Affichage des articles dont le libellé est M51. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est M51. Afficher tous les articles

09/05/11

Parmi les chouettes, épisode 2

A la fin du précédent épisode qui n’était que le premier d’une longue série promise, nous étions restés sur notre faim, et surtout moi, par l’absence de trouvaille d’une certaine nébuleuse planétaire du nom de Blinking, de l’anglais to blink, clignoter, bien sûr. Et la raison de ce son nom seul offrait le désir d’en savoir plus sur cet objet catalogué dans le New General Catalogue sous le matricule 6826 . Non seulement d’en savoir plus, mais de le défricher enfin, le détrousser, le traquer, le voir, l’admirer voire jouer avec tout simplement. Parce que la particularité qui lui vaut son nom incite au jeu m’avait-on dit (qui a dit que j'étais joueur ?).

C’est donc profitant d’un ciel à la transparence parfaite, quoiqu’encore quelque peu turbulent au goût de mes oculaires de faible focale que je me mis en mouvement hier soir, et malgré une maudite Lune qui n’en finissait pas de se coucher (il était alors environ 0h45, on peut dire que c’était aujourd’hui, en fait).

Nous partons en direction du Cygne que nous avions laissé dépités jeudi dernier. Cette fois-ci, il est hors de question de se perdre dans le poudroiement lacté de cette zone. J’ai travaillé un peu mes alignements et c’est donc vers le bout de l’aile (celle qui monte) du Cygne que je positionne mon viseur à cercles rouges concentriques, le point de repère est simplement l’étoile qui pourrait être le poignet de l’oiseau, la dénommée théta Cygni.

Arrivé par là, la suite du voyage se fait par contre un peu forcément à tâtons, puisque Blinking est de petite taille dans une nasse stellaire, voire très très petite taille. Deux solutions s’offrent à nous : si nous sommes munis d’un filtre OIII, il pourrait convenir de le visser sur l’oculaire, sinon, nous profiterons de la nature « clignotante » de cet objet fugace.
A ce stade, il faut sans doute préciser qu’un grossissement ni trop fort, ni trop faible est requis, c’est dans mon cas le Nagler 13 mm qui est optimal (X92).
Avec un OIII, de nombreuses étoiles alentour s’éteignent et on peut repérer la petite boule assez diffuse. Pour ma part, avec ce filtre, je n’observe absolument aucun effet d’apparition/disparition en décalant/recentrant la vision. En revanche, c’est sans filtre que tout prend son ampleur !

Effectivement, c’est bien grâce à cet effet que je l’ai trouvée, sans filtre (je ne le mis qu’ensuite), peut-être devrais-je dire par hasard. Il faut s’arrêter un instant sur ce qu’on appelle vision décalée et sur la physiologie de l’œil humain parce que cette nébuleuse est un formidable petit outil pour explorer nos propres yeux…

Qu’est-ce que la vision décalée, et comment ça marche ? L’œil humain est un organe qui a évolué depuis des dizaines de millions d’années, autant dire qu’il est arrivé à un niveau de complexité et d’efficacité redoutable (certes, nous voyons moins bien qu’une chouette en pleine nuit, certes). C’est ainsi que sa physiologie permet de s’adapter au niveau d’intensité de la lumière. On connait tous l’effet des pupilles qui se dilatent et se rétractent selon la luminosité, mais dans une forte obscurité, la pupille étant dilatée à son maximum, l’œil possède encore des atouts pour continuer à « voir ».
Les cellules de la rétine qui permettent de transformer les photons vieux de milliards d’années que collectent nos miroirs en influx nerveux chatouillant nos cerveaux émoussés sont de deux sortent : les bâtonnets (environ 120 millions) et les cônes (environ 5 millions).

Les cônes sont sensibles aux couleurs et aux fortes luminances. Ils sont directement reliés au nerf optique et fournissent individuellement un signal à notre beau cerveau. Ils produisent une excellente acuité visuelle.
Leur nombre augmente de plus en plus quand on se rapproche de l’axe optique du cristallin. Exactement sur l’axe optique, on trouve une zone de 2 mm de diamètre, constituée principalement des cônes, c'est la Macula.
A l'extrême centre de la Macula, c'est la Fovea, qui ne contient aucun bâtonnet mais énormément de cônes très fins. C'est donc là sur l'axe optique que nous avons notre acuité visuelle maximale (perception de détails fins)...

