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16/09/12

Des Jours Avec et des Nuits Sans

En un mot comme en cent, cette soirée ne fut pas très fameuse, aurais-je perdu la main ? L'astronomie dobsonienne serait-elle sujette, comme la vie, à des jours avec et des jours sans ? Ce fut sans nul doute un jour (une nuit) sans, hier soir... 
Ou bien me serais-je attaqué à un coin du ciel un peu trop difficile en ayant pour seule arme mon Pocket Sky Atlas et mon Telrad ?
Mon programme était-il trop ambitieux ? Je se saurais répondre à cette question là tout de suite, mais voilà l'histoire...
Il faut dire que ça commençait plutôt mal, puisque je voulais prendre quelques clichés de mon set-up en situation, et après avoir tout installé, l'APN sur son trépied, prêt à faire la pose auprès de Dobby quitte à faire la statue durant 30 secondes (sans Lune, une longue pose était indispensable), voilà que mon Canon, qui parle très bien, me dit un message encore jamais vu : "il y a un problème de carte, la remplacer". Impossible de faire quoi que ce soit, et impossible de formater la carte...OK, me dis-je, tant pis, je ferai ça une prochaine fois.
Ça faisait déjà 3 mois que je n'étais pas sorti avec Dobby, depuis le 17 juin très exactement, c'est dire si il y avait du challenge, et quelle ne fut ma surprise de constater que ce cher télescope était toujours collimaté ! Incroyable pour un scope qui a subi un déménagement en plein mois d'aout, et autres mouvements annexes...
Le ciel de mi-septembre est très différent de celui de mi-juin. Dès que je sortis de la voiture dans ce chemin de guarrigue, je fus pourtant bluffé par la vision gargantuesque de la Voie Lactée, majestueusement flottante du Nord au Sud. J'allais comprendre bientôt mon malheur.

Pas de vent, ciel peu turbulent, transparence bonne apparemment... Mais pas mal de pollution lumineuse vers le sud. Trop. Anormalement trop, en tout cas dans par rapport à mon souvenir printanier. C'est au dessus de l'horizon sud que j'avais prévu de commencer mon voyage, au dessus du Sagittaire couchant, là, à la frontière de l'Ecu de Sobiesky et de la Queue du Serpent, pour voir trois Messier qui traînent par là : M16, la nébuleuse de l'Aigle, mais qui est dans la constellation du Serpent, M26, un amas ouvert, et M11 qui est aussi appelé l'amas du canard sauvage, situés tous deux dans Scutum (l'Ecu). Je n'ai vu ni M16, ni M26, ni M11. C'est dingue nan ? Scutum était déjà trop bas, noyé dans la lumière émanant d'Aix (ou une bourgade plus proche), il m'était impossible ne serait-ce que de trouver delta Sct, pourtant de magnitude 4.70... J'en avais besoin pour me repérer et trouver M26, situé juste à côté. Idem pour M16, pour laquelle j'avais besoin de trouver gamma Sct, située plus bas que delta... Après ces deux tentatives devenant vite pénibles, je rayai M11 de ma liste, pour quitter cette zone et aller voir ailleurs si j'y étais.

Direction Pégase, plus haut, bien plus haut, et vers le Sud-Est. Là je repris espoir, même si j'eus presque du mal à trouver le carré. Mais serais-je fatigué ? Ou bien serais perturbé par le concert live de Patti Smith dans la radio ? Quand-même... Trop d'étoiles pour le coup...
L'amas globulaire M15 est un amas globulaire aisé à pointer une fois qu'on a le carré de Pégase (qui est rectangle, au fait). Il suffit de prolonger une ligne imaginaire entre théta et epsilon (voir schéma ci-après). M15 est un bel amas globulaire, avec de nombreuses étoiles résolues, la vision décalée renforce d'avantage encore l'aspect granuleux, à voir au 13 mm.


10° en dessous se trouve un autre globulaire Messier, M2, on y parvient en traçant un croisement de segments en utilisant les étoiles principales du Verseau et Enif de Pégase (la plus proche de M15). M2 est plus faible que M15, bien plus faible, je ne parviens pas à voir vraiment des étoiles résolues, il reste assez diffus.
Maintenant qu'on est dans le Verseau, on va y rester, un autre globulaire est au programme, que je n'ai encore jamais observé du reste, c'est M72. Il se trouve en gros à un tiers du segment reliant epsilon Aqr (aussi appelée Albali) et théta du Capricorne . Alors, ce M72, pour être faible, il est faible! Là on ne cherche pas à voir trop d'étoiles résolues, c'est une tache ronde, certes, et on y laisse notre imagination. Et c'est là que le syndrome de la diamétrite vous prend : "ah, si j'avais un 400 mm...".


Dans mon planning je devais ensuite aller rendre visite à des nébuleuses toujours situées à la page 77 du PSA (Pocket Sky Atlas, pour les non initiés), à commencer par NGC 7009, aussi appelée la nébuleuse Saturne et qui est tout près de M72. Pourquoi ne l'ai-je pas trouvée ? J'y ai mis du temps et de l'énergie, mais en vain. Je savais qu'elle a une dimension angulaire riquiqui, mais là, je suis resté vert, vert comme sa couleur paraît-il (que je verrai un jour quand j'aurais un T600 ;-) ).
J'avais aussi prévu d'aller voir Hélix (NGC 7293), mais ayant trop galéré sur 7009, j'ai zappé. Chercher sans trouver est un métier fatiguant (je sais de quoi je parle).

Il me restais à faire un peu de planétaire, et je savais que les gazeuses étaient de sortie ce soir, d'abord Neptune, toujours dans le Verseau, que je suis tout de même parvenu à dénicher juste à côté de 38 Aqr, non sans mal (c'est quoi ces yeux?), toujours aussi bleutée, cette toute petite boule. Ces gazeuses lointaines sont toujours un peu décevantes quand on a en mémoire la vision d'une Saturne ou d'une Jupiter. Aucuns détails décelables, petite taille... Et puis pour comparer le comparable (quoique), c'est vers Uranus que je suis ensuite allé. Pour la trouver, je suis retourné sur Pégase et utilisé une savante triangulation avec les étoiles du Poisson situé en dessous du "Carré" rectangulaire. 


Uranus n'est pas la cousine de Neptune, c'est sa sœur. Même frustration. On se réconforte en se disant que c'est la lumière du Soleil qu'on voit là, transformée en sa composante bleue réfléchie par tout ce gaz. Tiens, au fait, pourquoi les teintes de Saturne et les deux cousines (pardon, sœurs) sont-elles si différentes alors que le gaz est le même ? C'est amusant de voir que 19% d'hélium (contre 7.5% pour Saturne) produit tant de différence dans le spectre réfléchi. A mon avis y'a pas que de la pomme. 

Ayant perdu beaucoup de temps et d'énergie ce soir, je renonçai à aller voir un duo de galaxies que je savais difficiles à trouver au telrad et chercheur (NGC 7727 et 7723). Et comme une soirée sans galaxie est un peu comme une tranchée verdunoise sans gnôle, j'ai fait dans la facilité en allant jeter un œil débonnaire sur une des galaxies les plus vastes du ciel : entre Pégase et le Triangle, vous avez reconnu M33, à éviter de regarder avec un oculaire plus petit que 15 mm. C'est étendu, il y a là des dizaines de milliards de soleils, accompagnés de leurs planètes sans doute, je ne distingue pas de structures dans cette grosse masse (la troisième galaxie la plus massive du groupe local derrière notre Voie lactée et Andromède, rappelons-le). 
Je ne peux que me dire que mon oculaire Plössl de 25 mm est vraiment mauvais et que j'ai hâte de recevoir mon Panoptic 24 mm, qui ne devrait plus tarder maintenant... Ça ne me permettra pas de voir les spirales de M33 mais il sera très certainement une aide précieuse dans la phase de localisation à grand champ, qui est une étape parfois très délicate en astro dobsonienne, comme j'ai pu en faire l'amère expérience ce soir.

