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20/06/13

Autour du Grand Triangle d'Eté

L'été est propice à flaner la nuit le nez en l'air. Ces nuits étouffantes, où seule une virée nocturne permet de se rafraîchir quelque peu, peuvent également être les témoins d'un spectacle ébouriffant. Vous connaissez sans doute le fameux Grand Triangle d'été, formé par trois étoiles très brillantes; je vous propose de plonger plus profondément dans le monde qui entoure ces trois belles de l'été.

Le Grand Triangle d'été est visible dès le début de nuit au dessus de l'horizon Est. Il est formé par Véga (la plus brillante des trois), Deneb, et Altaïr.




Véga, Deneb et Altaïr font partie de trois constellations différentes : respectivement la Lyre, le Cygne, et l'Aigle. Alors qu'il faut un peu d'imagination pour voir pourquoi les anciens ont nommé la Lyre ainsi, on peut très facilement voir les deux oiseaux en plein vol que sont le Cygne et l'Aigle.



Voyons maintenant le nom de ces constellations et des plus petites qui se situent à l'intérieur même du Triangle ou juste à proximité : nous avons ici un Petit Renard (Vulpecula), une Flèche (Sagitta) et un Dauphin (Delphinus).


 

 Approchons maintenant d'un peu plus près de ce Triangle presque isocèle.


Commençons tout d'abord notre exploration en levant la tête le plus haut, vers cette étoile extrêmement brillante qu'est Véga. Nous sommes dans la Lyre.
L'objet phare de la Lyre est sans conteste la nébuleuse qui en porte le nom, la fameuse nébuleuse de l'anneau, ou nébuleuse de la Lyre. Celle qui porte le numéro 57 dans le catalogue de Messier est un résidu d'explosion d'étoile, une nébuleuse dite planétaire de par sa forme ronde en forme d'anneau. On la trouve très facilement car elle se situe pratiquement au milieu des deux étoiles qui forment le bas du losange suspendu à Véga.

 
Juste en dessous du losange de la Lyre se trouve un autre objet de Messier, à savoir M56. C'est un amas globulaire  situé à près de 33000 années-lumière et dont le diamètre est de l'ordre de 60 années-lumière. On peut parvenir à en résoudre quelques dizaines d'étoiles avec un télescope de plus de 250 mm.

Remontons maintenant vers Véga en contournant le losange par la gauche, nous rencontrons une étoile bien brillante, Théta Lyr. Il s'agit en fait d'une étoile double bien séparée, qui à la particularité d'être fort jolie à regarder : les deux compagnes sont de couleurs très différentes ; une jaune et l'autre bleue, un peu à la manière d'Albireo dont parlerons dans quelques lignes...

M57, par Hubble (NASA/HST)
Mais n'anticipons pas trop, restons dans la Lyre et remontons encore vers Véga. Légèrement à sa gauche, au dessus du losange, se trouve un objet assez exceptionnel. Il s'agit d'une étoile quadruple ! On l'appelle aussi la double-double. Epsilon Lyr est en fait composée de deux groupes d'étoiles doubles. Leur vision est impressionnante, surtout lorsque l'on songe que ce beau monde d'une belle couleur jaune se tourne autour... 

Il est déjà temps de quitter la Lyre pour rendre visite à nos oiseaux préférés, en commençant par le Cygne. Bien évidemment, nous allons voir tout de suite celle qui est devenue l'archétype du contraste de couleurs : Albireo la magnifique, qui fait office de tête du Cygne. Albireo est l'une des plus belles étoiles doubles du ciel boréal, si ce n'est la plus belle. Elle montre deux compagnes d'un bleu profond et d'un jaune orangé, dont la proximité les rend inoubliables.

Nous quittons Albireo pour nous diriger vers l'aile gauche du Cygne, en remontant vers le milieu du segment Deneb-Véga. Nous nous arrêtons juste avant de croiser ce segment imaginaire. Nous y sommes, c'est ici que l'on trouve NGC 6819. C'est un très joli amas ouvert, qui regroupe des dizaines d'étoiles dans une formation très resserrée.

Poursuivons la droite reliant Albireo et NGC 6819 jusqu'à traverser l'aile du Cygne, et nous nous arrêtons juste après. Ici se trouve une nébuleuse planétaire, petite mais très amusante. On l'appelle la planétaire clignotante. NGC 6826 est clignotante lorsqu'on la regarde en face et en vision décalée, en alternant. L'acuité visuelle nocturne étant bien meilleure dans les zones périphériques de la rétine, l'effet sur des objets faibles et peu étendus est immédiatement perceptible et on peut jouer un moment avec ses yeux et cette sympathique nébuleuse planétaire

Assez joué, nous redescendons maintenant vers Deneb. Une fois sur Deneb, il faut poursuivre un peu la descente presque parallèlement à l'aile, nous tombons nez à nez avec une nébuleuse très étendue, mais qui nécessite l'utilisation d'un filtre UHC pour être facilement repérable tout de même. NGC 7000 est également surnommée la Nébuleuse North America.