Les bâtonnets quant à eux, sont sensibles aux faibles luminances et ne permettent pas de distinguer les couleurs (la nuit tous les chats et toutes les galaxies sont gris...). De plus, ils sont reliés au nerf optique par paquets, ce qui ne permet pas une bonne acuité visuelle avec eux. Diantre. Où sont-ils sur la rétine ? Et bien, au pourtour de la Macula, et surtout pas au centre, nous n'en avons pas dans notre Fovea, pas un seul !... Vous commencez à me suivre ? Cela signifie que nous sommes en partie aveugles pour les faibles lumières au centre de notre champ de vue.
l’œil humain (wikipedia)

Revenons à notre test de vision décalée sur Blinking. Je vous encourage à faire ce test à votre tour : sans filtre OIII, vous regardez en décalé la minuscule boule grise (25'' de diamètre), dont vous pouvez apercevoir très faible son étoile centrale, puis vous décidez de fixer cette étoile centrale, et là par enchantement, la nébuleuse disparaît pour ne laisser voir que l’étoile. Qu’à cela ne tienne, vous regardez légèrement à côté, et la nébuleuse réapparaît. Mais attention, le plus amusant c’est qu’il ne s’agit pas d’une disparition brusque, mais plutôt d’un fondu enchaîné… la nébuleuse s’estompe. En revanche, il me semble que le retour, lui, est brusque. Étonnant phénomène rétinien. Ce qui est surtout intéressant c’est de tester la distance angulaire qui est nécessaire pour voir en décalé, cet objet est définitivement un bon petit outil pour cela. J’ai probablement passé de longues minutes à jouer avec mes deux yeux (des fois qu’il y ait des différences entre le droit et le gauche, scoop : il n’y en a pas (pour moi en tous cas)).

Etant donné que le fonctionnement des bâtonnets dépend fortement de la production d’une molécule qui s’appelle la rhodopsine, composée de rétinal et d’opsine, et qui elle-même dépend fortement de la présence de vitamine A dans nos organismes frigorifiés, il pourrait être expérimentalement intéressant de tester l’efficacité de nos bâtonnets en termes de vision décalée, suite à l’ingestion massive de carottes et autres myrtilles, connues pour leur forte teneur en précurseurs de vitamine A…, je vais y penser.
Ce qui est intéressant à savoir c'est que la rhodopsine semble produite "à la demande", c'est à dire quand il y a obscurité, et il lui faut environ un quart d'heure pour être fabriquée dans notre œil; en revanche le moindre éclat de lumière blanche (mais pas la rouge, ouf), suffit à détruire purement et simplement ces précieuses molécules... Nous ne sommes que des machines photochimiques, quelle déception.

Tout ceci ne valant peut-être pas un pet de lapin, je me suis alors empressé de tester mon angle de visée décalée sur ma favorite Whirlpool (alias fifty-one pour les intimes). Beau résultat (le ciel aide les gueux aussi, faut avouer). Mais c’est vraiment amusant (aussi fatiguant je trouve) de travailler le décalage visionnaire sur une féérie : tu regardes le noyau (l’œil) de NGC 5194, tu vois celui de 5195, tu regardes celui de 5195 , tu vois celui de M51, tu tournes alors autour comme un fou, tu vois des spirales magnifiques, tu sombres dans un tourbillon, en chantonnant :
Elle avait des yeux, des yeux d'opale,
Qui me fascinaient, qui me fascinaient.
Y avait l'ovale de son visage pâle
De femme fatale qui m'fut fatale...

Fifty-one, j’aimerais tant te regarder en face pour te dire que je t’aime…


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

06/05/11

Parmi les chouettes.

Je suis donc sorti hier soir, il était 22h30, le croissant de Lune prenait une teinte orangée en s’approchant de l’horizon, cette soirée devait être dédiée à la traque aux nébuleuses planétaires.

Et c’était l’occasion pour moi également d’inaugurer un nouveau lieu d’observation, situé un peu plus à l’abri de la pollution photonique humaine, quelque part dans la garrigue entre Mirabeau et Grambois pour ceux à qui ça parle. Il me faut 17 minutes pour être sur site depuis Pertuis, ça va…

Objectif nébuleuses planétaires en tête, je m’installe confortablement, la transparence est bonne ce soir, bien que j’avais aperçu des espèces de nuages de haute altitude qui me faisaient craindre un ciel moyen. Le vent souffle encore un peu fort, disons 20 km/h par petites rafales, mais je prends tout de même le risque, je n’ai que trop attendu depuis la découverte de ce lieu prometteur.

Avant d’attaquer la profondeur de ce ciel, je me tourne vers mon ami jaunâtre du printemps Saturne, toujours aussi majestueux, je distingue très très bien les ombres et la division à mon grossissement favori 343X. L’hémisphère nord semble bien blanchâtre contrairement au reste du disque. Les gros satellites sont disposés de manières singulière ce soir : ils sont tous du même côté et les trois « petits » forment un beau triangle pointant vers le gros Titan, amusant comme tout.

Sautons du planétaire aux nébuleuses qui n’ont de planétaire que le nom (comme chacun le sait), et je me tourne vers le classique des classiques pour commencer cette promenade, miss Lyre (M57), la dernière fois que je l’avais pointée, cette petite, je n’avais pas encore de telrad, mais maintenant, quelle efficacité… en trois coups de cuillère à pot, je te mets le cercle pile entre les sommets du losange de la Lyre, et l’anneau se retrouve comme par enchantement dans le champ du 13 mm. C’est beau. On pousse au 3.5mm quand même, pour se délecter de la chose, le filtre OIII apporte un léger mieux mais pas violent.

Allez, on zappe, direction Ursa Major, pour un autre classique, la chouette M97 qui est si facile à trouver au telrad là encore, il suffit juste de positionner le grand cercle pour qu’il touche Merak, en faisant coïncider le diamètre avec le segment Merak-Phecda. Logiquement, ce que l’on voit alors dans l’oculaire grand champ, c’est… pas M97, mais une galaxie… sa voisine toute proche, voire les deux dans le même champ… Bon on y est, on est là… que c’est chouette, que c’est chouette, que c’est chouette… Je pense discerner les fameux yeux de l’oiseau nocturne…

Et quand même, mon bel objectif de soirée en prend un coup, puisque je viens de voir M108 à côté, et je ne l’avais encore jamais vue comme ça… et là tout bascule, « faut pas te limiter aux nébuleuses planétaires, profites de ce beau ciel ! » entendis-je dans la nuit emplie de hululements…

Voilà, mon côté galactique a repris le dessus, étant dans U Major, je ne peux m’empêcher de glisser lentement vers Canes Venatici, et bien sûr celle qui représente peut-être pour moi le test idoine de qualité d’un ciel et d’un site, fifty-one. Voilà, ma fifty-one, j’arrive !

J’irai droit au but : depuis que j’ai ce Dobson et que je regarde fifty-one, elle ne m’avait encore jamais montré ce qu’elle m’a montré hier soir. Tout simplement grandiose (et pourtant il y avait du vent, je le rappelle) : bras spiraux nettement visibles, et pas seulement en décalé, pont de matière entre les deux tourbillons, une pure merveille. Ô, que Je suis heureux d’avoir déniché cet endroit…

Après M51, je reviens un peu dans UMa pour aller voir si j’y suis du côté de M101, vu le résultat précédent. Mais oui, j’y suis ! Je vois presque des bras, avec un noyau brillant.

Une dernière visite de la grande Ourse pour aller voir le duo classique eighty-one-two (M81/82), là encore, vision panoramique contrastée au rendez-vous. Je me demande si je n’ai pas réussi une collimation parfaite ce soir… Well well well, il faudrait que je retourne un peu à mon objectif initial quand même… j’ai une idée !, je me souviens qu’il y a une nébuleuse planétaire située dans le carré du Corbeau, je n’ai qu’à aller jeter un œil sur le Sombrero (j’aime bien mais classiques, vous remarquez ? surtout pour comparer avec les images que j’ai en mémoire sous d’autres cieux), le Sombrero, disais-je, et comme ça, je descendrai ensute doucement dans Corvus pour trouver la faible NGC 4361…

M104 est parfait, rien à dire de mal dessus. Il donne envie de parler espagnol. NGC 4361 est une nébuleuse planétaire assez faible, au contours assez diffus, un peu difficile. Cohérente avec ce que j’en attendais finalement.

La nuit avance et l’oiseau a maintenant déployé ses ailes et son long cou…. L’Oiseau, c’est bien sûr le Cygne, animal mythologique qu’avait utilisé Zeus en son temps pour séduire la belle Léda, qui avait donnée ensuite naissance aux jumeaux Castor et Pollux…. Et je pense soudain qu’il est trop tard pour aller du côté de ces deux là pour découvrir la nébuleuse planétaire que j’avais prévue dans mon programme, la dénommée nébuleuse de l’Eskimau… j’aurais dû commencer par là. Bon, il faut aussi garder des buts dans la vie, revenons au Cygne, et gardons l’Eskimau au frais…

Le Cygne, c’est la fameuse page 62 du pocket sky atlas, c’est aussi par là que se trouve des superbes nébuleuses planétaires, notamment Blinking Planetary (NGC 6826) et Dumbell (M27), que j’ai mises à mon programme un peu improvisé, il est vrai…

Mais avant toute chose, quand on se tourne vers Cygnus, on se penche forcément vers l’extrémité de la tête de l’Oiseau, pour y admirer sans doute la plus belle étoile double bicolore du ciel boréal (j’abuse ?), il s’agit de Albireo la magnifique. Elle me montre ses deux belles composantes jaune et bleu, les deux yeux du Cygne en quelque sorte.

Pour aller chercher Dumbell, j’ai eu un peu de mal tellement la densité stellaire est imposante dans ce coin de voie lactée. Trop d’étoiles nuit au repérage !... qui l’eut cru.

J’ai heureusement repéré un petit astérisme situé en dessous de Albireo qui va me permettre de fixer la belle Dumbell dans mon oculaire. Première impression : cette nébuleuse planétaire n’est absolument pas ronde ! Ca contraste avec mes précédentes invitées. On devine assez aisément des strucures internes complexes dans cette vaste nébuleuse aux contours francs.

Allez, je me mets à la recherche de Blinking, vu qu’il paraît (je ne l’ai encore jamais vue) que l’effet de clignotement est très amusant, même si j’ai l’impression que je commence à clignoter un peu tout seul par la fatigue. Mais c’est dur. Je ne la trouve pas… Je tourne, je fouine, je cherche. Pas de Blinking… Il me faut un peu de café chaud, une pause thermos bienvenue. Je reprends ma traque, mais en vain, il est possible que je sois un peu trop fatigué.

Mais il est quand même hors de question de plier bagage sur un échec, je décide donc de retourner dans le monde galactique en me laissant dériver sans but précis entre Denebola (vous savez, la patte arrière du Lion) et Vindemiatrix (epsilon Virginis)… en plein dans l’amas de la vierge, où Makarian vit une chaîne, et où je saute de galaxies en galaxies sans savoir qui elles sont, j’en vois par la tranche, des de face, des petites, des grandes, au moins une dizaine, des centaines et des centaines de milliards d’étoiles et dix fois plus de matière noire sont sous mes yeux, dans un calme absolu…

Je voulais finir cette soirée sur un beau coup, et toujours afin de tester (comme si je n’en étais pas encore convaincu) la bonne qualité de mon nouveau site d’observation, d’autant qu’on m’avait récemment fait l’apologie de M92, amas globulaire qui rivaliserait, parait-il avec son voisin M13. Qu’à cela ne tienne, je vais donc finir en beauté en allant comparer les mérites respectifs de ces deux accolytes Herculéens.

D’abord M13, pour fixer la référence. Y’a pas de doutes là-dessus, ça flashe la pupille, et quand je glisse le 3.5mm dans le PO, waouh ! M13 occupe tout le champ… je rêve ou quoi ?... Ca rend humble, des choses pareilles. On se dit que c’est là depuis tellement longtemps…

Au dessus du quadrilatère de Hercule, on trouve assez vite M92, et je dois dire que la réputation qu’on m’en a faite n’est pas loin d’être justifiée, M92 est différent de M13, plus dense au centre, moins étalé, mais d’une grâce vraiment semblable à celle du beau thirteen. Combien d’étoiles puis-je discerner dans mon oculaire 100 ? 1000 ? 10000 ?

Cette fois le temps est venu de plier le matos, le temps de sommeil va être court, je range mes précieux Nagler, en ayant complètement oublié mon échec sur Blinking, mais je sais que je la trouverai la prochaine fois et qu’en plus il n’y aura pas de vent du tout… J’entends des chouettes hululer au loin.

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

08/04/11

Les Amas globulaires du printemps

Nouvelle sortie. Eh oui. Quand le ciel diurne est vide, on comprend qu'il sera plein dans sa version nocturne. Et comment! 
La transparence promet d'être bonne, en revanche une légère brise, celle-là même qui permet de chasser les derniers nuages récalcitrants, indique qu'on aura une turbulence peut-être gênante. On est prévenu.
La dernière fois, j'avais clos ma soirée par un amas ouvert en songeant plonger dans les amas globulaires au plus vite. C'est donc ce soir ou jamais, enfin... c'est ce soir quoi, que Dobby va voir M13.
Le croissant de Lune se couche aux environs de minuit, c'est donc vers 23h15 que j'arrive sur site, endroit secret dans une colline des environs de Pertuis.
Evidemment, après avoir laissé un petit moment le miroir atteindre la température ambiante, qui frôle les 18° au bas mot (climat délirant cette semaine...), on ne résiste pas longtemps, en attendant que Lune ait disparue entièrement, de tourner le tube vers Saturne, après tout, c'est un peu la semaine Saturne, cette semaine.
Le constat est sans appel, la turbulence atmosphérique ne permet pas d'utiliser un grossissement supérieur à 240, et même à 240, c'est délicat par moments.

Allez, il est l'heure des amas globulaires! Et pour commencer, évidemment, dirais-je, je pointe M13, le fameux. Il n'est pas très réputé comme un objet du printemps, mais bon, il me semble suffisamment élevé pour tenter le coup.
Avant de raconter ce que j'ai vu, arrêtons-nous un instant sur la manière de trouver M 13 en quelques secondes seulement : il ne suffit que de connaître la grande Ourse et 2 étoiles, toutes deux très brillantes : Véga et Arcturus. Le chemin est le suivant :
Regardez vers l'horizon Nord-Est, assez bas sur l'horizon, vous trouvez inmanquablement Véga, belle étoile blanche très brillante. Nous levons maintenant la tête pour identifier la Grande Ourse. Une fois repérée cette casserole céleste bien connue, il suffit maintenant de suivre le manche de la casserole et de le poursuivre en suivant la courbure, jusqu'à trouver naturellement cette deuxième étoile très brillante et légèrement orange : c'est Arcturus! Nous avons maintenant Véga et Arcturus. Traçons une ligne imaginaire entre ces deux étoiles et suivons là en partant de Véga pour aller vers Arcturus. A environ 1/3 du chemin, notre ligne traverse de part en part une sorte de rectangle trapézoïdal. Arrêtons-nous ici, nous sommes proche du bonheur. 
Prenons le côté de ce rectangle qui se trouve du côté de Arcturus. Vous y êtes ? Nous regardons l'étoile qui se situe en haut de ce côté, puis nous descendons vers celle qui matérialise la fin de ce segment. Nous nous arrêtons encore à 1/3 du chemin. OK ? Glissez maintenant un oculaire de faible grossissement et/ou de grand champs. Vous voyez cette petite boule bizarre ? C'est M13, ce très joli amas globulaire qui contient tant d'étoiles... Il est tant de chausser un oculaire à plus fort grossissement pour en profiter un peu plus, un.. 13 mm par exemple !
La vision de cet amas d'Hercule, comportant plus de 100 000 étoiles (on ne les distingue pas toutes, je rassure) est très chouette, bien que toute son ampleur n'apparaît qu'en vision décalée. Je ne peux pas compter toutes les étoiles que je vois, c'est beau, juste beau.
Il faut savoir qu'entre autres particularités, M13 est très vieux, on estime son âge à 13 milliards d'années (facile à retenir). Son diamètre réel de 150 années-lumières. Il parait qu'il contient en outre de très nombreuses étoiles jeunes, qui ne seraient pas nées en son sein, mais plutôt capturées par lui!...




C'est en rêvassant à ces chiffres que je quitte M13 pour continuer ma route globulaire printanière, on enlève un "1", direction M3.

Il se trouve que pour trouver aisément M3, on a déjà fait la moitié du chemin puisqu'on a déjà identifié Arcturus, l'étoile orangée qui fait son chemin dans son coin (pour ceux qui connaissent les mouvements), ainsi que la Grande Ourse. Il va nous falloir maintenant trouver la dénommée Cor Caroli, c'est très simple, vous allez voir : fixez Arcturus en faisant en sorte que la Grande Ourse se trouve au-dessus d'Arcturus (la Grande Ourse est presque au zenith, en fait), vous devriez être tourné vers l'horizon Nord-Est. OK ?

Exactement à mi chemin entre Arcturus et la casserole vous voyez une étoile assez brillante (un peu moins que les étoiles de la casserole), il s'agit de Cor Caroli. Maintenant, accrochez-vous, on arrive : on trace la ligne entre Arcturus et Cor Caroli, on se place a mi chemin encore, et on est arrivé, M3 nous attend là.
Une autre façon de trouver rapidement M3 est de trouver l'intersection des droites Spica-Alkalid et Arcturus-Cor Caroli...

Et bien le spectacle de M3, bien haut dans le ciel me semble peut-être plus beau encore que celui de M13, ce qui s'explique facilement par cette hauteur justement. Cet amas contient près de 500000 étoiles sur 160 années-lumières... La vision décalée est encore nécessaire pour apprécier pleinement la forme arrondie. Le grossisement à 240 est assez décevant, probablement à cause de la turbulence, je préfère donc en rester au 13 mm et son piqué redoutable.
Allons maintenant regarder un amas globulaire de plus faible magnitude et plus petit en dimension apparente, je choisis M53, qui est l'un des rares amas globulaires visibles à cette époque de l'année (vivement l'été, quand il fera 40°).
M53 disais-je... comment on le trouve celui-là ? Ah, mais c'est un peu plus difficile que les deux autres, tiens!... Il nous faut trouver une étoile qui s'appelle alpha Com (dans la constellation de la Chevelure de Bérénice). Elle se trouve pas très loin d'Arcturus (encore lui). Et on la trouve en utilisant encore des objets connus : Grande Ourse et Cor Caroli, que nous avons trouvé tout à l'heure... On trace donc une ligne qui part du milieu du premier segment du manche de la casserole (côté casserole) et qui passe par Cor Caroli. C'est bon ? On poursuit cette droite en descendant, elle passe à droite de Arcturus. Mais on s'arrête pile à l'horizontale d'Arcturus! Là se trouve alpha Com. Il n'y a plus qu'à jeter un oeil à l'oculaire grand champ et M53 devrait être là à côté de cette étoile repère. Facile, finalement...
M53 est plus faible que les précédents, et plus petit. Il faut savoir qu'il se trouve à plus de 50000 années lumières de nous, ce qui en fait l'amas globulaire le plus lointain...
Moins intéressant probablement, encore qu'il dévoile une belle structure.


Une soirée d'observation ne serait pas réussie sans l'observation de quelques galaxies, ce soir je chois donc un duo pas encore vu avec ce Dobby : M81/82. Je n'entre pas dans le détail de ma façon de les pointer (on garde pour plus tard). Je peux juste dire que voir les deux dans le même champ, ça a de la gueule!... Elles tiennent vraiment limite limite dans le Nag13, elles ont bien plus d'espace au 25 mm 60°. Je n'imaginais pas pouvoir distinguer des détails sombres torturés de M82, et bien manifestement c'est le cas... hummm...

Il commence à se faire tard, dans les 1h30 (je rappelle que c'est une nuit de jeudi à vendredi et que je n'ai pas pris de RTT le lendemain, tout de même!), mais je ne peux résister à aller titiller ma favorite M51 (et ça n'a rien à voir avec ma ville de naissance, n'allez pas chercher minuit à quatorze heures!). J'observe que ce tourbillon tourbillonne encore mieux que la dernière fois que je l'avais regardé (probablement lors de ma dernière sortie ?). Je vois très nettement des bras spiraux au Nag13, je suis ravi. 51 c'est un bon nombre.


Avant de remballer le matériel dans le silence de la nuit noire, une dernière petite observation d'une nébuleuse planétaire, comme ça, vite fait, pour changer d'idées, je fais simple, court, rapide, M57, la Lyre. Un peu trop basse sur l'horizon, mais tout de même sympa, cet anneau, avec ou sans filtre OIII...
It's now time to go back home and  put images into brain storage!


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm filtres Moon et OIII

29/03/11

Waouh !

Bon, voilà, il fallait bien y arriver. C'est un autre monde. Le monde du grand champ, le monde du piqué, le monde du contraste, le monde de la luminosité, le monde de Nagler! (many thanks Al !)
C'est donc avec empressement qu'hier soir, profitant d'éclaircies aussi inattendues que magnifiques, les nuages ayant totalement disparus, tout en conservant une température supérieure à 10° et un vent très faible, que je sortis fébrilement dobby du garage, direction banquette arrière, accompagné de ces deux jolies boîtes pleines de papier bulle renfermant ces ...oculaires, oui, ces cailloux, ces bijoux, ces trucs qui coûtent si cher, qui sont garantis 5 ans, qui devraient me tenir compagnie au moins le triple de temps...
Je parle bien du trop célèbre Nagler 13 mm et du moins célèbre Nagler 3.5 mm, le premier étant polyvalent pour tout ce qui touche à la profondeur du ciel, le second étant réservé exclusivement à mon amie Saturne, voire son acolyte Jovien, mais je prèterai volontiers à Sélène si elle ne bouge pas trop, ce que rien ne présage...
Côté chiffres, rappelons que ça donne dans le 82° de champ apparent, pour des grossissements de respectivement 92 et 343 fois et donc des champs de vue de 0.89° et 0.24°...
C'est en faisant ces règles de trois que j'arrive à mon spot devenu mon spot favori,  quelque part dans la colline entre Pertuis, la Bastidonne et la Durance. Arrivée précoce vers 20h30.

Le vent souffle très légèrement, quelques petits nuages sont visibles, mais disparaitront très vite. Mise en température, acclimatation des bâtonnets...
Il doit être pas loin de 21h (heure locale) quand je me tourne vers ce qui sera la première lumière de ce Nag13 : M42. Il fallait bien ça pour une first light. Premier Waouh! Y'a pas à dire, y'a une légère ressemblance avec ce que j'avais pris l'habitude de voir, mais quel piqué! Quelle contraste, quelle beauté!..
Un peu plus tard, je pointe vers des objets déjà vus au Plössl, de manière à pouvoir comparer le comparable.
Avant qu'il ne soit trop tard, je pivote vers les Pléiades (M45), waouh! On ne s'en lassera jamais, en fait...
C'est donc vers Ursa Major que je pivote ensuite mon rocker... Et pour une deuxième gourmandise, on choisit du lourd, M51, par exemple (je sais, M51 n'est pas dans UMa, je sais, mais pour moi si). Cette fois-ci, je n'erre plus, fini la rigolade, je trouve assez vite, et d'autant plus vite que... on voit tout de suite ce génial tourbillon, et je suis maintenant sûr que j'aperçois des spirales, mon cerveau ne me joue pas des tours, je vois des spirales avec un 254 mm (et un Nag13) ! C'est fascinant, ce double enroulement... ces centaines de milliards d'étoiles en un clin d'oeil...
Et puis on enchaine de plus belle, le Nag13 ne sort plus du porte-oculaire, ou si peu, direction M63 toujours dans Canes Venatici (les chiens de chasse), waouh, joli spectacle même sans trop de détails. On remonte vers l'Ourse, M109, waouh, tellement facile à dénicher désormais.
Cap à l'Ouest, on va jeter un oeil sur M101, waouh, noyau bien visible, mais difficile de vraiment voir des bras, même en décalé...
On remonte maintenant en traversant la casserole, direction Merak. M108... waouh... Tant que j'étais là, j'aurais pu vérifier que la nébuleuse M97 répondait présente, mais elle m'est sortie de la tête, à cause de Saturne qui commençait à narguer l'amateur sérieusement (et narguer le nag3.5!), il devait être dans les 23h00(et je travaille le lendemain quand même...)
C'est donc une nouvelle rotation dobsonienne est un pointage sur le guerrier mythologique... D'abord au 13mm, pour voir... Quel piqué, la vache! Waouh! Mais Saturne est trop lumineux!... Passons aux choses sérieuses, le 3.5mm, grossissement 343, accrochons les ceintures (de Van Hallen)... Waouh! Mazette, mais la turbulence n'est même pas si forte que je ne pouvais le craindre, Saturne et beau, fuyant.., mais beau. Mais fuyant. Mais beau... OK, la Terre tourne vite quand on accélère 343 fois... Même avec 82° de champ... Je compte, j'ai des périodes de joie de 25 secondes, le temps de traversée du dieu Guerrier du haut en haut au bas à droite du cailloux... on bouge, on fixe, on regarde, on bouge, on fixe, on scrute, on bouge, on fixe, on admire, on bouge, on fixe, on est heureux.
J'ai quand même la petite déception de ne pas distinguer la division de Cassini, c'est curieux, je devrais la voir, pourtant. Comme je ne perçois pas l'ombre de l'anneau alors que je m'attendrais à voir un petit quelque chose, mais cette lumière!... Il est vraiment lumineux ce globe tout rond qui flotte au milieu de ses anneaux dans un vide noir, juste entouré de serviteurs dévoués...
Avant de finir cette petite soirée, je vais regarder mon ami mexicain M104, qui se trouve encore dans les parages de la planète aux anneaux, et je crois entendre "Waouh!" dans la nuit de la colline... Magnifique! Je vois assez nettement la bande sombre si caractéristique, waouh, ai-je dit...
Il va être temps de plier bagage, mais quand même, je voulais vérifier ce que donne un grand amas ouvert, comme ça vite fait (on verra pour les globulaires une autre fois), je tourne donc vers la Ruche (Praesepe), numéro 44 chez Messier... WAOUH!...
Allez, faut rentrer, demain réveil à 6h30, c'est à dire dans 6h...
Petite conclusion en rangeant le matos : les plössls fournis par SkyWatcher sont, comment dire... moyens... surtout le 10 mm...

Qualité du ciel :
transparence : très bonne (mvlon supérieure à 6 : 4 étoiles visibles dans UMa))
turbulence : pas trop mauvaise (le disque d'Airy danse un peu sur Polaris à G=1.43D)

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm filtres Moon et OIII

10/03/11

Soirée galactique

Ce soir, j'ai conscience que c'est le dernier jour de météo clémente coïncident avec une lune jeune avant deux bonnes semaines.... Autant dire qu'il faut en profiter...

Balade lunaire sur la terrasse vers 20h:
Fracastorius est une formation circulaire abîmée située sur la rive Sud de Mare Nectaris, elle montre des versants assez escarpés pleins de cratères. Cette muraille élevée est engloutie au Nord dans Mare Nectaris.
Un vrai nectar pour les pupilles...

Sortie dans la colline entre 22h40 et 0h30 :
A la recherche de M51... difficile de mettre la main dessus, n'ayant pas emporté avec moi mon atlas, je ne savais plus vraiment à quelle distance de 24 CVn je devais chercher, d'où des tâtonnements assez désagréables, à la limite du dépit, mais soudain, voilà ce double tourbillon! Et je jurerais voir les bras spiraux, rêvé-je ? Je me régale.
Restons dans le coin d'Ursa Major, du côté de M101, c'est diffus diffus...assez déçu (j'incrimine la qualité optique de mes oculaires, fournis d'office avec l'OTA). Allez, un petit oeil sur M109 (je suis très galactique comme mec, au final).
Maintenant je me dis que je n'ai que la hâte de recevoir mon Nagler 13 mm. J'en ai déjà ma claque de ces Plössl de qualité laissant à désirer...
Un dernier tour vers le Corbeau pour retrouver le plus vite possible (on a les petites joies qu'on peut) le Sombrero (M104) : 30 secondes. A battre.
La soirée galaxies se termine (je bosse demain!), je jette un œil à Saturne, histoire de vérifier que j'ai toujours envie d'un 3 mm. Oui, j'ai toujours envie d'un 3 mm (et grand champ) ;-). Ça sera pour après le Nag 13.

bon ciel :
- absence de vent
- Turbulence très très faible (tâche d'Airy stable! sur Pollux à G=D)
- mvlon environ 5.6 (?)


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm filtres Moon et OIII