriver au niveau de Alpha Per, nous tombons sur une étoile qui est visible à l’œil nu, c'est Thêta Per. Cette étoile est une étoile double. Les deux composantes qui font tout l'attrait de cet objet sont à l'opposé l'une de l'autre : l'une est brillante et jaune (magnitude 4,1), tandis que sa compagne est faible (magnitude 10) et bien bleue. On adore.


Nous abordons maintenant la deuxième partie de notre voyage en Persée... Nous quittons Thêta Per et bifurquons vers la droite. Je vous emmène voir M76, la nébuleuse du petit Haltère. Pour la trouver à partir de Thêta Per, il faut pivoter jusqu'à atteindre le segment qui relie Gamma And, que nous avons déjà utilisée tout à l'heure, et l'étoile de Cassiopée qui forme la pointe du premier V du W (Delta Cas, pour les intimes). M76 doit son nom à sa forme, on l'aura deviné. Assez similaire à la nébuleuse de l'Haltère (M27), c'est une nébuleuse planétaire, du gaz expulsé par une étoile géante en fin de vie. M76, avec sa magnitude de 10,1 est l'un des objets du catalogue de Messier les moins brillants.
Place maintenant au grand spectacle ! Vous avez bien en vue Delta Cas que nous avons utilisée pour nous repérer, à sa gauche se trouve l'étoile formant l’extrémité de Persée (Eta Per). Traçons donc ce segment imaginaire entre les deux étoiles et prenons-en le milieu, c'est là que nous allons en quittant notre nébuleuse planétaire, tout droit en montant.


Et qu'avons-nous là sous l'oeil ? Le Double amas de Persée, aussi connu par ses numéros du New General Catalogue : NGC 869 et 884. C'est une splendeur du ciel d'hiver, un joyau ! Deux amas ouverts très riches, très denses, très brillants,  presque collés l'un à l'autre. Un pur régal pour les yeux. Avoir avec un grossissement assez faible est préférable pour profiter pleinement du spectacle.
le double amas de Persée
Après quelques minutes d'admiration de ces centaines d'étoiles vivant ensemble, nous devons repartir poursuivre notre voyage. A gauche toute, nous allons sur Eta Per, juste à côté. Eta Per est en fait une étoile quadruple ! Elle est constituée de deux couples, l'un brillant, l'autre moins. Le couple principal offre un beau contraste de couleurs comme on les aime : orange et bleu... Miam...

Notre périple n'est pas terminé, il faut se diriger maintenant vers l'étoile la plus brillante de Persée. Inutile de vous indiquer le chemin, c'est évident. Alpha Per est en fait une étoile qui fait partie d'un amas ouvert très vaste lui aussi. Il est appelé l'amas de Alpha Persei. Il faut le voir non seulement pour son étendue mais pour son contenu. Mais il est si vaste qu'un télescope, même avec l'oculaire de plus grande focale (donc de plus faible grossissement), n'est pas intéressant. C'est surtout aux jumelles (ou bien avec le chercheur de votre cher Dobby) qu'on appréciera à sa juste valeur ce très bel amas ouvert, presqu'aussi beau que les Pléiades.

Allez, pour finir notre tour de Persée, nous allons remettre l'oeil à l'oculaire, pour allez voir deux derniers objets du New General Catalogue, tout d'abord la nébuleuse NGC 1491, que l'on localisera en s'arrêtant à un quart du chemin séparant alpha Per et Capella, dans le Cocher, qu'on reconnait aisément par sa luminosité. Au quart de ce chemin, donc, on rencontre trois étoiles formant un petit triangle rectangle, bien visibles. NGC 1491 se trouve dans le prolongement du grand côté de ce petit triangle. C'est une jolie petite nébuleuse en émission. Tout cet hydrogène flottant dans le vide, tous ces petits protons et électrons...

Le dernier objet de Persée pour ce soir est tout proche de NGC 1491, en direction de Capella, c'est un fort joli amas ouvert du nom de NGC 1528. Découvert par Herschel il y a 223 ans, il est très agréable à admirer, montrant une densité d'étoiles presque homogène sur toute sa surface, et nous permet de quitter Persée sur la pointe des pieds pour aller rêver à d'autres cieux...



Voir aussi :
Le Ciel d'Hiver : Orion
Le Ciel d'Hiver : le Taureau
Le Ciel d'Hiver : les Gémeaux
Le Ciel d'Hiver : Le Cocher
Le Ciel d'Hiver : Persée


Cartes produites avec Stellarium 0.12.1

2 commentaires :

Iza a dit…

Je découvre votre site. Je suis novice en matière d'observation du ciel et je vous remercie pour ces explications. Vivement la prochaine soirée sans nuages que j'aille faire un tour dans le jardin avec Albert (mon télescope)!

Dr Eric SIMON a dit…

longue vie (et longues nuits) à Albert ! ;-)