 
Notre tour du Cygne n'est pas terminé, car on garde le meilleur pou la fin, mais avant d'y parvenir, nous devons aller voir  une autre nébuleuse planétaire, NGC 7027, qui elle, ne nous permet pas de la voir clignoter comme sa consoeur. Ça ne fait rien, elle est jolie quand-même et peut-être même pas très ronde...
L'étape suivante est une étoile double, ça faisait longtemps, tiens... celle-ci se dénomme 61 Cyg. Cette étoile double aux belles teintes jaunes profond s'est rendue célèbre pour avoir été la première étoile dont on a pu mesurer la distance par la méthode des parallaxes, grâce à Friedrich Bessel en 1838 (10,5 années-lumières). Comme promis, nous terminons le tour du Cygne par de pures beautés. Ces somptueux objets du ciel estival sont nommées les Dentelles du Cygne, les petites dentelles et les grandes dentelles sont de vastes étendues nébuleuses, des nuages de gaz qui flottent comme à la surface de la Voie Lactée par ailleurs bien visible en arrière plan dans cette région très riche. Pour bien apprécier ces nébuleuses, il faudra tout de même équiper son oculaire (de grande focale de préférence, vue l'étendue du spectacle) avec un filtre OIII qui mettra en valeur ces volutes filamenteuses dont le Cygne se pare chaque été...



Juste à côté de l'imposante constellation du Cygne se trouve une toute petite constellation appelée le Petit Renard, qui semble n'être constituée que de deux étoiles. Bien que peu étendue, le petit Renard (Vulpecula) recèle pourtant des trésors.

Non loin de la Petite Dentelle, en se déplaçant en direction de la constellation de la Flèche, nous entrons sur le territoire du Petit Renard, et nous allons trouver un objet d'une beauté renversante. NGC 6834 est un amas ouvert, riche de plusieurs dizaines d'étoiles voire plus, et très étendu, il faut préférer là encore un oculaire de grande focale permettant un faible grossissement. Ses étoiles certes point très brillantes montrent essentiellement la beauté de la gravitation à l'oeuvre...




Revenons un bref instant dans le Cygne, qui nous manque peut-être déjà, en remontant en direction de la sublime Albireo mais en s'arrêtant aux trois quarts du chemin. Nous arrivons sur un objet nommé NGC 6834, qui est un autre amas ouvert, lui aussi digne d'intérêt. On y voit une bonne trentaine d'étoiles serrées les unes contre les autres. On pourrait même distinguer en son centre une mystérieuse structure rectiligne...


Cette fois-ci, nous laisson s'envoler le Cygne et revenons vers notre Petit Renard en traversant le segment principal de la constellation pour se diriger vers la Flèche que nous verrons par la suite. Environ au niveau des Dentelles et de NGC6930, nous pouvons admirer un objet du catalogue de Messier, M27. Il s'agit d'une nébuleuse planétaire comme on les aime, et sans doute l'une des plus connues. En tout cas mieux connue sous le nom de nébuleuse de l'Haltère, pour des raisons évidentes de forme.
M27
Avant de visiter l'autre oiseau du grand Triangle, arrêtons-nous maintenant sur ces autres petites constellations pleines de petits trésors à observer. Tout d'abord la Flèche, sur laquelle nous étions presque atterris. Presque exactement au milieu des deux étoiles principales de cette flèche que nous imaginons très aisément, nous pouvons observer M71, qui est un amas globulaire pas très dense, un peu perdu dans une foultitude d'étoiles du bras galactique en arrière plan. Cela ne l'empêche pas de nous montrer quelques dizaines d'étoiles résolues, avec un bon diamètre de télescope tout de même...



Les étoiles de la flèche nous indiquent une direction, que nous suivons donc. Après avoir parcourus environ l'équivalent de la longueur de la flèche (c'est simple l'astronomie, non ?), nous trouvons NGC6905, en même temps que nous changeons de territoire, car nous sommes ici chez le Dauphin. NGC 6905 est une nouvelle nébuleuse planétaire, assez facile à localiser grâce à une étoile assez brillante toute proche. Cette nébuleuse planétaire ne montre pas d'anneau mais plutôt une petite boule de gaz très douce, perdue là au milieu de nulle part (ou presque).


Le Dauphin n'a pas fini de nous montrer ses secrets, nous descendons donc vers le losange si caractéristique de la tête du cétacé. Nous nous penchons sur le cas de l'étoile située le plus à gauche du losange. Il s'agit de gamma Del, qui est une étoile double jaune-jaune prisée des amateurs que vous êtes devenus. Le Dauphin montre une sorte de queue dans le prolongement du losange, nous suivons cette ligne imaginaire en parcourant deux fois la distance depuis le losange, vous avez en face des yeux NGC6934. C'est un amas globulaire dont les étoiles sont si serrées et si faibles qu'elles ne sont pas résolues, on ne voit qu'une grosse boule diffuse et on imagine toutes ces étoiles en interaction gravitationnelle, peut-être accompagnées de quelques trous noirs ?...

Le temps semble venu pour aller voir Altaïr. La tête de l'Aigle. Nous y allons vite sans besoin de repères particuliers. De là, nous nous deplaçons légèrement vers l'aile droite du rapace, en plein dans une zone très dense de la Voie Lactée, les étoiles foisonnent par ici... Et c'est encore vers une nébuleuse planétaire de type annulaire que je vous conduit : NGC 6804. Voir l'anneau n'est permis qu'aux heureux possesseurs de télescopes de diamètre supérieur à 250 mm. Mais on peut aussi se contenter d'admirer cette forme toute ronde avec un diamètre inférieur...



Nous contournons maintenant complètement l'aile droite de l'Aigle pour trouver juste à droite du bout de l'aile : NGC 6709, qui se trouve être un amas d'étoiles ouvert possédant quelques beaux spécimens et en belle quantité, en plus. On aime ces étoiles rapprochées assez brillantes... Il est temps pour nous de clore ce périple estival avec un dernier petit objet sympathique tout plein, NGC 6755, un amas ouvert là encore, mais qui lui possède plusieurs étoiles doubles. Pour le rencontrer, il faudra vers le corps de l'oiseau exactement parallèlement à l'aile que nous avions contournée. Des étoiles doubles au sein d'un amas ouvert renforce encore d'avantage cette impression de bousculade gravitationnelle entre étoiles à laquelle on ne peut que songer à l'observation.




La nuit s'est maintenant rafraîchie, et nous avec... Il est temps d'aller vérifier si ce grand triangle est vraiment isocèle ou bien s'il s'agit d'un leurre. Vous pourriez également chercher dans quelle constellation se trouve son barycentre, avant de vous endormir au pays des oiseaux musiciens...

Bon Ciel, Bon Eté!

Cartes du ciel réalisées avec Stellarium 0.12.1

12/05/12

Retour sur Saturne

Que n'ai-je attendu de si longs mois pour retrouver la planète aux anneaux!
Hier soir, de retour dans ma garrigue préférée, ciel limpide, petit vent peu gênant, turbulence faible, 19 degrés à minuit au compteur, je replongeai donc dans le monde saturnien, entouré de piaillements d'oiseaux rassurants.

Et quel beau spectacle que cette Saturne orangée, chaque vision produit toujours cet émerveillement comme au premier jour... Et d'autant plus après de longs mois de sevrage saturnien!

Il faut aussi dire que je m'étais délecté, juste avant, du coucher du croissant Vénusien, auréolé des couleurs diffractées de l'arc en ciel à l'horizon, sorte de féérie rocambolesque, puis de cette Mars toujours au plus haut, qui montra assez aisément ses calottes polaires (les deux s'il vous plait!) dans mon Nagler 3.5 mm.

Un peu avant son passage au méridien, je pointai donc Saturne, et il faut bien le dire, j'aurai pu m'en arrêter là. Mais j'ai eu l'envie (absurde) d'essayer un cliché au foyer du Dobson, tellement les retrouvailles étaient émouvantes peut-être ? Le concept était quand même un peu prémédité, puisque le Canon 1000D était là, dans la garrigue, et il n'y était pas arrivé tout seul!...

J'ai donc essayé la chose, tout en sachant bien que le rendu d'un tel truc (mon Dob n'a aucune machinerie ou table equato, faut-il le rappeler, non, non, vous le savez) serait plus que hasardeux....

Voici quelques échantillons de ces essais, avec un temps de pose microscopique pour s'affranchir au mieux du mouvement, donc satellites non visibles bien sûr... :




Clichés avec Canon 1000D, 1/10s + Barlow x2

Ah, mais au fait, la soirée n'était pas encore finie puisque la Lune se levait aux environs de 2h, j'avais encore un peu de temps pour du ciel profond, alors j'ai poursuivi avec la constellation la mieux positionnée, à savoir le Serpentaire, alias Ophiuchus, et ces célèbres amas globulaires : au menu : M9, M10, M12, M14, miam!

Je vous mentirai si j'omettais de dire que je n'ai pas pu m’empêcher d'aller zieuter M51, oui, je suis allé voir M51 qui était presqu'au zénith. Et je ne mens pas en disant que mes bras spiraux préférés étaient tout à fait visibles en vision un peu décalée.

Après une brève visite ensuite à la somptueuse double Albireo dans le Cygne, je revins vers Saturne pour finir, en imaginant cette petite sonde Cassini en train de tourner autour, virevoltant à travers la division du même nom de cet astronome Savoyard du 17ème siècle, qui dut ressentir les mêmes émotions il y a plus de 300 ans..


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

03/10/11

Randonnée automnale

Les conditions atmosphériques étaient enchanteresses samedi soir, à 21h, aucun scintillement distinguable, nuages définitivement absents, même de haute altitude... Et ce croissant qui se couche vers 21h30.... Dobby allait donc retrouver sa garrigue préférée.
Arrivée vers 22h sur place, je voyais facilement Asterope dans les Pléiades (mag 5.75) et j'ai réussi à compter 12 étoiles dans le carré de Pégase, ce qui situe la magnitude visible limite à au moins 5.95, plutôt un bon score... Le vent est nul, la température sympathique (environ 15°), et la turbulence très faible.

C'est donc avec un certain entrain que je parfis ma collimation sous une voie lactée éblouissante dès l'arrivée sur site.

J'ai un programme assez chargé, j'ignore si j'aurais le courage de le parcourir en entier, je passe la première heure à faire des essais de photos du ciel au reflex, histoire de m'entraîner un peu pour les Draconides du 8 octobre (on en reparlera sûrement). Je suis assez content du résultat. Mais je vois qu'il est impossible de dépasser 20 secondes de pose sous peine de bouger stellaire... c'est pas beaucoup... même ouvert à 3.5, on n'a pas le temps de capter tous les photons que l'on souhaiterait... Mazette.

Le voyage de ce soir doit nous conduire de Hercule jusqu'à Cassiopée, via le Cygne et Pégase.

Les Pléiades accompagnant Jupiter sur l'horizon Est en début de nuit (Canon EOS 1000D, pose 20 s).

Nous débutons donc notre rando dobsonienne par deux amas globulaires classiques de Hercule, M92 et M13, cousins germains, tous deux à la beauté fracassante, montrant des milliers d'étoiles et une densité étourdissante. M13 au Nagler 13 est sans concurrence, même si M92 se montre bien combatif également. J'aime ces globuleux, ces petites galaxies comme je me complais à les appeler... On reste un instant dans Hercule pour aller chercher alpha Her, de son petit nom Ras Algethi. Cette étoile est une double très  très jolie, aux teintes albireoesques, c'est à dire jaune et bleu. Mais beaucoup plus serrée que son modèle. Il faut passer le 5 mm (x240) pour bien séparer les deux composantes.

On passe maintenant à la constellation voisine, un peu plus vers le sud, la Lyre. Nous allons regarder une étoile singulière, il s'agit de T Lyr, que l'on peut reconnaître très facilement dans le champ stellaire malgré son faible éclat, puisqu'elle est rouge comme une brique de maison cht'i, si si, vraiment. Il paraîtrait qu'elle a un indice de couleur B-V de +5.5, ce qui en fait l'une des étoiles les plus rouge connues (150 fois plus brillante dans le rouge que dans le vert...), et je confirme! Une point tout rouge brique sur un fond d'étoiles blanches ou bleutées, on la cherche et on la trouve sans mal.
On pivote le rocker en passant devant Véga qui nous aveugle et nous allons ensuite sur une étoile double évidente, éta Lyr, deux blanches qui attendaient qu'on vienne les regarder. On descend ensuite d'à peine 1 degré vers le sud pour trouver une autre double, celle-ci beaucoup plus écartée que éta : c'est théta Lyr. Celle-ci aussi attendait son tour, et avec d'autres atouts puisqu'elle s'est mis en tête de prendre Albiréo elle aussi comme modèle (ou bien est-ce moi qui ai choisi d'aller voir des clones de cette célébrité, allez savoir...).
Trève de plaisanterie, quittons un peu les étoiles vivantes pour aller observer un cadavre, exquis, certes, puisque c'est M57, cet anneau explosif, ce petit cercle si aisé à pointer au telrad. J'enfile le filtre OIII sur mon 3.5mm et hop, M57 occupe la moitié de mon champ oculaire (j'exagère peut-être un peu). On ne s'en lasse pas, c'est bizarre, hein ? Maintenant on descend vers le Cygne, mais on doit s'arrêter un instant car un globuleux nous appelle à la rescousse, il souhaite être regardé par un Dobson 254 mm. Ca tombe bien, je suis là. Je vais à sa rencontre, et que me dit-il ? Ah mais des bonnes chose, certes M56 est moins puissant que ces congénères Herculéens, mais j'aime son noyau brillant et ses contours un peu flous. La vision décalée est ici obligatoire.

Maintenant que l'on est là, aux confins de Lyre et du Cygne, vous savez forcément quel objet va suivre dans notre périple. Oui. Gagné. Nous allons nous incliner devant la célébrité jaune-bleu, les yeux de notre oiseau estival-automnal préféré. Albiréo est toujours aussi bluffant quand on arrive dessus, je ne sais si c'est l'éclat en parfait accord des deux composantes, ou bien ces teintes de couleurs primitives, mais voilà, on peut difficilement trouver une double aussi belle dans le ciel boréal...
Restons chez le séducteur de Léda, et promenons nous le long de son aile pour aller sombrer dans le monde nébuleux. C'est vrai, je m'y perd rarement, dans ce monde là, mais là je dois dire que les Dentelles, c'est le must en ce qui concerne les nébuleuse, avec peut-être le grande d'Orion. Nous nous rendons d'abord sur la petite dentelle, NGC 6960, que l'on pointe facilement avec la double 52 Cyg. Spectacle abracadabrantesque s'il en est, puis la grande NGC 6992 et 6995 en se rapprochant de l'aile du Cygne. Il faut absolument utiliser le filtre OIII ici, et sur l'oculaire au grossissement le plus faible, sous peine de ne pas profiter pleinement de ces volutes découpées, des cette fumée diaphane qui flotte on ne sait trop comment, du gaz, ce n'est que du gaz éclairé par quelques étoiles... Splendide, mais trop vaste!... mon champ (25 mm 60°) est bien trop faible pour saisir cet ensemble.

Avant de changer de destination, un petit détour vers Jupiter s'impose, pour voir si jamais la grosse tâche serait du bon côté ce soir : que nenni, encore chou blanc! Point de grosse tâche, mais plein de jolis détails quand même, comme par exemple une tâche de moyenne dimension qui est clairement visible au centre de l'une des deux grosses bandes équatoriales. Ce n'est que partie remise pour la grosse.

Petite pause café/gâteaux et on repart du côté du petit losange qui s'appelle le Dauphin. Et dans le Dauphin, j'appelle l'étoile qui forme le haut du losange (par rapport à l'horizon), c'est à dire gamma Del. Gamma est une étoile double, qui a une particularité, c'est d'être composée d'une jaune et d'une...grisâtre !?. Limite jaunâtre. Toujours joli à regarder quand c'est pas blanc anyway...

Direction le gros carré, maintenant, Pégase. Par là, il y a un globuleux qui doit mériter le détour, on ne m'en a dit que du bien, c'est M15. Mais oui ! Cet amas est fort bien pourvu ! Granuleux, brillant, vaste. Superbe, en un mot.
Avant de quitter Pégase, on va quand même aller voir une galaxie, et je choisis NGC7331. Cette spirale vue presque par la tranche n'est pas très lumineuse, mais suffisamment pour en distinguer les contours.
En route vers Andromède maintenant, et on change d'instrument, allez, soyons fous. Euh, ah oui, c'est une bonne idée, parce qu'on se rapproche dangereusement du zénith, là... C'est M31 que je regarde avec mes Juju 10x50... Noyaux bien brillant, bras devinables, mais presque au zénith... Alors, pour être plus confort, je ne trouve que la solution de m'allonger de tout mon long sur le sol rocailleux, et c'est parfait...

Je profite d'avoir les Jujus en main pour parcourir la voie lactée à la recherche d'amas égarés, mais aussi me détourner vers les Pléiades qui sont encore là, fidèles à elles-mêmes. Je jette deux yeux aussi sur Jupiter, histoire de faire la différence avec ce que je voyais tout à l'heure...
Le silence est farouche tout autour, pas un poil de vent ne fait bruisser quoi que ce soit, aucun bruit animal, ni végétal, si tant est que les végétaux puissent faire du bruit... C'est un peu surnaturel, allongé là au milieu de nulle part...

Allez, il est temps de se relever pour finir cette séance d'observation, on reste un peu dans Andromède, pour aller voir du côté de la petite sœur de M31, savoir M33, au 25 mm bien sûr, pas moins.
Encore chez Andromède, une étoile double est inscrite sur mon plan d'expérience, c'est gamma And, et vous savez quoi ? Elle a pour modèle une certaine... Albireo, étonnant non ? Mais là la bleu est petite et la jaune orangée est grosse (comprendre brillante). Sehr schön, aurait dit Goethe.

Il est un peu plus de 3h et je tente quelque chose qu'il ne faut pas faire, terminer sur du difficile, c'est à dire viser des objets au zénith. Il faut être un peu fou pour faire ça, la fatigue s'ajoutant au cou tordu et au dos cassé ne donne jamais rien de bon, et pourtant je parviens tout de même à accrocher M52, on est ici dans Cassiopée. Et c'est une chouette récompense parce que cet amas ouvert a presque une densité de globulaire (j'exagère mais j'avais le cou tordu), une densité rocambolesque, presque étourdissante à en avoir le cou détordu...
Vient ensuite un autre amas ouvert, de son petit nom l'amas du Hibou ou encore NGC 457, avec une assez grosse double pour compagne (orange-bleu, évidemment)
Pour finir sur une note d'ouverture là encore, M103 vient se jeter à mon cou cervicalement détruit pour me montrer qu'il arbore fièrement trois étoiles brillantes en son sein, comme si il voulait se distinguer dans cette obscurité silencieuse...
Le temps est venu de refermer le thermos, le paquet de gâteaux, les étuis d'oculaires sans rien oublier par terre, les paupières sont trop lourdes, pleines de couleurs et de petits points, pleines d'espoir aussi, l'espoir de longues nuits à venir.


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

27/06/11

Parmi les chouettes, épisode 5

La canicule étant revenue, le ciel azur étant désormais assuré jusqu'en septembre et la Lune se couchant à nouveau tard, le temps est revenu  de retourner dans notre garigue préférée pour un cinquième épisode.
Cette soirée d'hier fut consacrée à des objets que mon ami Dobson avait encore eu peu l'occasion de visiter : c'est ainsi une soirée "étoiles doubles et amas ouverts" que je vous offre de découvrir. Nous aurons l'occasion de virevolter entre le Bouvier et le Cygne en s'attardant un peu dans le Sagittaire, étape incontournable du moment. Donc, point de galaxies ce soir... autant dire que ce sera difficile de résister, mais bon, il faut savoir restreindre ses ambitions.

Ce soir la transparence était au top du top (et quand je dis ça, je veux dire que la Voie Lactée me saute à la figure dès que j'éteins les phares de la bagnole, alors je ne vous dis pas trente minutes plus tard après que mes petits bâtonnets préférées pleins de rhodopsine se sont habitués...), en revanche, de côté de la turbulence atmosphérique, même si le vent est quasi nul, c'est pas ça, c'est à dire que ma tâche d'Airy sur Polaris à 343X hésite entre danse de saint-guy et pogo...
Et je philosophe en me disant qu'il y a du Heisenberg là dedans : on ne peut pas tout avoir en même temps : énergie et temps, position et vitesse, beurre et argent du beurre, transparence et non-turbulence...
On fera donc avec. Au moins, il ne fait pas froid (encore 24 degrés à 23h).

Allez, on débute notre voyage vers 23h30 dans une garrigue pleine d'odeurs de romarin en se dirigeant vers une constellation printanière s'il en est, le Bouvier.
Nous sommes à la recherche de la dénommée Izar, ou epsilon Bootis. Elle est très facile à trouver puisque faisant partie de la structure géométrique de la constellation.
Voilà, Izar possède deux composantes : une jaune brillante et une bleu, plus faible. Au Nag 13 (x92) , je ne les sépare pas. Ce n'est qu'avec le 3.5 mm (343x) que le contraste des couleurs,  qui ressemble à s'y méprendre à celui d'une autre double fameuse que nous verrons un peu plus tard, prend toute son ampleur et montre toute sa beauté. Je saisit brutalement pourquoi elle est aussi appelée Pulcherrima ("la plus belle").

Alors que les grillons crissent autour de moi et que les effraies chassent le mulot avec ardeur, nous restons dans le Bouvier pour trouver Ksi Bootis. Cette double est splendide : sa composante la plus brillante est jaune pâle, son compagnon est d'un couleur rouille profond. Le spectacle est encore plus beau au 3.5 mm.

Nous quittons le Bouvier pour descendre vers la Vierge et celle qui accompagne Saturne depuis de nombreuses semaines maintenant, Porrima, qui est aussi une double, mais que je ne puis point séparer, toute blanche quelle soit (environ 1'' les sépare alors que ma résolution théorique est de 0.45'', mais ça turbule...).
Ça se confirme d'ailleurs quand je vais voir Saturne si proche, que de turbulence, bon c'est vrai qu'on est bien bas mais quand même... Saturne nous quitte, planète du printemps qui nous a tant éblouis, te voilà donnant une révérence pour laisser place à d'autres... ton temps est fini... Je vais pouvoir soigner ma Saturnite, alors ? A moins que ça se transforme en Neptunite, on ne peux être sûr de rien...
Continuons notre périple en pivotant à l'aplomb de Spica pour atterrir dans la balance et sa composante principale, Zubenelgenubi (alpha Librae), donc.
Qu'est ce que c'est que cette double, c'est une double, en vrai ? Faut dire que je suis un peu surpris de voir que déjà dans le chercheur les deux commposates sont séparées, étonnant, il s'agit de deux belles blanches, presque absolument identiques, non, l'une des deux prend un peu le dessus sur l'autre, mais point de contraste de couleurs chez ces deux là... Deux froides soeurs jumelles, et de fausses jumelles en fait puisqu'il s'agit d'une double visuelle, 3'51'' les sépare. Elle est surtout intéressante pour être carrément sur l'ecliptique donc sujette à occultations lunaires ou autre...

On continue la rotation et encore avec du facile, on se retrouve classiquement dans l'arachnide piquant du désert (le Scorpion) pour scruter et essayer de détailler un peu l'antimars, anti-arès, Antarès, en un mot... On le voit souvent clignoter au raz de l'horizon avec ces belles couleurs émeraude et rubis, simplement parce que ces composantes possèdent ces couleurs, mais en allant y voir de plus près, je ne parviens pas à les résoudre, ces deux là, certainement du à l'éblouissement de la supergéante, en revanche, j'observe un effet amusant, la tâche que je vois au 3.5 mm est littéralement coupée en deux dans la direction nord-sud : une moitié rougeâtre, et l'autre moitié verdâtre... très poilant finalement, merci ma chère atmosphère!



Bon, il me semble qu'on avait dit que c'était une soirée "doubles et amas ouverts" ! mais où sont les amas alors que je crois entendre au loin des grognements de sangliers ?
On y est presque, on arrive, nous y sommes, c'est vers le dard du sanglier du scorpion que nous allons maintenant, direction M7. Il faut signaler que celui là est gigantesque, complètement visible à l’œil nu, c'est même pourquoi Ptolémée l'a tellement bien vu avant moi... Autant dire qu'il faut ressortir les oculaires à faible grossissement/grand champ (c'est selon et les deux en même temps, ça doit être le pied, mais j'ai pas encore mon pano24), je glisse donc mon Plössl 25 mm de piètre qualité, mais ça me suffit pour admirer ces au bas mot 140 étoiles qui parsèment ma pupille... Si Ptolémée avait eu un Dobson de 254 mm au lieu d'une pupille de 7 mm (on pense qu'il était déjà vieux) ..., OK, ok, lui au moins il ne devait pas avoir peur des sangliers qui rôdent (qui Rhôdes ?)

Anyway, quand on est sur M7, on n'a qu'une envie, c'est de perdre une unité et se retrouver sur M6 (on parle pas de téléshit, hein), le Butterfly cluster, alias M6, quoi.

Ou là là qu'il est beau celui là ! Mais oui, c'est une merveille d'amas ouvert! Je vois bien pourquoi le papillon, c'est réellement une forme de papillon que l'on voit, mais du genre papillon empereur si vous voyez ce que je veux dire.... il y a notamment une intrue jaune parmi ces blanches bleutées (blanches beautés) et qui forme le bout de l'aile droite de l'insecte. Je recommande à un grossissement faible là encore (40x) voire 92x mais pas plus, ça serait gâcher. Je suis bien content de mon choix, tiens...

Il est temps maintenant de faire une petite pause enfilage de pull, il doit faire dans les 17°, avant de repartir vers le Sagittaire voisin...

Pour sortir un peu du scope de la soirée, mais sans sombrer dans la galaxite aigue, je m'offre des jolies nébuleuses, classiques d'un début  d'été, j'appelle donc d'abord, la grosse, la somptueuse miss Laguna (des voitures à vivre ??), numérotée M8 dans nos catalogues préférés. Sans oublier de visser le filtre OIII sur mon euh, 25 mm là encore (trop vaste étendue). Et elle me montre ses structures faites d'entrelacs un peu sombres, dans toute sa splendeur diaphane.

Et qui dit Lagune dit Trifide, vraiment pas loin, pourquoi s'en priver ? On met un grossissement plus important pour M20, et je constate que le filtre OIII apporte moins de contraste qu'avec M8, c'est mieux sans. Mais il faut tout de même le regarder de travers pour voir ses canaux à ce trèfle gris!...
On continue en retournant dans les amas, quoique, puisque je me déplace vers un couple peu banal : un amas accompagné d'une nébuleuse noire... C'est NGC 6520, beau petit amas qui est presque entouré par cette masse sombre B86, on est chez Hitchcock me semble-t-il. Ou bien chez Lynch, dans un couloir sombre qui mène vers des monstres... (j'ai pas dit des sangliers, on n'entend plus rien du tout dans la garrigue, pas même un piaillement...).


Il est temps de laisser le Sagittaire à d'autres aventures et de remonter, en direction d'un amas ouvert situé dans Ophiucus et qui porte le numéro 6633 chez Herschel. Quelques dizaines détoiles le compose, sympa petit amas qui coûte rien et qui est un bon arrêt sur l'autoroute Sagittaire - Lyre. 
Mais avant d'arriver sur la Lyre, il y a un arrêt quasi obligatoire, bien sûr, c'est la tête du Cygne, Albireo, sans doute la plus belle double du monde... Aah ces couleurs jaune et bleu... on croirait voir une mésange... Albireo est la mésange du ciel boréal!...
Nous montons toujours plus haut, plus haut, plus haut, diantre, c'est dur, on est au zénith là... c'est difficile de viser, que ce soit au telrad ou au chercheur, je me casse le dos, le cou, le c..l ! Nous restons dans les doubles, et là c'est une double particulière, encore une epsolon, tiens... oui, c'est une double formée de doubles... une quadruple, en somme... ça y est, on y est c'est juste à gauche de Véga, facile, non ? Epsilon Lyrae, c'est impressionnant, une des deux doubles est formée de deux blanches nord-sud et l'autre de deux autres blanches identiques mais orientées à 90° (est-ouest). Super!

Qu'est-ce que c'est que ce phare qui m'éclaire, là ? Hein ? Qu'est ce que c'est ? Vache, c'est le croissant de lune qui se lève... déjà ... Ca veut dire qu'il se fait tard (ou plutôt tôt), ok, ok, il nous reste une dernière double à aller voir ce matin, et c'est dans le Cygne qu'on va finir ce doux voyage : direction 61 Cygni, que j'ai eu un peu de mal à localiser, sans doute la fatigue qui ne disait pas son nom... mais aussi le nombre considérable d'étoiles dans ce Cygne... Jolie binaire assez serrée avec un couple orange-rouge du meilleur effet...

De quoi refermer tranquillement ce chapitre stellaire et remballer le matos en regardant apparaître derrière la colline dans un silence assourdissant le gros Jupiter juste en dessous de la Lune, prêt semble-t-il à remplacer son pote Saturne dans les semaines et les mois qui viennent...


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

06/05/11

Parmi les chouettes.

Je suis donc sorti hier soir, il était 22h30, le croissant de Lune prenait une teinte orangée en s’approchant de l’horizon, cette soirée devait être dédiée à la traque aux nébuleuses planétaires.

Et c’était l’occasion pour moi également d’inaugurer un nouveau lieu d’observation, situé un peu plus à l’abri de la pollution photonique humaine, quelque part dans la garrigue entre Mirabeau et Grambois pour ceux à qui ça parle. Il me faut 17 minutes pour être sur site depuis Pertuis, ça va…

Objectif nébuleuses planétaires en tête, je m’installe confortablement, la transparence est bonne ce soir, bien que j’avais aperçu des espèces de nuages de haute altitude qui me faisaient craindre un ciel moyen. Le vent souffle encore un peu fort, disons 20 km/h par petites rafales, mais je prends tout de même le risque, je n’ai que trop attendu depuis la découverte de ce lieu prometteur.

Avant d’attaquer la profondeur de ce ciel, je me tourne vers mon ami jaunâtre du printemps Saturne, toujours aussi majestueux, je distingue très très bien les ombres et la division à mon grossissement favori 343X. L’hémisphère nord semble bien blanchâtre contrairement au reste du disque. Les gros satellites sont disposés de manières singulière ce soir : ils sont tous du même côté et les trois « petits » forment un beau triangle pointant vers le gros Titan, amusant comme tout.

Sautons du planétaire aux nébuleuses qui n’ont de planétaire que le nom (comme chacun le sait), et je me tourne vers le classique des classiques pour commencer cette promenade, miss Lyre (M57), la dernière fois que je l’avais pointée, cette petite, je n’avais pas encore de telrad, mais maintenant, quelle efficacité… en trois coups de cuillère à pot, je te mets le cercle pile entre les sommets du losange de la Lyre, et l’anneau se retrouve comme par enchantement dans le champ du 13 mm. C’est beau. On pousse au 3.5mm quand même, pour se délecter de la chose, le filtre OIII apporte un léger mieux mais pas violent.

Allez, on zappe, direction Ursa Major, pour un autre classique, la chouette M97 qui est si facile à trouver au telrad là encore, il suffit juste de positionner le grand cercle pour qu’il touche Merak, en faisant coïncider le diamètre avec le segment Merak-Phecda. Logiquement, ce que l’on voit alors dans l’oculaire grand champ, c’est… pas M97, mais une galaxie… sa voisine toute proche, voire les deux dans le même champ… Bon on y est, on est là… que c’est chouette, que c’est chouette, que c’est chouette… Je pense discerner les fameux yeux de l’oiseau nocturne…

Et quand même, mon bel objectif de soirée en prend un coup, puisque je viens de voir M108 à côté, et je ne l’avais encore jamais vue comme ça… et là tout bascule, « faut pas te limiter aux nébuleuses planétaires, profites de ce beau ciel ! » entendis-je dans la nuit emplie de hululements…

Voilà, mon côté galactique a repris le dessus, étant dans U Major, je ne peux m’empêcher de glisser lentement vers Canes Venatici, et bien sûr celle qui représente peut-être pour moi le test idoine de qualité d’un ciel et d’un site, fifty-one. Voilà, ma fifty-one, j’arrive !

J’irai droit au but : depuis que j’ai ce Dobson et que je regarde fifty-one, elle ne m’avait encore jamais montré ce qu’elle m’a montré hier soir. Tout simplement grandiose (et pourtant il y avait du vent, je le rappelle) : bras spiraux nettement visibles, et pas seulement en décalé, pont de matière entre les deux tourbillons, une pure merveille. Ô, que Je suis heureux d’avoir déniché cet endroit…

Après M51, je reviens un peu dans UMa pour aller voir si j’y suis du côté de M101, vu le résultat précédent. Mais oui, j’y suis ! Je vois presque des bras, avec un noyau brillant.

Une dernière visite de la grande Ourse pour aller voir le duo classique eighty-one-two (M81/82), là encore, vision panoramique contrastée au rendez-vous. Je me demande si je n’ai pas réussi une collimation parfaite ce soir… Well well well, il faudrait que je retourne un peu à mon objectif initial quand même… j’ai une idée !, je me souviens qu’il y a une nébuleuse planétaire située dans le carré du Corbeau, je n’ai qu’à aller jeter un œil sur le Sombrero (j’aime bien mais classiques, vous remarquez ? surtout pour comparer avec les images que j’ai en mémoire sous d’autres cieux), le Sombrero, disais-je, et comme ça, je descendrai ensute doucement dans Corvus pour trouver la faible NGC 4361…

M104 est parfait, rien à dire de mal dessus. Il donne envie de parler espagnol. NGC 4361 est une nébuleuse planétaire assez faible, au contours assez diffus, un peu difficile. Cohérente avec ce que j’en attendais finalement.

La nuit avance et l’oiseau a maintenant déployé ses ailes et son long cou…. L’Oiseau, c’est bien sûr le Cygne, animal mythologique qu’avait utilisé Zeus en son temps pour séduire la belle Léda, qui avait donnée ensuite naissance aux jumeaux Castor et Pollux…. Et je pense soudain qu’il est trop tard pour aller du côté de ces deux là pour découvrir la nébuleuse planétaire que j’avais prévue dans mon programme, la dénommée nébuleuse de l’Eskimau… j’aurais dû commencer par là. Bon, il faut aussi garder des buts dans la vie, revenons au Cygne, et gardons l’Eskimau au frais…

Le Cygne, c’est la fameuse page 62 du pocket sky atlas, c’est aussi par là que se trouve des superbes nébuleuses planétaires, notamment Blinking Planetary (NGC 6826) et Dumbell (M27), que j’ai mises à mon programme un peu improvisé, il est vrai…

Mais avant toute chose, quand on se tourne vers Cygnus, on se penche forcément vers l’extrémité de la tête de l’Oiseau, pour y admirer sans doute la plus belle étoile double bicolore du ciel boréal (j’abuse ?), il s’agit de Albireo la magnifique. Elle me montre ses deux belles composantes jaune et bleu, les deux yeux du Cygne en quelque sorte.

Pour aller chercher Dumbell, j’ai eu un peu de mal tellement la densité stellaire est imposante dans ce coin de voie lactée. Trop d’étoiles nuit au repérage !... qui l’eut cru.

J’ai heureusement repéré un petit astérisme situé en dessous de Albireo qui va me permettre de fixer la belle Dumbell dans mon oculaire. Première impression : cette nébuleuse planétaire n’est absolument pas ronde ! Ca contraste avec mes précédentes invitées. On devine assez aisément des strucures internes complexes dans cette vaste nébuleuse aux contours francs.

Allez, je me mets à la recherche de Blinking, vu qu’il paraît (je ne l’ai encore jamais vue) que l’effet de clignotement est très amusant, même si j’ai l’impression que je commence à clignoter un peu tout seul par la fatigue. Mais c’est dur. Je ne la trouve pas… Je tourne, je fouine, je cherche. Pas de Blinking… Il me faut un peu de café chaud, une pause thermos bienvenue. Je reprends ma traque, mais en vain, il est possible que je sois un peu trop fatigué.

Mais il est quand même hors de question de plier bagage sur un échec, je décide donc de retourner dans le monde galactique en me laissant dériver sans but précis entre Denebola (vous savez, la patte arrière du Lion) et Vindemiatrix (epsilon Virginis)… en plein dans l’amas de la vierge, où Makarian vit une chaîne, et où je saute de galaxies en galaxies sans savoir qui elles sont, j’en vois par la tranche, des de face, des petites, des grandes, au moins une dizaine, des centaines et des centaines de milliards d’étoiles et dix fois plus de matière noire sont sous mes yeux, dans un calme absolu…

Je voulais finir cette soirée sur un beau coup, et toujours afin de tester (comme si je n’en étais pas encore convaincu) la bonne qualité de mon nouveau site d’observation, d’autant qu’on m’avait récemment fait l’apologie de M92, amas globulaire qui rivaliserait, parait-il avec son voisin M13. Qu’à cela ne tienne, je vais donc finir en beauté en allant comparer les mérites respectifs de ces deux accolytes Herculéens.

D’abord M13, pour fixer la référence. Y’a pas de doutes là-dessus, ça flashe la pupille, et quand je glisse le 3.5mm dans le PO, waouh ! M13 occupe tout le champ… je rêve ou quoi ?... Ca rend humble, des choses pareilles. On se dit que c’est là depuis tellement longtemps…

Au dessus du quadrilatère de Hercule, on trouve assez vite M92, et je dois dire que la réputation qu’on m’en a faite n’est pas loin d’être justifiée, M92 est différent de M13, plus dense au centre, moins étalé, mais d’une grâce vraiment semblable à celle du beau thirteen. Combien d’étoiles puis-je discerner dans mon oculaire 100 ? 1000 ? 10000 ?

Cette fois le temps est venu de plier le matos, le temps de sommeil va être court, je range mes précieux Nagler, en ayant complètement oublié mon échec sur Blinking, mais je sais que je la trouverai la prochaine fois et qu’en plus il n’y aura pas de vent du tout… J’entends des chouettes hululer au loin.

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad