lundi 17 octobre 2016

Des rayons X en provenance de la face cachée de Vénus


Le transit de Vénus devant le Soleil le 6 juin 2012 a permis d'étudier son atmosphère et de révéler des zones d'émissions d'ultra-violets et de rayons X inédites, jusqu'à 150 km de sa surface.




Masoud Afshari (Unversité de Palerme) et ses collaborateurs ont exploité les observations qu'a effectuées le télescope Solar-B spécialisé dans l'étude du Soleil et qui a été utilisé comme beaucoup d'autres instruments spatiaux pour suivre le transit de Vénus de 2012.
Dans une étude précédente, les mêmes chercheurs avaient étudié quel était le diamètre de Vénus dans les longueurs d'ondes visibles, en prenant en compte son atmosphère. Ils en concluaient à un diamètre 80 km plus grand que le diamètre connu de Vénus. Et ils ont repris le même type d'observations mais cette fois-ci dans les longueurs d'ondes de l'extrême UV et des rayons X mous, et montrent qu'avec ces émissions, le diamètre de Vénus serait augmenté de 70 km supplémentaires. 
Masoud Afshari et ses collègues, qui publient leur étude dans The Astronomical Journal, expliquent que ces émissions, qu'ils croyaient au départ être le fruit d'un défaut instrumental, proviennent en fait de la face cachée de Vénus. Ils sont parvenus à cette conclusion grâce à des observations complémentaires provenant du télescope SDO (Solar Dynamics Observatory), qui avait également suivi de près le transit vénusien.
Il se trouve que le télescope spatial à rayons X Chandra avait produit des observations de Vénus en 2001 puis en 2006 et avait également trouvé des émissions de rayons X en provenance de la face éclairée de Vénus, ce qui a permis aux chercheurs de comparer leur données et d'étayer leur conclusion. Vénus produit bien des rayons X dans son atmosphère et notamment en provenance de sa face à l'ombre. L'origine de ces rayonnements est encore peu claire mais les chercheurs proposent tout de même une explication : une possibilité, selon eux, leur donnerait pour origine la très longue traînée magnétique de Vénus. Cette dernière est érodée par le vent solaire et s'étend jusqu'aux environs de l'orbite terrestre. L'émission X observée serait le rayonnement réémis le long de cette traînée magnétique par l'interaction du vent solaire avec le champ magnétique de Vénus. Les particules du vent solaire (des protons et des électrons principalement) subiraient de multiples diffusions le long de la traînée magnétique, produisant des rayons X à chaque interaction.

Cette petite découverte permet de mieux appréhender l'environnement magnétique de Vénus, utile notamment pour de futures missions, mais elle permet aussi de mieux comprendre le fonctionnement des exoplanètes, comme par exemple les Jupiters chauds orbitant très près de leur étoile, et dont l'étude de la traînée magnétique via l'observation d'émissions d'UV extrêmes ou de rayons X pourrait nous en apprendre beaucoup sur leur champ magnétique, si elles en possèdent un.

Source :

X-RAYING THE DARK SIDE OF VENUS—SCATTER FROM VENUS' MAGNETOTAIL?
M. Afshari et al.
The Astronomical Journal, Volume 152, Number 4 (4 octobre 2016)


Illustration : 

1) Vénus en transit devant le Soleil le 6 juin 2012, imagée par Solar-B (JAXA/NASA/Lockheed Martin)

2) Vue d'artiste de Solar-B (JAXA)