N'ayant pas eu la chance, l'opportunité ou le bonheur de rencontrer quelque animal nocturne dans cette nuit au silence parfois dérangeant de nouvelle lune, et il faut bien le dire un peu dépité de constater l'existence de nuits sans ainsi que de la non négligeable pollution lumineuse de mon site de prédilection, finalement, je décidai de rentrer pour rejoindre Morphée et rêver de voir Patti Smith chevaucher Pégase l'insoumis, tout en jetant un œil sur Jupiter en train de monter sur l'horizon.

* Cartes produites avec le génial Stellarium

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

17/06/12

Déambulation galactique entre Vindemiatrix et Denebola

Le ciel était d'une limpidité outrageante hier soir, c'eut été blasphématoire de laisser mon ami Dobby et son miroir parabolique de 250 mm prendre la poussière dans le garage.
Je retournai donc à mon endroit favori, perdu dans la garrigue du Sud Luberon, après avoir rencontré sur mon chemin un énorme hibou (était-ce un grand Duc ?, je n'ai pas eu le temps de vérifier...) ainsi qu'une jolie biche, heureusement pas au milieu de la route, sans doute effrayée par mes phares.
Une compagnie inattendue
Je me croyais seul au monde au moment de faire ma collimation au laser quand soudain un gros Pick-Up surgit de nulle part et en sortit un gars, berger de son état, qui, visiblement avait peut-être un match de foot à voir à la télé puisqu'il me délégua la responsabilité en quelque sorte de veiller sur ses brebis... Du jamais vu de mémoire d'astronome, comme si je pouvais surveiller des brebis se sauvant sur une route et en même temps admirer l'amas de Virgo... Car c'est dans cette région magique que j'avais décidé de me rendre ce soir...
Saturne, encore une fois
Mais avant de me rendre dans cette zone située entre Vindemiatrix et Denebola, il fallait, c'est encore incontournable, aller voir les anneaux de Saturne, des fois qu'ils se seraient égarés comme des brebis... Ça va, la division de Cassini est bien toujours là. Les ombres donnent une formidable impression de relief, j'adore.

Position du triplet du Lion (carte Stellarium)
Triplet galactique sous le félin
Avant de plonger plus avant dans l'amas de la Vierge, je voulais aller rendre visite au Lion avant qu'il ne soit définitivement invisible, je  ne l'ai pas encore parcouru depuis ce printemps, honte à moi. Allons donc voir le triplet du Lion. M65, M66 et NGC 3628, ces trois galaxies me plaisent, surtout par leur proximité qui en fait tenir 2 sur les trois dans le champ de mon Nagler. Ça augure d'une belle promenade galactique. On entre dans le vif du sujet, l'amas de Virgo et ces centaines de galaxies...
Des galaxies par dizaines ou plus encore
Souvent, on parcourt la zone (si riche) en commençant par la chaîne de Markarian, mais j'ai décidé de faire le parcours un peu à l'envers. Je me repère tout d'abord à partir de notre étoile de départ qu'est Vindemiatrix, à environ 5° en dessous se trouve une étoile assez faible - mais visible à l’œil nu- qui s'appelle Rho Vir, de magnitude 4.5, nous nous positionnons dessus et il nous reste alors qu'à remonter légèrement d'environ 1 fois et demie le champ d'un Nag13 (soit 1.2°) pour tomber nez à nez avec notre première galaxie de la Vierge : M60.
En fait, si vous êtes muni d'un grand champ, il est fort probable que vous voyez non pas que M60 mais aussi une seconde Messier qui est M59, et c'est heureux puisque ces deux là nous indiqueront le chemin pour arriver à notre troisième, et plus : il suffit de tirer un trait entre M60 et M59 et de déplacer son rocker doucement sur cet axe imaginaire pour parvenir à M58. A partir de M59, il faut parcourir deux fois la distance séparant M60 et M59, facile, non ?

Mon axe magique de la Vierge et son triangle équilatéral (carte Stellarium)
Mais on ne va pas s'arrêter en si bon chemin, on reste sur cette route galactique, cet axe peuplé de tant de centaines de milliards d'étoiles. A partir de M58, on parcourt en ligne droite la même distance qui sépare M60 de M58, vous suivez ? On peut (on doit) évidemment revenir en arrière pour prendre à la fois la direction et la distance en mémoire dans le poignet. Et que trouve-t-on donc ici ? Un monstre. M87, énorme galaxie elliptique, l'une des plus massives galaxies connues, dans laquelle se tapit un trou noir gigantesque, je l'imagine en regardant M87 en son centre...

Les brebis ne se sont toujours pas sauvées, alors je peux tranquillement poursuivre ma rando. Et on va faire un peu de trigonométrie, en plus.
Comme vous vous souvenez parfaitement ce qu'est un triangle équilatéral, vous pouvez suivre mon conseil pour trouver deux autres galaxies à partir de M58 et M87. Il vous faudra imaginer un triangle quasi-équilatéral donc (trois côtés de même longueur, pour ceux qui ont oublié), dont l'un des côtés a pour sommets justement nos deux dernières rencontres M58 et M87. Assez facilement, vous trouverez comme moi M90 au troisième sommet. Et ce triangle nous est fort utile car dans son centre (ou presque) se trouve une autre galaxie, en la personne de M89.

La chaîne de Markarian. Credit NASA
L'enchainement Markarian
La soirée avance fébrilement, il doit faire encore plus de 20° alors que la radio couine pour couvrir le bruit des loups dévorant de frêles brebis, il est temps d'attaquer la fameuse chaîne de Markarian.
Pour faire dans le classique, il est de bon ton de parcourir cette chaîne de galaxies très proches les unes des autres en commençant par le "bas", à savoir le couple M84-M86, très caractéristique, qui tiennent bien dans le Nag13.
Pour les trouver très rapidement, rien de plus simple ! Ma méthode est la suivante : je reviens sur mon beau triangle "équilatéral", qui ne l'est pas vraiment : M58-M87-M90 et je me repositionne sur M58. De là, je reprends mon axe magique, celui que nous avons suivi depuis le début, depuis M60... et je me déplace vers M87, que je survole en continuant le même axe, sur la même distance séparant M58 de M87. Ok ? Là, on tombe sans coup férir sur le couple M84-M86. C'est chouette, les Dobson.
Après, ce n'est que promenade de galaxie en galaxie, les membres de la chaîne de Markarian sont si proches les unes des autres qu'il suffit de sauter de l'une à l'autre en suivant le mouvement, en remontant, donc. On passe tout d'abord sur le joli couple NGC 4435 et NGC 4438, puis  un autre couple NGC 4458 (faible) et NGC 4461, puis on poursuit légèrement en courbe pour tomber sur NGC 4473 puis un peu plus loin sr NGC 4477.


Je décide alors d'extrapoler le chaîne et de décréter qu'il y en a encore une qui en fait partie, M88, il faut, pour la trouver, prolonger la courbure de quelques degrés, M88 est une belle spirale, de taille conséquente.
Les amas du Scorpion
Il est tant de quitter la constellation de la Vierge pour aller voir si j'y suis du côté du Scorpion qui commence à être suffisamment haut dans le ciel pollué de lumière vers mon horizon sud... Je voulais me faire quelques amas avant de finir cette soirée à dominante galactique. Et devinez ce que je suis allé voir ? Je vous le donne en mille : M4, tout juste situé aux côtés d'Antarès, probablement l'amas globulaire le plus facile à localiser.
Et puis, il y aussi un globulaire plus petit qui avait retenu mon attention, un peu au dessus d'Antarès, dans la tête de l'arachnide : M80.
Étant là dans le Scorpion, je ne pouvais pas m'empêcher juste après ça de me rincer l'oeil gauche sur quelques fameux amas ouverts, je redecendis donc aller voir presqu'au niveau de l'horizon, le Dob pratiquement à l'horizontale, les fabuleux M7, M6, peut-être parmi les plus beaux amas ouverts du ciel d'été...
Détour final par le Sagittaire
Pour vraiment finir ce périple foisonnant, je tourne légèrement mon rocker vers la gauche pour me coller dans le sagittaire tout proche, des grands classiques pour ce soir : la nébuleuse de la Lagune, alias M8, qui est visible à l’œil nu, mais qui se transcende évidemment dans le grandissement 92X de mon Nag13 mm.
Et, last but not least, and very last, après je remballe, je ne résiste pas à plonger dans le plus vaste amas globulaire du monde, de la Terre, avec sa distance de seulement 10000 années lumières, le beau M22, situé tout près du sommet du couvercle de notre chère théière...

Et voilà, il est temps de quitter la garrigue avant que les brebis perdues ne viennent définitivement bouleverser ma soirée si prolifique, je suis bien heureux d'avoir retrouvé mon ciel et ces milliards d'étoiles regroupées dans de si belles galaxies.


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

12/05/12

Retour sur Saturne

Que n'ai-je attendu de si longs mois pour retrouver la planète aux anneaux!
Hier soir, de retour dans ma garrigue préférée, ciel limpide, petit vent peu gênant, turbulence faible, 19 degrés à minuit au compteur, je replongeai donc dans le monde saturnien, entouré de piaillements d'oiseaux rassurants.

Et quel beau spectacle que cette Saturne orangée, chaque vision produit toujours cet émerveillement comme au premier jour... Et d'autant plus après de longs mois de sevrage saturnien!

Il faut aussi dire que je m'étais délecté, juste avant, du coucher du croissant Vénusien, auréolé des couleurs diffractées de l'arc en ciel à l'horizon, sorte de féérie rocambolesque, puis de cette Mars toujours au plus haut, qui montra assez aisément ses calottes polaires (les deux s'il vous plait!) dans mon Nagler 3.5 mm.

Un peu avant son passage au méridien, je pointai donc Saturne, et il faut bien le dire, j'aurai pu m'en arrêter là. Mais j'ai eu l'envie (absurde) d'essayer un cliché au foyer du Dobson, tellement les retrouvailles étaient émouvantes peut-être ? Le concept était quand même un peu prémédité, puisque le Canon 1000D était là, dans la garrigue, et il n'y était pas arrivé tout seul!...

J'ai donc essayé la chose, tout en sachant bien que le rendu d'un tel truc (mon Dob n'a aucune machinerie ou table equato, faut-il le rappeler, non, non, vous le savez) serait plus que hasardeux....

Voici quelques échantillons de ces essais, avec un temps de pose microscopique pour s'affranchir au mieux du mouvement, donc satellites non visibles bien sûr... :




Clichés avec Canon 1000D, 1/10s + Barlow x2

Ah, mais au fait, la soirée n'était pas encore finie puisque la Lune se levait aux environs de 2h, j'avais encore un peu de temps pour du ciel profond, alors j'ai poursuivi avec la constellation la mieux positionnée, à savoir le Serpentaire, alias Ophiuchus, et ces célèbres amas globulaires : au menu : M9, M10, M12, M14, miam!

Je vous mentirai si j'omettais de dire que je n'ai pas pu m’empêcher d'aller zieuter M51, oui, je suis allé voir M51 qui était presqu'au zénith. Et je ne mens pas en disant que mes bras spiraux préférés étaient tout à fait visibles en vision un peu décalée.

Après une brève visite ensuite à la somptueuse double Albireo dans le Cygne, je revins vers Saturne pour finir, en imaginant cette petite sonde Cassini en train de tourner autour, virevoltant à travers la division du même nom de cet astronome Savoyard du 17ème siècle, qui dut ressentir les mêmes émotions il y a plus de 300 ans..


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

03/10/11

Randonnée automnale

Les conditions atmosphériques étaient enchanteresses samedi soir, à 21h, aucun scintillement distinguable, nuages définitivement absents, même de haute altitude... Et ce croissant qui se couche vers 21h30.... Dobby allait donc retrouver sa garrigue préférée.
Arrivée vers 22h sur place, je voyais facilement Asterope dans les Pléiades (mag 5.75) et j'ai réussi à compter 12 étoiles dans le carré de Pégase, ce qui situe la magnitude visible limite à au moins 5.95, plutôt un bon score... Le vent est nul, la température sympathique (environ 15°), et la turbulence très faible.

C'est donc avec un certain entrain que je parfis ma collimation sous une voie lactée éblouissante dès l'arrivée sur site.

J'ai un programme assez chargé, j'ignore si j'aurais le courage de le parcourir en entier, je passe la première heure à faire des essais de photos du ciel au reflex, histoire de m'entraîner un peu pour les Draconides du 8 octobre (on en reparlera sûrement). Je suis assez content du résultat. Mais je vois qu'il est impossible de dépasser 20 secondes de pose sous peine de bouger stellaire... c'est pas beaucoup... même ouvert à 3.5, on n'a pas le temps de capter tous les photons que l'on souhaiterait... Mazette.

Le voyage de ce soir doit nous conduire de Hercule jusqu'à Cassiopée, via le Cygne et Pégase.

Les Pléiades accompagnant Jupiter sur l'horizon Est en début de nuit (Canon EOS 1000D, pose 20 s).

Nous débutons donc notre rando dobsonienne par deux amas globulaires classiques de Hercule, M92 et M13, cousins germains, tous deux à la beauté fracassante, montrant des milliers d'étoiles et une densité étourdissante. M13 au Nagler 13 est sans concurrence, même si M92 se montre bien combatif également. J'aime ces globuleux, ces petites galaxies comme je me complais à les appeler... On reste un instant dans Hercule pour aller chercher alpha Her, de son petit nom Ras Algethi. Cette étoile est une double très  très jolie, aux teintes albireoesques, c'est à dire jaune et bleu. Mais beaucoup plus serrée que son modèle. Il faut passer le 5 mm (x240) pour bien séparer les deux composantes.

On passe maintenant à la constellation voisine, un peu plus vers le sud, la Lyre. Nous allons regarder une étoile singulière, il s'agit de T Lyr, que l'on peut reconnaître très facilement dans le champ stellaire malgré son faible éclat, puisqu'elle est rouge comme une brique de maison cht'i, si si, vraiment. Il paraîtrait qu'elle a un indice de couleur B-V de +5.5, ce qui en fait l'une des étoiles les plus rouge connues (150 fois plus brillante dans le rouge que dans le vert...), et je confirme! Une point tout rouge brique sur un fond d'étoiles blanches ou bleutées, on la cherche et on la trouve sans mal.
On pivote le rocker en passant devant Véga qui nous aveugle et nous allons ensuite sur une étoile double évidente, éta Lyr, deux blanches qui attendaient qu'on vienne les regarder. On descend ensuite d'à peine 1 degré vers le sud pour trouver une autre double, celle-ci beaucoup plus écartée que éta : c'est théta Lyr. Celle-ci aussi attendait son tour, et avec d'autres atouts puisqu'elle s'est mis en tête de prendre Albiréo elle aussi comme modèle (ou bien est-ce moi qui ai choisi d'aller voir des clones de cette célébrité, allez savoir...).
Trève de plaisanterie, quittons un peu les étoiles vivantes pour aller observer un cadavre, exquis, certes, puisque c'est M57, cet anneau explosif, ce petit cercle si aisé à pointer au telrad. J'enfile le filtre OIII sur mon 3.5mm et hop, M57 occupe la moitié de mon champ oculaire (j'exagère peut-être un peu). On ne s'en lasse pas, c'est bizarre, hein ? Maintenant on descend vers le Cygne, mais on doit s'arrêter un instant car un globuleux nous appelle à la rescousse, il souhaite être regardé par un Dobson 254 mm. Ca tombe bien, je suis là. Je vais à sa rencontre, et que me dit-il ? Ah mais des bonnes chose, certes M56 est moins puissant que ces congénères Herculéens, mais j'aime son noyau brillant et ses contours un peu flous. La vision décalée est ici obligatoire.

Maintenant que l'on est là, aux confins de Lyre et du Cygne, vous savez forcément quel objet va suivre dans notre périple. Oui. Gagné. Nous allons nous incliner devant la célébrité jaune-bleu, les yeux de notre oiseau estival-automnal préféré. Albiréo est toujours aussi bluffant quand on arrive dessus, je ne sais si c'est l'éclat en parfait accord des deux composantes, ou bien ces teintes de couleurs primitives, mais voilà, on peut difficilement trouver une double aussi belle dans le ciel boréal...
Restons chez le séducteur de Léda, et promenons nous le long de son aile pour aller sombrer dans le monde nébuleux. C'est vrai, je m'y perd rarement, dans ce monde là, mais là je dois dire que les Dentelles, c'est le must en ce qui concerne les nébuleuse, avec peut-être le grande d'Orion. Nous nous rendons d'abord sur la petite dentelle, NGC 6960, que l'on pointe facilement avec la double 52 Cyg. Spectacle abracadabrantesque s'il en est, puis la grande NGC 6992 et 6995 en se rapprochant de l'aile du Cygne. Il faut absolument utiliser le filtre OIII ici, et sur l'oculaire au grossissement le plus faible, sous peine de ne pas profiter pleinement de ces volutes découpées, des cette fumée diaphane qui flotte on ne sait trop comment, du gaz, ce n'est que du gaz éclairé par quelques étoiles... Splendide, mais trop vaste!... mon champ (25 mm 60°) est bien trop faible pour saisir cet ensemble.

Avant de changer de destination, un petit détour vers Jupiter s'impose, pour voir si jamais la grosse tâche serait du bon côté ce soir : que nenni, encore chou blanc! Point de grosse tâche, mais plein de jolis détails quand même, comme par exemple une tâche de moyenne dimension qui est clairement visible au centre de l'une des deux grosses bandes équatoriales. Ce n'est que partie remise pour la grosse.

Petite pause café/gâteaux et on repart du côté du petit losange qui s'appelle le Dauphin. Et dans le Dauphin, j'appelle l'étoile qui forme le haut du losange (par rapport à l'horizon), c'est à dire gamma Del. Gamma est une étoile double, qui a une particularité, c'est d'être composée d'une jaune et d'une...grisâtre !?. Limite jaunâtre. Toujours joli à regarder quand c'est pas blanc anyway...

Direction le gros carré, maintenant, Pégase. Par là, il y a un globuleux qui doit mériter le détour, on ne m'en a dit que du bien, c'est M15. Mais oui ! Cet amas est fort bien pourvu ! Granuleux, brillant, vaste. Superbe, en un mot.
Avant de quitter Pégase, on va quand même aller voir une galaxie, et je choisis NGC7331. Cette spirale vue presque par la tranche n'est pas très lumineuse, mais suffisamment pour en distinguer les contours.
En route vers Andromède maintenant, et on change d'instrument, allez, soyons fous. Euh, ah oui, c'est une bonne idée, parce qu'on se rapproche dangereusement du zénith, là... C'est M31 que je regarde avec mes Juju 10x50... Noyaux bien brillant, bras devinables, mais presque au zénith... Alors, pour être plus confort, je ne trouve que la solution de m'allonger de tout mon long sur le sol rocailleux, et c'est parfait...

Je profite d'avoir les Jujus en main pour parcourir la voie lactée à la recherche d'amas égarés, mais aussi me détourner vers les Pléiades qui sont encore là, fidèles à elles-mêmes. Je jette deux yeux aussi sur Jupiter, histoire de faire la différence avec ce que je voyais tout à l'heure...
Le silence est farouche tout autour, pas un poil de vent ne fait bruisser quoi que ce soit, aucun bruit animal, ni végétal, si tant est que les végétaux puissent faire du bruit... C'est un peu surnaturel, allongé là au milieu de nulle part...

Allez, il est temps de se relever pour finir cette séance d'observation, on reste un peu dans Andromède, pour aller voir du côté de la petite sœur de M31, savoir M33, au 25 mm bien sûr, pas moins.
Encore chez Andromède, une étoile double est inscrite sur mon plan d'expérience, c'est gamma And, et vous savez quoi ? Elle a pour modèle une certaine... Albireo, étonnant non ? Mais là la bleu est petite et la jaune orangée est grosse (comprendre brillante). Sehr schön, aurait dit Goethe.

Il est un peu plus de 3h et je tente quelque chose qu'il ne faut pas faire, terminer sur du difficile, c'est à dire viser des objets au zénith. Il faut être un peu fou pour faire ça, la fatigue s'ajoutant au cou tordu et au dos cassé ne donne jamais rien de bon, et pourtant je parviens tout de même à accrocher M52, on est ici dans Cassiopée. Et c'est une chouette récompense parce que cet amas ouvert a presque une densité de globulaire (j'exagère mais j'avais le cou tordu), une densité rocambolesque, presque étourdissante à en avoir le cou détordu...
Vient ensuite un autre amas ouvert, de son petit nom l'amas du Hibou ou encore NGC 457, avec une assez grosse double pour compagne (orange-bleu, évidemment)
Pour finir sur une note d'ouverture là encore, M103 vient se jeter à mon cou cervicalement détruit pour me montrer qu'il arbore fièrement trois étoiles brillantes en son sein, comme si il voulait se distinguer dans cette obscurité silencieuse...
Le temps est venu de refermer le thermos, le paquet de gâteaux, les étuis d'oculaires sans rien oublier par terre, les paupières sont trop lourdes, pleines de couleurs et de petits points, pleines d'espoir aussi, l'espoir de longues nuits à venir.


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

11/09/11

Trois géantes gazeuses et des sangliers...

 Et voilà, de retour aux affaires astronomiques... Malgré un vent assez pénible, le ciel étant parfait, je ressors mon ami Dobson resté trop longtemps remisé à prendre la poussière...
Bon, oui, il ne s'agira pas de ciel profond, évidemment, la lune étant presque pleine, on y voit comme en plein jour... Non, j'ai décidé de regarder un trio gazeux. Plus exactement le trio de nos géantes gazeuses préférées.
Au programme de cette soirée : Neptune, située presque à l'aplomb de la lune, à environ une dizaine de degrés seulement... Autant dire un petit challenge en soi.
Ensuite, direction Uranus, assez simple à trouver grâce au carré de Pégase, et pour finir, celle qui fut la première lumière de ce Dobson, et qu'on avait quittée il y a de longs mois : Jupiter...

Arrivé sur mon site préféré au milieu de la garrigue vers 23h. L'éclairement lunaire est vraiment énorme, on y voit vraiment comme en plein jour... Et je vérifie tout de suite que je peux voir le carré de Pégase, qui sera mon repère pour Uranus. C'est limite, mais OK. Ouf.
Reprenons dans l'ordre, on commence par Neptune, déjà entraperçue à la fin du printemps si je ne m'abuse. Mais cette fois, point de repère, à part cette lune terrifiante. Allons-y... C'est armé de mon seul telrad que je me mets en quête.... D'après mon Stellarium, Neptune se trouve à 1,5 cercle environ, c'est tout ce que je sais. Autant dire que je tâtonne un peu. La méthode ? Positionner au telrad, regarder au viseur, chercher le point le plus bleu et brillant dans le champ puis regarder dans mon oculaire le plus gros (25 mm) pour vérifier si ça ressemble à la Neptune que j'avais vue la dernière fois... Et si ça colle, passer le 3.5 mm.
Il m'a fallu sans doute une bonne heure pour la trouver, je dois dire. Mais très heureux de retrouver ce petit point bleu, très petit certes, mais bien là. Challenge réussi.

Passons à la suite maintenant. Le carré de Pégase est toujours limite visible (bon on ne voit que les quatre étoiles du carré, rien d'autre...). Et pour localiser Uranus, il "suffit" de poursuivre le côté du carré le plus éloigné de la Lune et de descendre de la même distance que le côté. Vous me suivez ? Et bien sûr, tout ça en aveugle comme avant, alors après c'est viseur, à la recherche d'un point brillant et bleu si possible puis oculaire à faible grossissement puis on grossit. Méthode chevaline s'il en ait, mais il faut bien s'adapter.

Je dirais que vingt minutes m'ont suffit pour trouver ma chère Uranus, que mon ami Dobson voit pour la première fois. Ce joli petit disque bleu-vert, tout seul suspendu dans un ciel tout sauf noir. C'est beau, mais manque cruellement de fond étoilé...

Il est 0h40 et une petite pause café/casse-croûte s'impose avant de se jeter à corps perdu dans le monde Jovien.
Pour le coup, il m'a fallu quelques secondes pour fixer Jupiter directement dans mon Nagler 3.5 mm. C'est simple, après la Lune, ce soir, on ne voit qu'elle!... Bref, d'emblée à 340x, ça fout le tournis. Ca doit faire 5 mois que je ne l'avais plus regardée, cette Jupiter. Mais que c'est beau! Que de détails... Je n'avais pas encore ce Nagler 3.5 mm la dernière fois... Mais là je suis sous le charme de tous ces détails, de nombreuses bandes équatoriales, ces teintes oranges, blanches, de très fines bandes au Sud. J'ai presque l'impression de distinguer l'aplatissement du disque, il ne m'apparaît pas rond mais bien aplati...
Soudain, un bruit dans le silence de la nuit.
Qu'est ce que c'est que ça ?
Un grognement, ou plutôt un bruit de cochon... ça bouge dans les fourrés tout près. D'autres bruits de fouissement, c'est tout près. Je suis figé, j'ai Jupiter dans l’œil gauche et je surveille le fourré d'à côté de l’œil droit (le fourré est à ma gauche...). Je me souviens qu'un sanglier n'est pas que herbivore mais que ça bouffe de tout, ça pourrait même avaler une optique de pointe à 8 lentilles.... ;-), ou encore un gars hilare penché sur un tube blanc au milieu de nulle part...
Bref, ça farfouille en grognant comme ça une bonne dizaine de minutes sans que je parvienne à voir les bestioles... Pendant ce temps, je ne pense même pas à changer d'oculaire, je reste à 342X, mais en fait le vent est gênant, il fait bouger le tube, ce qui fait danser Jupiter et ses satellites (c'est bien le vent, oui, oui, ce n'est pas moi qui tremble, je ne vais pas me laisser intimider par un vulgaire cochon poilu).
Enfin, le silence revient. Et Jupiter est toujours là, majestueuse. Et je dégrossis enfin, passant à un Nag13+barlowX2, pour un grossissement sympathique de 185X.
Le spectacle est parfait, plus que parfait. Subjectif. Il ne manque qu'une seule chose finalement, c'est la grosse tâche, aaah... faudrait attendre encore un moment pour que la rotation fasse son boulot... mais je n'aurais pas le courage ce soir (matin). Restons sur cette image magnifique et gardons le grosse tâche pour plus tard. L'hiver sera long...
Il est presque 2h00 quand je remballe dans une humidité saisissante. Les sangliers sont déjà couchés, ouais, mais eux n'ont jamais vu Ganymède...


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

03/07/11

Parmi les chouettes 6 - à la poursuite de Neptune -

Hier soir, je savais que j'allais voir du nouveau, parce que je l'avais décidé. Oui, j'allais voir une planète bleue. L'autre planète bleue. Neptune. Mais avant d'arriver à cette destination peu banale, il fallait tout de même coller quelque peu à l'actualité astronomique du moment, quelque peu...
C'est donc entre 23h30 et 02h30 que je me postai sur mon spot préféré, avec une qualité de ciel comme ça :

L'actualité concernant une de mes galaxies favorites (c'est décidé, je me l'approprie entièrement celle-là), je commence donc par aller y jeter un œil... Vous avez peut-être reconnu M51, la galaxie du tourbillon, qui a vu exploser une étoile dans l'un de ses bras fin juin. Il est donc encore temps, avant que cette supernova s'éteigne inéluctablement, d'aller regarder ça... Et effectivement, après avoir appris où se trouvait ladite supernova grâce à mon Astronomie Magazine préféré, je pouvais presque facilement la trouver. Faut quand même avouer que son éclat est pas loin d'une magnitude 14 et qu'une vision en décalé est nécessaire, mais c'est émouvant de ce dire que cette étoile est en train de disparaître dans un feu d'artifice final, pour laisser derrière elle peut-être qu'une petite étoile à neutrons tournante...
Et, là je ne peux m'empêcher de penser à Bételgeuse... qui pourrait à son tour exploser, demain, après demain ? dans 10 ans ? Plus ? Ca serait un tel spectacle car nous serions au balcon...

Quittons maintenant les Chiens de chasse pour quelque chose de totalement différent (and now for something completely different as would say John Cleese).

Nous nous rendons vers l'horizon sud, dans la constellation de l'Ecu de Sobiesky (Scutum), et j'ai choisi d'observer l'amas ouvert le plus dense (le plus beau ?), M11, qui se trouve assez aisément, ma méthode est la suivante :
- On commence par repérer l'étoile alpha de Scutum, elle se trouve sur le bord d'une zone dense de la voie lactée, on peut s'aider de éta et nu d'Ophiuchus, toutes les trois, elles forment un triangle presqu'équilatéral.
- Une fois sur alpha, on traverse la voie lactée en direction d'une étoile assez brillante, lambda de l'Aigle.
- M11 se situe très exactement à mi-chemin entre alpha scu et lambda aqu...
Cet amas est d'une beauté sans nom pour un amas ouvert, sans doute parce que se densité le fait prendre pour un amas globulaire duquel on parviendrait à résoudre quantité d'étoiles... On peut distinguer quelques étoiles jaunes qui semblent s'être perdues dans cet essaim à dominante blanches/bleues. On peut admirer probablement entre 100 et 1000 étoiles ici. Je recommande fortement!

Nous restons à la page 67 du PSA mais nous allons maintenant nous vautrer dans la globularité du Sagittaire... en clair, nous allons faire le tour des amas globulaires du Sagittaire dans le sens des aiguilles d'une montre en commençant notre tour de France Constellation juste en dessous de la nébuleuse de la Lagune (voir l'épisode précédent!!) et deux petits amas globulaires : NGC6544 et NGC6553, très petits, peu contrastés, pour ces deux là, la résolution en étoiles reste du domaine de l'imagination.
En descendant vers le bec verseur de la théière du Sagittaire, nous passons là encore dans les parages d'une visite précédente, mais pour regarder un globulaire sans aucune prétention : NGC6540, assez semblable aux précédents, bien que quand même plus intéressant, je ne sais trop pourquoi...

Nous arrivons ensuite à la pointe du bec verseur, autrement dit sur Alnasl (ou encore lambda), qui a la particularité d'arborer pas moins de deux amas globulaires, certes minuscules et peu contrastés, dans son voisinage proche, à tel point que tout ce beau monde tient dans le champ de 82° de mon Nag13. NGC6528 se trouve juste au dessus de Alnasl, très peu contrasté; NGC6522, un peu décalé, est mieux visible, mais ça reste des petites boules diffuses sans noyau défini et ni une vision décalée, ni un grossissement plus fort n'apportent beaucoup plus.
On pivote légèrement du côté de l'étoile Kaus Media (delta), pour retrouver NGC6624, qui est un globulaire sans grand intérêt (du moins avec mon instrument!).
On continue notre descente vers l'horizon pour retrouver un Messier, et quelque chose me dit que ça va être plus joli à regarder : M69. Sans non plus casser trois pattes à un canard (sauvage?), M69 est un amas globulaire bien plus contrasté que les précédents visités, la séparation en étoiles individuelles se fait difficilement, sa taille n'est pas énorme non plus...
NGC6652 : petit, faiblement contrasté, mouais. On retourne chez Messier pour la peine, avec M70, qui lui est super facile à pointer puisqu'il se trouve à l'aplomb de lambda (le couvercle de la théière, vous suivez ?) et pile au milieu (ou à un chouïa) de la base entre Ascella et Kaus australis... M70 a une ressemblance avec son accolyte M69, mais offre d'avantage d'étoiles résolues, ce qui est somme toute une marque de courtoisie bienvenue pour l'astram qui commence à avoir un peu froid...
Le tour continue en se rapprochant de Ascella, et on retrouve M54, petit en taille, certes, mais fort pourvu, cet amas, joli tout plein dirai-je même, un noyau central bien brillant, une population dense et pas mal résolue (Nag13, je ne tente pas plus gros). A déguster sans modération. Mais je crois que ce n'est rien avec ce qui nous attend ensuite parce que nous remontons vers le sommet de la théière pour se jeter à corps perdu sur M22...
Que c'est beau ! que c'est magnifique ! M22 est énorme ! En fait je conseille à tout le monde de faire le tour des globulaires du Sagittaire dans ce sens, parce que le contraste de taille et de tout devient alors saisissant ! Je pense soudain à M13 ou M92, c'est dire si la comparaison est flatteuse...
M22 est à graver sur les tablettes de gourmandise. Il tient entièrement dans le champ du Nag13, ou presque, oui... On y est, on y reste de longues minutes....

On termine ce globutour avec un tout petit NGC6638, pas loin du géant, sans aucune compassion possible .... seule la vue dans le même champ que lambda possède un intérêt; puis, non loin de lambda également, de l'autre côté, on termine avec M28, qui est de taille moyenne, on y distingue nettement une partie centrale brillante, sans pouvoir résoudre beaucoup d'étoiles individuelles. Disons qu'il est du même ordre de grandeur qualitative que M70 ou M69.

On quitte la page 67 du pocket sky atlas pour ce rendre sur la page 66, tout en restant dans le Sagittaire, et pour aller voir si j'y suis sur un autre globulaire (Sagittaire, c'est un peu LA constellation des amas globulaires, vous le savez)... euh, oui, je parlais de M55. Il est étonnant ce M55, il montre une vaste étendue, presque aussi gros que M22, un peu moins en fait, mais surtout peu brillant, dense, mais peu brillant, sympathique car différent.

Le froid et l'humidité (bizarre!) commencent à s'accentuer, il est temps de passer sérieusement au planétaire et à l'actualité, comme promis. C'est donc Vesta qui sera ma cible avant d'attaquer Neptune. Vesta, donc. Astéroïde qui fait parler de lui, exploré qu'il est par une sonde bien curieuse... Et exploré par mon Dobson muni de ces Nagler.
Vesta se trouve aujourd'hui dans le Capricorne, pas très très facile à localiser, avouons, mais j'ai remarqué que c'était toujours plus difficile en fin de sortie, étrange, non ?...
Bon, c'est donc quelque part entre  epsilon et iota du Capricorne qu'il faut scruter, non loin d'un petit couple dont l'une est une double... Fameux jeu de piste (je pense toujours aux gens qui ont des montures goto et qui ne connaissent pas cette joie du jeu). Après moult triangles et aventures pythagoriciennes, je trouve enfin ce Vesta très brillant au demeurant, oui! Il est bien jaune aussi, brillant et jaune. On ne cherche pas à voir un quelconque diamètre bien sûr, c'est juste pour voir...
Le ciel commence à se couvrir méchamment vers l'horizon nord-nord-est, je ne sais pas ce que ça signifie, ou du moins, je comprends que c'est bientôt fini pour moi, mais il me reste Neptune à voir ce soir, vite...
Heureusement, on est déjà dans les parages, sauf que... il faut pouvoir trouver des points de repères visuels utiles pour arriver sur Neptune... que choisir ?
On part de iota du Verseau et on trace une droite vers théta du Verseau (Ancha), sur cette droite, à environ 1/3, se trouve une étoile (38) et Neptune se trouve juste en dessous... Facile sur le papier, un peu moins en réalité... mais on y arrive, comme toujours, en prenant le temps qu'il faut.

La voilà cette planète bleue ! Elle brille de pleins feux bleu-vert, I'd say, ressemblant à une grosse étoile brillante, la géante gazeuse semble bien turbulente, (l'atmosphère s'est fortement dégradée, des nuages approchent, du vent en altitude, des inversions de température, rien de bon...), mais laisse place à l'imaginaire, cette planète si lointaine, qui me renvoie les photons de mon soleil à moi, surtout les bleus, comme pour réchauffer mon esprit rafraîchi, qui s'endort lentement dans la nuit silencieuse, en rêvant à ces confins du système solaire...
Il est 2h45 seulement, les nuages s'amoncèlent gravement, me laissant sur un désir d'Uranus inassouvi... mais laissant par là même un objectif certain pour les prochaines aventures. Fort heureusement.

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

27/06/11

Parmi les chouettes, épisode 5

La canicule étant revenue, le ciel azur étant désormais assuré jusqu'en septembre et la Lune se couchant à nouveau tard, le temps est revenu  de retourner dans notre garigue préférée pour un cinquième épisode.
Cette soirée d'hier fut consacrée à des objets que mon ami Dobson avait encore eu peu l'occasion de visiter : c'est ainsi une soirée "étoiles doubles et amas ouverts" que je vous offre de découvrir. Nous aurons l'occasion de virevolter entre le Bouvier et le Cygne en s'attardant un peu dans le Sagittaire, étape incontournable du moment. Donc, point de galaxies ce soir... autant dire que ce sera difficile de résister, mais bon, il faut savoir restreindre ses ambitions.

Ce soir la transparence était au top du top (et quand je dis ça, je veux dire que la Voie Lactée me saute à la figure dès que j'éteins les phares de la bagnole, alors je ne vous dis pas trente minutes plus tard après que mes petits bâtonnets préférées pleins de rhodopsine se sont habitués...), en revanche, de côté de la turbulence atmosphérique, même si le vent est quasi nul, c'est pas ça, c'est à dire que ma tâche d'Airy sur Polaris à 343X hésite entre danse de saint-guy et pogo...
Et je philosophe en me disant qu'il y a du Heisenberg là dedans : on ne peut pas tout avoir en même temps : énergie et temps, position et vitesse, beurre et argent du beurre, transparence et non-turbulence...
On fera donc avec. Au moins, il ne fait pas froid (encore 24 degrés à 23h).

Allez, on débute notre voyage vers 23h30 dans une garrigue pleine d'odeurs de romarin en se dirigeant vers une constellation printanière s'il en est, le Bouvier.
Nous sommes à la recherche de la dénommée Izar, ou epsilon Bootis. Elle est très facile à trouver puisque faisant partie de la structure géométrique de la constellation.
Voilà, Izar possède deux composantes : une jaune brillante et une bleu, plus faible. Au Nag 13 (x92) , je ne les sépare pas. Ce n'est qu'avec le 3.5 mm (343x) que le contraste des couleurs,  qui ressemble à s'y méprendre à celui d'une autre double fameuse que nous verrons un peu plus tard, prend toute son ampleur et montre toute sa beauté. Je saisit brutalement pourquoi elle est aussi appelée Pulcherrima ("la plus belle").

Alors que les grillons crissent autour de moi et que les effraies chassent le mulot avec ardeur, nous restons dans le Bouvier pour trouver Ksi Bootis. Cette double est splendide : sa composante la plus brillante est jaune pâle, son compagnon est d'un couleur rouille profond. Le spectacle est encore plus beau au 3.5 mm.

Nous quittons le Bouvier pour descendre vers la Vierge et celle qui accompagne Saturne depuis de nombreuses semaines maintenant, Porrima, qui est aussi une double, mais que je ne puis point séparer, toute blanche quelle soit (environ 1'' les sépare alors que ma résolution théorique est de 0.45'', mais ça turbule...).
Ça se confirme d'ailleurs quand je vais voir Saturne si proche, que de turbulence, bon c'est vrai qu'on est bien bas mais quand même... Saturne nous quitte, planète du printemps qui nous a tant éblouis, te voilà donnant une révérence pour laisser place à d'autres... ton temps est fini... Je vais pouvoir soigner ma Saturnite, alors ? A moins que ça se transforme en Neptunite, on ne peux être sûr de rien...
Continuons notre périple en pivotant à l'aplomb de Spica pour atterrir dans la balance et sa composante principale, Zubenelgenubi (alpha Librae), donc.
Qu'est ce que c'est que cette double, c'est une double, en vrai ? Faut dire que je suis un peu surpris de voir que déjà dans le chercheur les deux commposates sont séparées, étonnant, il s'agit de deux belles blanches, presque absolument identiques, non, l'une des deux prend un peu le dessus sur l'autre, mais point de contraste de couleurs chez ces deux là... Deux froides soeurs jumelles, et de fausses jumelles en fait puisqu'il s'agit d'une double visuelle, 3'51'' les sépare. Elle est surtout intéressante pour être carrément sur l'ecliptique donc sujette à occultations lunaires ou autre...

On continue la rotation et encore avec du facile, on se retrouve classiquement dans l'arachnide piquant du désert (le Scorpion) pour scruter et essayer de détailler un peu l'antimars, anti-arès, Antarès, en un mot... On le voit souvent clignoter au raz de l'horizon avec ces belles couleurs émeraude et rubis, simplement parce que ces composantes possèdent ces couleurs, mais en allant y voir de plus près, je ne parviens pas à les résoudre, ces deux là, certainement du à l'éblouissement de la supergéante, en revanche, j'observe un effet amusant, la tâche que je vois au 3.5 mm est littéralement coupée en deux dans la direction nord-sud : une moitié rougeâtre, et l'autre moitié verdâtre... très poilant finalement, merci ma chère atmosphère!



Bon, il me semble qu'on avait dit que c'était une soirée "doubles et amas ouverts" ! mais où sont les amas alors que je crois entendre au loin des grognements de sangliers ?
On y est presque, on arrive, nous y sommes, c'est vers le dard du sanglier du scorpion que nous allons maintenant, direction M7. Il faut signaler que celui là est gigantesque, complètement visible à l’œil nu, c'est même pourquoi Ptolémée l'a tellement bien vu avant moi... Autant dire qu'il faut ressortir les oculaires à faible grossissement/grand champ (c'est selon et les deux en même temps, ça doit être le pied, mais j'ai pas encore mon pano24), je glisse donc mon Plössl 25 mm de piètre qualité, mais ça me suffit pour admirer ces au bas mot 140 étoiles qui parsèment ma pupille... Si Ptolémée avait eu un Dobson de 254 mm au lieu d'une pupille de 7 mm (on pense qu'il était déjà vieux) ..., OK, ok, lui au moins il ne devait pas avoir peur des sangliers qui rôdent (qui Rhôdes ?)

Anyway, quand on est sur M7, on n'a qu'une envie, c'est de perdre une unité et se retrouver sur M6 (on parle pas de téléshit, hein), le Butterfly cluster, alias M6, quoi.

Ou là là qu'il est beau celui là ! Mais oui, c'est une merveille d'amas ouvert! Je vois bien pourquoi le papillon, c'est réellement une forme de papillon que l'on voit, mais du genre papillon empereur si vous voyez ce que je veux dire.... il y a notamment une intrue jaune parmi ces blanches bleutées (blanches beautés) et qui forme le bout de l'aile droite de l'insecte. Je recommande à un grossissement faible là encore (40x) voire 92x mais pas plus, ça serait gâcher. Je suis bien content de mon choix, tiens...

Il est temps maintenant de faire une petite pause enfilage de pull, il doit faire dans les 17°, avant de repartir vers le Sagittaire voisin...

Pour sortir un peu du scope de la soirée, mais sans sombrer dans la galaxite aigue, je m'offre des jolies nébuleuses, classiques d'un début  d'été, j'appelle donc d'abord, la grosse, la somptueuse miss Laguna (des voitures à vivre ??), numérotée M8 dans nos catalogues préférés. Sans oublier de visser le filtre OIII sur mon euh, 25 mm là encore (trop vaste étendue). Et elle me montre ses structures faites d'entrelacs un peu sombres, dans toute sa splendeur diaphane.

Et qui dit Lagune dit Trifide, vraiment pas loin, pourquoi s'en priver ? On met un grossissement plus important pour M20, et je constate que le filtre OIII apporte moins de contraste qu'avec M8, c'est mieux sans. Mais il faut tout de même le regarder de travers pour voir ses canaux à ce trèfle gris!...
On continue en retournant dans les amas, quoique, puisque je me déplace vers un couple peu banal : un amas accompagné d'une nébuleuse noire... C'est NGC 6520, beau petit amas qui est presque entouré par cette masse sombre B86, on est chez Hitchcock me semble-t-il. Ou bien chez Lynch, dans un couloir sombre qui mène vers des monstres... (j'ai pas dit des sangliers, on n'entend plus rien du tout dans la garrigue, pas même un piaillement...).


Il est temps de laisser le Sagittaire à d'autres aventures et de remonter, en direction d'un amas ouvert situé dans Ophiucus et qui porte le numéro 6633 chez Herschel. Quelques dizaines détoiles le compose, sympa petit amas qui coûte rien et qui est un bon arrêt sur l'autoroute Sagittaire - Lyre. 
Mais avant d'arriver sur la Lyre, il y a un arrêt quasi obligatoire, bien sûr, c'est la tête du Cygne, Albireo, sans doute la plus belle double du monde... Aah ces couleurs jaune et bleu... on croirait voir une mésange... Albireo est la mésange du ciel boréal!...
Nous montons toujours plus haut, plus haut, plus haut, diantre, c'est dur, on est au zénith là... c'est difficile de viser, que ce soit au telrad ou au chercheur, je me casse le dos, le cou, le c..l ! Nous restons dans les doubles, et là c'est une double particulière, encore une epsolon, tiens... oui, c'est une double formée de doubles... une quadruple, en somme... ça y est, on y est c'est juste à gauche de Véga, facile, non ? Epsilon Lyrae, c'est impressionnant, une des deux doubles est formée de deux blanches nord-sud et l'autre de deux autres blanches identiques mais orientées à 90° (est-ouest). Super!

Qu'est-ce que c'est que ce phare qui m'éclaire, là ? Hein ? Qu'est ce que c'est ? Vache, c'est le croissant de lune qui se lève... déjà ... Ca veut dire qu'il se fait tard (ou plutôt tôt), ok, ok, il nous reste une dernière double à aller voir ce matin, et c'est dans le Cygne qu'on va finir ce doux voyage : direction 61 Cygni, que j'ai eu un peu de mal à localiser, sans doute la fatigue qui ne disait pas son nom... mais aussi le nombre considérable d'étoiles dans ce Cygne... Jolie binaire assez serrée avec un couple orange-rouge du meilleur effet...

De quoi refermer tranquillement ce chapitre stellaire et remballer le matos en regardant apparaître derrière la colline dans un silence assourdissant le gros Jupiter juste en dessous de la Lune, prêt semble-t-il à remplacer son pote Saturne dans les semaines et les mois qui viennent...


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

29/05/11

Parmi les chouettes, ép. 4

La lune ayant enfin eu le bon goût de jouer à l'adolescente, c'est à dire se lever taaaaard, et le ciel ayant retrouvé des caractéristiques optimales suite à une semaine caniculaire, turbulence très faible, vent presque nul, transparence merveilleuse (mvlon proche de 6), le temps était revenu de retourner dans notre garrigue préférée hier soir (quelque part entre Mirabeau et Grambois).

Il faisait encore 23° à 22h quand je positionnai mon ami Dobson dans ses supports polystyrènes demi-cylindriques sur la banquette arrière.
Un quart d'heure de route, vitres grandes ouvertes, histoire de mettre en température sans attendre, un quart d'heure d'observation gagné, c'est toujours ça.

Nous commençons notre voyage qui nous mènera du Lion au Scorpion, par une des plus jolies étoiles doubles, celle-ci est situé dans le Lion, vous aurez sans doute reconnu Algieba, qui me montre deux composantes d'un beau jaune l'une comme l'autre. Cette étoile à la particularité d'être le point d'origine (le radiant) d'une pluie de météores, les Léonides... aah, mais c'est pas en ce moment, c'est plutôt en novembre.
Descendons maintenant en traversant le ventre du sphynx. Nous nous allons en direction d'un trio galactique, parfois appelé le "triplet du Lion", comme c'est original. Nous sommes ici en présence de trois belles spirales, qui ne sont séparées que par quelques dixièmes de degrés... M65, M66 (très proches) et NGC 3628 (un peu plus loin et vue par la tranche). Je voulais faire le petit test de savoir si les trois tiendraient dans le champ de mon Nagler 13 (92X). Je confirme donc, la vision de ce trio très agréable à regarder est parfaite, avec les deux Messier en haut et 3628 tout en bas du champ, mais bien dedans. Du coup, ça permet de regarder au centre et d'apprécier ces trois spirales en décalé en même temps. Magnifique.

Nous quittons maintenant le Lion pour se rapprocher de l'horizon Sud et passer du côté de la Vierge. Saturne et en ce moment au plus près de Porrima, et nous allons guetter ce rendez-vous. Au 25 mm c'est déjà beau, au 13 mm c'est encore plus chouette. Cette Porrima un peu bleuté qui semble surveiller ce Saturne doré à quelques encablures à peine... Encore quelques semaines avant une séparation douloureuse (pour nous surtout).



Restons un moment dans la constellation de la Vierge en remontant un peu vers le Nord. L'endroit magique à trouver se situe entre Denebola du Lion et Vindemiatrix de la Vierge. Nous nous y étions déjà perdus lors d'un précédent épisode un peu fameux. Mais cette fois-ci, j'ai un but précis : le monstre M87. M87 est une galaxie elliptique qui est énoooooooorme, et surtout qui renferne en son centre un trou noir encore plus énooooooorme : plus de 6 milliards de masses solaires, imaginez...
Bon, pour arriver à M87, il faut se frayer un chemin entre les galaxies, c'est que c'est touffu par là, dedieu. Ca fourmille de spirales dans tous les sens, d'elliptiques, ça virevolte, ça jongle...

Pour se repérer, il est nécessaire de prendre un point de repère, et notre point de repère, ça sera un petit astérisme de trois étoiles qui se trouve presque exactement à mi-chemin sur le segment Vindemiatrix - Denebola.


Dans le prolongement de ces trois étoiles qui ne sont pas figurées dans le PSA (page 45), on trouve naturellement le couple spiraloïde M84-M86. M87 n'est plus loin, on peut revenir à l’astérisme et suivre l'étoile du centre qui forme le sommet d'un triangle très aplati.

M87 est gros, c'est un monstre, très elliptique, sans aucune structure spiralesque... Je reviens à mon repère triostellaire pour remonter ensuite vers M88 puis je saute vers M91, M90, M89, M58, M59, M60... Au passage, j'attrape au vol plein de petites dont je n'ai pas noté le nom, dans mon champ de vue de Nag13, je vois à un moment donné 6, peut-être 7 galaxies ... Cet amas de la Vierge est vraiment somptueux.

Hop, quittons la Vierge et son amas pour la Chevelure de Bérénice et son oeil noir. L'oeil noir, ce n'est autre que la galaxie du même nom, cataloguée 64 par Messier ou 4826 dans le NGC... Mais avant de monter vers M64, faisons un petit arrêt à côté de alpha Com, l'étoile principale de cette petite constellation. Car tout juste à côté de cette étoile se trouve un amas globulaire du nom de M53. Petit et assez diffus, M53 ne supporte pas la comparaison avec M13 ou M5, comme nous le verrons par la suite. Il faut dire qu'il est bien loin de nous cet amas, dans les 60 000 années lumière, ce qui explique sa taille apparente...

Après une bonne pause café- petits gâteaux pour se réchauffer (oui, ce n'est parce qu'il fait 32° dans la journée que les nuits sont forcément chaudes ici), nous retournons donc une dernière fois dans le monde galactique et le fameux oeil noir. Je dois avouer que j'ai un peu de mal à voir l'oeil en question.Cette galaxie montre des irrégularités, certes, mais de là à affirmer voir un œil, je n'irai pas jusque là.

Allez, on va finir la soirée dans le monde globulaire. C'est écrit sur ma feuille de route. Pour ça, on file en traversant de part en part le gros Bouvier, sans s'y arrêter, direction Hercule, pour y voir le maître globulaire par excellence, bien sûr M13. C'est évident, on ne compare pas M13 avec M53, ce serait indescent pour le cinquante troisième. Mon petit plaisir avec M13, c'est de troquer le Nag13 pour son petit frère Nag3.5. Grossi plus de 300 fois, on plonge littéralement dans une nuée d'étoiles emplissant l'oculaire, on pourrait s'y noyer de bonheur.

Mais il faut refaire surface, nous avons d'autres globulaires au programme, cependant. Nous nous dirigeons vers la constellation de la tête du Serpent, un peu plus bas vers l'horizon. Les oiseaux piaillent au loin, ça dort pas les oiseaux diurnes ?

C'est M5 qui est notre cible dans la tête du serpent. Facile à trouver grâce à mon ami Telrad. Belle composition pour cet amas, qui pourrait bien tenir la comparaison avec M13, vraiment.

On tourne légèrement maintenant en direction d'Ophiuchus, le voyage n'est pas fini, nous avons trois amas globulaires à visiter dans ce serpentaire. Des voisins de catalogue : d'abord M12, puis M10 et enfin M14.  M12 et M10 sont plus modestes que M13 et M5, ils sont très semblables et très proches aussi, je me demandais d'ailleurs si je n'étais pas revenu sur M12 en voyant M10. La fatigue. Ils sont juste très ressemblant. Granuleux comme il faut, de taille réduite mais sympathique.
En revanche, M14... qu'est ce que c'est que cette boule diffuse sans granularité ? Je demande remboursement. Pas beau, M14.

Bien évidemment, il est hors de question de rester sur une impression globulaire médiocre, et ça tombe bien puisque nous avons un dernier amas globulaire au programme, dans une dernière constellation, la septième de la soirée, c'est dans le Scorpion que nous allons, et la recherche de M4 est on ne peut plus facile, à réserver pour les fins de sortie en quelques sortes. Il suffit de pointer la rouge-verte-rouge Antarès et on arrive à notre destination finale. M4 est à quelques encablures de là. Il est assez peu contrasté mais vaut son prix. On découvre de nombreuses étoiles dans un beau piqué, malgré la hauteur assez basse sur l'horizon, qui ne facilite pas les choses.

Arrivé au terme de notre périple, je dois évoquer un phénomène inquiétant. J'ai le plus souvent utilisé mon Nagler 13 mm ce soir, soit un champ de vue de 82° grossi 92 fois, c'est à dire un champ réel de 0.89° sur le ciel.
D'après vous, quelle est la probabilité pour voir passer un satellite artificiel dans ce champ qui représente 0.62 degrés carrés sur un ciel qui fait 25400 degrés carrés (à la louche). Le rapport des surfaces angulaires est égal à 1/41000 environ.... Et bien en une seule soirée de 4 heures, ça m'est arrivé 4 fois ! J'ai été pollué visuellement 4 fois par des objets artificiels dans mon champ!
 Je crois que je commence à mesurer l'ampleur de cette pollution. C'est tout à fait inquiétant. Plus inquiétant est de se rendre compte du nombre de trucs en tous genres qui nous tournent autour à quelques centaines de kilomètres à peine et qui peuvent retomber à peu près n'importe comment et n'importe où, et surtout venir nous polluer nos observations.
En même temps, je ne suis pas le plus à plaindre, je ne fais pas de photo, mais je me mets à la place du photographe qui fait une longue pose et qui retrouve un cliché complètement barré....

Il était 2h15 quand j'ai remballé Dobby, à la fois heureux et inquiet, un bon goût de café en bouche et les yeux un peu globuleux, il faut bien l'avouer...

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad