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16/12/13

Soixante Nanosecondes, Roman Scientifique

C’est l’histoire d’un groupe de chercheurs qui étudient les neutrinos. Ils veulent en mesurer la vitesse de manière directe, en mesurant la durée qui s’est écoulée sur le trajet de ces particules furtives qui peuvent traverser la Terre de part en part sans interagir, après avoir mesuré très précisément la distance de leur parcours….

Ettore Majorana vers 1938
Le problème est qu’ils obtiennent un résultat extraordinaire, au premier sens du terme. La valeur de vitesse obtenue est supérieure à la vitesse de la lumière dans le vide, la limite absolue déterminée par Albert Einstein dans sa théorie de la Relativité Générale.
Pensant logiquement à un défaut dans le processus de l’expérience fort complexe mise en œuvre, le groupe de chercheurs va s’échiner durant des mois à trouver l’origine du problème expérimental. Mais en vain. Des idées audacieuses émergent alors. Et si les neutrinos possédaient  des caractéristiques anormales et pouvaient être réellement supraluminiques ?

Ettore Majorana était un physicien hors norme. Arrivé à l’institut de physique de Rome en 1928 sous l’égide d’Enrico Fermi, il côtoya les plus grands noms de la physique subatomique naissante de l’époque. C’est aux côtés de Werner Heisenberg en 1933 dans une Allemagne en plein tourments qu’il produisit l’une des théories les plus inventives en physique des particules, qui montrait que les neutrinos pouvaient être leur propre antiparticule, avec des propriétés étonnantes.

Et si Ettore Majorana, qui abandonna brutalement le monde scientifique entre 1934 et 1937 pour réapparaître un an plus tard durant quelques mois, avant de disparaître définitivement à l’âge de 31 ans, avait pu imaginer que les neutrinos puissent se mouvoir plus vite que la lumière, et avait envoyé un message aux physiciens d’aujourd’hui avant sa disparition ?

Soixante Nanosecondes est un premier roman, dans lequel s’entremêlent ces deux histoires, mêlant physique contemporaine dans ses développements les plus pointus, et prémisses de la physique nucléaire, sous le regard de l’un de ses pionniers, génie en avance sur son temps et mystérieusement disparu.

J’ai écrit ce roman scientifique, que je vous offre aujourd’hui, dans l’objectif  d’associer au récit romanesque de la science en train de se faire, une vulgarisation des phénomènes physiques les plus passionnants qui soient et qui nous entourent au quotidien.

Soixante Nanosecondes est à télécharger et à lire gratuitement (formats pdf et epub). Vous pouvez également écouter le texte intégral découpé par chapitres.
Bonne lecture !

Retrouvez Soixante Nanosecondes ici :



Une fois Soixante Nanosecondes refermé, vous aurez peut-être envie d'en savoir plus sur la vie et l'oeuvre de Ettore Majorana, je ne peux que vous conseiller de lire l'exellent ouvrage de Etienne Klein qui vient de paraître :

En Cherchant Majorana, aux Editions des Equateurs/Flammarion (2013)



08/06/12

2 Erreurs Expérimentales pour OPERA, deux !

Alors ça y est, la collaboration OPERA a enfin admis l'erreur expérimentale qui les avait conduit à faire l'annonce rocambolesque que l'on sait à l'automne dernier. C'est au cours d'une conférence sur la physique du neutrino qui se déroule en ce moment-même à Kyoto (NEUTRINO 2012) que les physiciens de OPERA ont détaillé l'origine de leur erreur. 

11/03/12

Les Anomalies Fécondes du Neutrino

On s’en souvient, en septembre dernier, les physiciens de l’expérience OPERA située au laboratoire souterrain du Gran Sasso en Italie annonçaient lanouvelle incroyable que les neutrinos avaient une vitesse supraluminique, supérieure à celle de la lumière. Cela consistait en une énorme anomalie vis-à-vis de ce qui était couramment admis. Et de fait, il semble bien qu’il s’agisse d’une simple erreur expérimentale.

Mais le neutrino, cette particule furtive, depuis sa « naissance » théorique puis sa découverte expérimentale, a toujours montré de nombreuses anomalies, qui ont été à l’origine de plusieurs révisions ou création de nouvelles lois physiques.
Revenons un instant sur l’histoire tumultueuse des neutrinos, ces particules qui baignent l’Univers à raison de  1 milliard de neutrinos pour un proton…
Naissance compliquée
Tout d’abord, il faut rappeler que la naissance du neutrino elle-même est le fruit de l’observation d’une forte anomalie dans le phénomène de radioactivité béta.
La radioactivité béta a été découverte à la fin du 19ème siècle, un noyau d’atome se transforme en un autre noyau en émettant un électron (en fait un neutron du noyau se transforme en proton dans cette décroissance). La particule béta est l’électron.
Wolfgang Pauli en 1951
Dans les années 1910, les physiciens se sont rendu compte que s’il n’y avait qu’un électron émis dans cette désintégration, les lois de conservation de l’énergie et de la quantité de mouvement n’étaient pas conservées, mais violées…
Personne ne comprenait ce phénomène et ce n’est qu’en 1930 que le physicien Wolfgang Pauli proposa une solution pour remédier à cette anomalie : il suffisait que le noyau émette en même temps que l’électron une seconde particule, neutre, pour que les lois de conservation soient rétablies.
Cette nouvelle particule devait en revanche être très légère et interagir très faiblement avec la matière environnante.

Personne n’avait jamais vu de particule ayant ces caractéristiques et personne ne savait comment pouvoir détecter une telle particule, à tel point que pendant longtemps les physiciens ont estimé que sa détection était impossible...


Observation expérimentale grâce à l'énergie nucléaire
Ce n’est qu’en 1956 qu’il fut possible de mettre en évidence expérimentalement le neutrino, grâce au développement des réacteurs nucléaires de production d’électricité aux Etats-Unis. En effet, les réactions nucléaires de fission produisent une quantité importante d’isotopes radioactifs produisant des antineutrinos électroniques lors de désintégrations béta.
Télégramme annonçant à W. Pauli la découverte du neutrino. (CERN)
Ces réacteurs produisent de l’ordre de 300 milliards d’antineutrinos par cm² et par seconde.
Les  physiciens Clyde Cowan et Frederick Reines ont construit un détecteur pour détecter ce flux de neutrinos et l'ont placé près du réacteur de Savannah River en Caroline du Sud et ont pu détecter pour la première fois ces particules imaginées 25 ans plus tôt.
Cowan a disparu en 1974, mais Reines reçut le prix Nobel en 1995 pour cette découverte.
Mais la plupart des neutrinos (ou antineutrinos) qui nous traversent à chaque seconde ne proviennent pas des réacteurs nucléaires construits par l’Homme, mais plutôt du gros réacteur thermonucléaire qui nous éclaire chaque jour, le Soleil.

Anomalie des neutrinos solaires
Pour fixer un ordre de grandeur, il faut savoir que chaque seconde, l’ongle de votre petit doigt est traversé par 65 milliards de neutrinos solaires, chaque seconde !

Évidemment, depuis que l’on a compris l’origine de l’énergie du Soleil dans les années 30, on cherche à le comprendre de mieux en mieux, et la détection des neutrinos du Soleil est importante pour tirer des informations sur le fonctionnement interne de notre étoile. 
C’est ainsi que très tôt certains astrophysiciens se sont spécialisés dans l’observation des neutrinos solaires en en mesurant le flux arrivant sur Terre. Et en 1964, les pionniers Ray Davis et John Bacall ont construit un détecteur de neutrinos solaires au fond de la mine de Homestake dans le Dakota du Sud. Le choix d’un laboratoire souterrain était rendu indispensable pour s’affranchir du bruit de fond dû aux interactions du rayonnement cosmique (muons principalement).

Ces premiers résultats ont tout de suite montré l’existence d’une anomalie. Il manquait une certaine quantité de neutrinos vis-à-vis de ce qui était attendu par les modèles théoriques du fonctionnement interne du Soleil… Une quantité non négligeable puisqu’il aurait dû être détecté trois plus de neutrinos…
Les spécialistes du soleil et ceux des particules se sont combattus de longues années pour savoir qui se trompait. En vain. Personne ne faisait erreur.

Ils oscillent bel et bien
L’existence de différents types de neutrinos avait été découverte dans les années 60. Mais le phénomène possible d’oscillation d’une saveur de neutrino à l’autre ne fut proposé qu’à la fin des années 60. Cette théorie ne gagna pas un grand intérêt dans la communauté des physiciens… jusqu’à ce qu’elle devienne une solution parfaite pour mettre d’accord les astrophysiciens solaires et les physiciens des particules… 
Intérieur du détecteur Kamiokande (Japon)

Si il manquait des neutrinos électroniques, ils devaient avoir disparu durant leur trajet entre le soleil et la Terre. Enfin, pas complètement disparus, disparus sous leur forme initiale, mais toujours là sous une autre forme. Les neutrinos sont en fait des particules composites qui possèdent plusieurs saveurs en eux-mêmes! Ils peuvent être à la fois de type électronique, muonique ou tauiques.... C'est le phénomène d'oscillation qui fut introduit pour les neutrinos d'une manière tout à fait judicieuse et efficace
Ces autres saveurs de neutrinos ne pouvaient pas être détectées par les détecteurs…

Lorsque de nouveaux détecteurs capables de mesurer les trois types de neutrinos ont été construits, l'écart a entièrement disparu.
Le phénomène de l’oscillation des neutrinos a une énorme implication, outre le fait d’expliquer des anomalies de flux : il repose sur le fait que les trois types de neutrinos possèdent chacun une masse différente. Ce qui veut dire une masse différente de zéro. Alors qu’il était couramment admis que le neutrino était sans masse, il est devenu évident dans la moitié des années 1990 que le neutrino avait bel et bien une masse, et chaque neutrino une masse différente, le plus léger étant le neutrino électronique et le plus lourd le neutrino tau.

Anomalie des neutrinos atmosphériques
Une nouvelle anomalie apparut dans les années 1980, un peu en même temps que celle concernant les neutrinos solaires, c’est l’anomalie dite des neutrinos atmosphériques. Des neutrinos sont produits dans la haute atmosphère par des réactions de muons cosmiques qui interagissent avec les noyaux d’atomes d’oxygène et d’azote. Comme les neutrinos interagissent ensuite très peu avec la matière, on s’attend généralement à en observer autant venant du ciel que du sol (ces derniers étant produits dans l’atmosphère aux antipodes et traversant la Terre de part en part.
C’est un peu par hasard que des physiciens cherchant à mesurer la durée de vie du proton dans des laboratoires souterrains ont eu besoin de connaitre les flux de neutrinos atmosphériques provenant de différentes directions et ont mesuré des écarts très important entre les deux directions : un facteur 2 !... 

Cette anomalie fut résolue par l’apport de nouveaux phénomènes physiques associés à l’oscillation des neutrinos, en y ajoutant l’effet de la matière traversée par les neutrinos : l’effet MSW (Mikheyev–Smirnov-Wolfenstein), qui indique que l’oscillation des neutrinos est modifiée par la matière qu’ils traversent, un peu à l’image d’un indice de réfraction pour la lumière… 
Cet effet MSW fut évidemment repris dans les calculs des neutrinos solaires pour tenir compte de l’hydrogène traversé par les neutrinos au cœur du Soleil et permit d’accorder encore mieux les calculs et les mesures.
Détecteur LSND (Los Alamos)
Mais une autre anomalie apparut bien vite.

Une nouvelle anomalie...
En 1993, les scientifiques de Los Alamos (Etats-Unis) construisirent un détecteur pour l’étude des oscillations : le LSND (Liquid Scintillator Neutrino Detector).
L’expérience LSND reste célèbre parmi les physiciens, parce qu’elle a vu un petit excès d’antineutrinos électroniques provenant apparemment de nulle part.

La seule possibilité permettant d’expliquer les flux de neutrinos observés à LSND est de proposer l’existence d’un quatrième neutrino (voire d’avantage), qui oscillerait toujours comme ces congénères, mais aurait la subtile caractéristique d’être stérile, c'est-à-dire n’ayant aucune interaction avec la matière, autre que la gravitation…

Évidemment, l'existence d'un quatrième neutrino jetterait un doute sérieux sur les modèles actuels de la physique des particules. Mais il pourrait aussi aider à expliquer certains problèmes encore non résolus, tels que les détails des réactions nucléaires qui apparaissent lors des explosions de supernovæ.
Cependant les résultats de LSND ne sont pas admis par toute la communauté des physiciens des particules, même si une expérience récente lancée en 2002, MiniBoone, a apporté des résultats allant dans le même sens que ceux de LSND en détectant un excès de neutrinos à faible énergie…

Anomalie des neutrinos de réacteurs
Et l’existence de ces hypothétiques neutrinos stériles est relancée par une nouvelle anomalie, celle appelée l’ « anomalie des neutrinos de réacteurs ». C’est grâce à la détection des neutrinos de réacteurs nucléaires que les neutrinos ont été identifiés formellement en 1956. Et depuis des expériences de mesure de flux de neutrinos ont eu lieu dans tous les pays (ou presque) équipés de réacteurs nucléaires.
Schéma du détecteur IceCube (Antarctique)
Et ce qui est observé partout est une petite différence systématique entre le flux mesuré et le flux attendu d’après les modèles prenant tous les paramètres en compte (réactions nucléaires, transport des particules, oscillations à faible distances…) : il manque environ 6% de neutrinos. Cette anomalie des neutrinos de réacteur pourrait elle aussi être expliquée par l’existence d’un quatrième ou un cinquième neutrino, lui aussi stérile…

Une fausse anomalie
Puis vint la dernière anomalie en date de 2011 avec un excès de vitesse, mais qui fut résolu sans avoir besoin de nouvelles théories en seulement quelques mois, à l’aide semble-t-il d’une bonne connexion de fibre optique.
On le voit, le neutrino est une particule féconde en physique, et il n’est pas impossible qu’elle le reste autant au 21ème siècle qu’elle ne le fut au 20ème.

Déjà de nouvelles expériences de grande taille sont imaginées notamment aux Etats-Unis pour mieux comprendre la physique du neutrino. En Europe et en Asie, de nombreuses expériences sont en cours ou à l’étude et l’oscillométrie des neutrinos est devenue une branche de la physique des particules à part entière.
Il n’est pas exclu qu’une fois apprivoisé et bien compris, le neutrino puisse être exploité par l’Homme, comme le fut la radioactivité au 20ème siècle, dont il reste un acteur invisible mais fondamental.

22/02/12

BREAKING NEWS : Neutrinos supraluminiques : une erreur de câble !!!

Ca y est, on a trouvé l'erreur !!! Les neutrinos ne sont pas supraluminiques !!!

D'après le site en ligne de la revue Science, il semblerait que les 60 ns d'avance observés soient dues à un mauvais contact de fibre optique entre un récepteur GPS et une carte électronique d'un ordinateur...

Après avoir resserré la connexion et mesuré la différence que ça donnait pour le temps de trajet du signal, les techniciens de OPERA auraient obtenu un écart de 60 ns, ce qui était mesuré pour les neutrinos... Comme ce temps de transfert de signal était soustrait de l'ensemble du temps de vol, ça peut expliquer très simplement l'aspect "supraluminique" des neutrinos, qui ne sont donc que des particules tout à fait normales...
Détecteur de OPERA au labo souterrain du Gran Sasso

Il paraît que cette hypothèse doit encore être confirmée...

source de la BREAKING NEWS :



25/12/11

Ca sent le sapin pour les neutrinos supraluminiques...

On revient un instant sur l'annonce phare de 2011, avec un article venant de paraître dans le numéro du 24 décembre de Physical Review Letters, qui indique l'existence d'une forte incompatibilité avec une vitesse des neutrinos supérieure à la vitesse de la lumière.
Ramanath Cowsik et al. se sont penchés sur la réaction qui produit les fameux neutrinos de OPERA au CERN, à savoir la désintégration des pions en muons et neutrinos.

Pour mémo, les neutrinos sont produits au CERN par des interactions de protons accélérés sur une cible de carbone, les protons interagissent avec les neutrons et protons des noyaux d'atomes de carbone et produisent alors des mésons pi, appelés aussi pions. Ces pions étant naturellement instables, ils se désintègrent au bout de leur durée de vie en d'autres particules : des muons et des neutrinos. Les muons sont ensuite stoppés et il ne reste plus que les neutrinos, qui peuvent alors traverser tranquillement la croute terrestre pour arriver quelques millisecondes plus tard dans le labo souterrain du Gran Sasso en Italie.


Cowsik et ses collaborateurs ont calculé si la désintégration des pions produits pouvait produire de tels neutrinos supraluminiques en prenant en considération les lois les plus fondamentales de la physique qui sont la conservation de l'énergie et de la quantité de mouvement.

Et ce qu'ils ont trouvé, c'est que pour que des neutrinos supraluminiques puissent être créés à partir de la désintégration de pions, il faudrait que d'une part la durée de vie des pions soit plus grande et d'autre part que le neutrino emporte une part plus faible de l'énergie dans le système muon-neutrino.

Ces conclusions disent qu'il paraît très difficile, dans le paradigme de la physique actuelle, de produire des neutrinos supraluminiques par la réaction qui est celle du CERN pour l'expérience OPERA...

Et les auteurs indiquent également qu'il existe une contrepartie expérimentale à leur démonstration théorique. En effet, la même production de neutrinos est étudiée par l'expérience IceCube qui détecte les neutrinos atmosphériques produits par des désintégrations de pions, issus de gerbes de rayonnement cosmique dans l'atmosphère.

Or, IceCube ne détecte aucun neutrino supraluminique, alors que les pions à l'origine des neutrinos détectés dans la glace de l'Antarctique ont une énergie plusieurs milliers de fois plus grande que celle des pions du CERN, ce qui devrait exacerber le phénomène supraluminique, si il existait.... Les pions énergétiques observés par IceCube se désintègrent exactement comme prévu par la physique pour donner des neutrinos ayant une vitesse très proche de la vitesse de la lumière (mais inférieure!).

Il s'agit donc d'une nouvelle démonstration assez solide qui vient après celle de Glashow et Cohen s'appuyant elle sur l'expérience ICARUS.

J'ai comme idée que les neutrinos supraluminiques commencent à sentir un peu le sapin...

source : 
Cowsik et al.  
Superluminal Neutrinos at OPERA Confront Pion Decay Kinematics
Phys. Rev. Lett. 107, 251801 (2011)

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04/12/11

Quand les neutrinos d'ICARUS défient ceux d'OPERA sous l'oeil du Higgs

Ça se passe en Italie, dans le même laboratoire souterrain, cette grande cave creusée au milieu d'un tunnel routier du Gan Sasso.
L'expérience OPERA mesure l'oscillation des neutrinos produits au CERN en Suisse, et elle peut aussi mesurer leur vitesse apparente, en mesurant le temps qu'ils mettent pour arriver et en mesurant la distance qui sépare la source et le détecteur.
On connaît maintenant tous l'annonce qui a été faite en septembre dernier sur la mesure d'une vitesse supraluminique pour ces neutrinos muoniques.

Et ce laboratoire souterrain est un endroit vraiment propice pour l'étude des neutrinos, notamment ceux venant du ciel, et surtout du soleil, qui en est un très gros producteur. Les neutrinos ont le bon goût de pouvoir facilement traverser l'écorce terrestre, que ce soit "horizontalement" entre la Suisse et l'Italie mais aussi "verticalement" à travers l'atmosphère et une haute montagne. L'expérience nommée ICARUS (du mythologique Icare qui voulait s'approcher du soleil...) est située tout juste à côté de OPERA dans le laboratoire du Gran Sasso. Cette manip, initiée par un ancien prix Nobel (Carlo Rubbia, physique 1983) a pour but d'étudier les neutrinos "cosmiques".
Et les physiciens de ICARUS ont eu l'idée de mesurer non seulement leurs neutrinos solaires comme prévu, mais aussi ceux qu'étudient leurs copains d'à côté, ceux venant du CERN et qui apparaissent faire quelques excès de vitesse.
ICARUS est formé de détecteurs qu'on appelle des chambres à projection temporelle à l'Argon liquide.

ICARUS mesure non pas le temps de vol des neutrinos du CERN comme OPERA, mais il les détecte assez bien, comme toute autre particule, et mesure également leur énergie (cinétique+masse), ce que ne fait pas OPERA. Et c'est là que ça devient intéressant...

En effet, lorsque ICARUS mesure au Gran Sasso l'énergie de ces neutrinos suisses, et bien il trouve exactement la même énergie que celle qu'ils avaient au départ 730 km plus loin (l’énergie initiale n'est pas directement mesurée mais calculée par simulation).

So what ? vous entends-je dire.... Voilà qu'entre en scène un prix Nobel (Physique 1979) en la personne de Seldon Glashow, accompagné d'un collègue de l’université de Boston, Andrew Cohen. Ces deux théoriciens ont fait des calculs assez pointus (on n'est pas Nobel par hasard quand même), et selon ces calculs, si les neutrinos suisses étaient bien supraluminiques au départ de leur voyage, et bien ils ne le resteraient pas longtemps, ils perdraient énormément d'énergie par création de paires électron-positrons...
Les neutrinos, d'après ces calculs, s'ils étaient supraluminiques dans la proportion mesurée par OPERA, ne devraient pas du tout avoir les énergies qui ont été mesurées (avec précision) par ICARUS.
De plus ICARUS ne détecte que des neutrinos, et aucun électron ou positron additionnels.

Les résultats de l'expérience ICARUS, associés à l'interprétation théorique d'un effet Cherenkov d'interaction faible donnent ainsi une robuste contre preuve à l'existence de neutrinos supraluminiques, peut-être la plus robuste de toutes les solutions parfois farfelues émises depuis le 22 septembre.

Les données de ICARUS sont très robustes, la théorie de Glashow et Cohen repose elle sur le modèle standard de la physique des particules (théorie électrofaible).

Pour faire court, on pourrait dire ceci : si le boson de Higgs est découvert (dans les jours ou semaines qui viennent), le modèle standard est conforté, Glashow et Cohen ont donc raison et donc.., ICARUS apporte la preuve de l'erreur expérimentale de OPERA!

Le boson de Higgs pourrait tuer les neutrinos supraluminiques !!


Autant dire que si l'expérience MINOS montre un résultat similaire à OPERA dans 1 an (ou un peu moins espérons le), la physique aura vraiment de très très gros problèmes à résoudre...

- A. Cohen, S. Glashow, New Constraints on Neutrino Velocities       http://arxiv.org/abs/1109.6562

- ICARUS Collaboration, A search for the analogue to Cherenkov radiation by high energy neutrinos at superluminal speeds in ICARUS http://arxiv.org/abs/1110.3763v2


A lire sur le même sujet : http://drericsimon.blogspot.com/2011/12/ca-sent-le-sapin-pour-les-neutrinos.html


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17/11/11

- BREAKING - Vitesse supraluminique des neutrinos confirmée !

Une nouvelle mesure vient d'être effectuée par les physiciens de OPERA avec une méthode plus précise et confirme l'avance de 62.1 nanosecondes +- 3.7 ns des neutrinos par rapport au temps qui serait mis par la lumière!...

Dans le nouveau dispositif, ils se sont affranchis de la statistique : Des paquets de protons ont été produits sur une durée d'environ 3 nanosecondes, séparés par des intervalles de 500 nanosecondes. De cette façon, il devient possible de relier chaque détection de neutrino à un paquet de protons dont on connait le temps d'émission avec une incertitude de 3 nanosecondes.

Ce dispositif permet de mesurer la vitesse des neutrinos de manière beaucoup plus fiable que la première mesure annoncé en septembre dernier, au prix d'un nombre de neutrinos détectés plus faible (seulement une vingtaine d'événements ont été collectés dans la nouvelle manip).

Communication à lire ici  :  http://arxiv.org/abs/1109.4897

On est maintenant très impatient de voir les résultats de l'expérience américaine similaire MINOS, qui seule permettra de dire si ce qui est observé ici est réel ou biaisé par une erreur expérimentale... Encore 2 ans d'attente...

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19/10/11

Le Canard et la science...(des neutrinos dans les plumes)

 Le 28 septembre dernier, j'ai eu la stupéfaction de lire un article en dernière page du Canard Enchaîné absolument stupéfiant (sic)... car bourré d'erreurs quand ce n'étaient pas des grossières approximations... Je vous glisse ici l'objet de ma stupeur :



Bien évidemment, dès la fin de ma lecture, je me précipitai sur mon clavier pour réagir auprès de la rédaction dudit volatile, en ces termes choisis :

Sat, 01 Oct 2011 21:09:34 +0200
De : Dr Eric SIMON <dr.eric.simon@xxxxxxxxx>
Pour : redaction@lecanardenchaine.fr
Sujet : Pan sur le bec à particules !

 Bonsoir,

Quelle surprise a été la mienne en tombant sur cet article "Six kilomètres de trop!" en page 8 de mon Canard du 28 septembre!...
Presque tout y est faux...
A commencer par le titre, puisque la découverte relatée concerne un dépassement de la vitesse de la lumière de 6 kilomètres par seconde (et non une distance de 6 kilomètres).

Ensuite, la particule concernée : par trois fois dans cet article est mentionné le "neutron". Il ne s'agit bien évidemment pas du neutron mais du neutrino, particule dont la seule ressemblance avec le neutron est son nom, mais qui n'a rien d'autre à voir... Je pouvais croire à une coquille, mais répétée trois fois, la probabilité de coquille devient infinitésimale...

Vous citez ensuite une réaction d'un des frère Bogdanov dans la presse. Etes vous au courant que cet individu n'est en rien un scientifique renommé du domaine (et même un scientifique tout court) ? Alors que nombreux furent les commentaires de physiciens des particules du CNRS, du CEA, du CERN ou des Universités dans les jours qui ont suivi l'annonce de la collaboration OPERA et que vous auriez pu citer...

Pour finir, vous évoquez l'infiniment petit si mystérieux avec "ses trois forces et ses douze particules (comme le boson de Higgs(...))", une simple vérification sur la plus accessible des encyclopédies en ligne vous aurait montré que les particules élémentaires ne sont pas uniquement formées de 12 fermions (quarks et leptons) mais aussi de 5 bosons (qui sont les vecteurs des forces) et qui sont aussi importants, voire plus; famille dont fait partie le fameux hypothétique boson de Higgs que vous citez...
Pour conclure, le lien entre la recherche de nouvelles particules au CERN et l'"existence d'autres univers" est tout à fait hasardeuse, même si un univers sans Sarkozy semble plus que probable à court terme...

Ce qui m'a le plus choqué en lisant cet article dont il se trouve que je connais le sujet sur le bout des doigts, c'est de me dire que sur d'autres sujets, vos articles peuvent apporter autant d'approximations ou d'erreur, ce qui écorne la confiance que je peux vous faire.

Bien cordialement,

Dr Eric SIMON, "agité de la particule"

Trois semaines plus tard, j'attends toujours non seulement la publication d'un petit "pan sur le bec" du meilleur effet, mais aussi une simple réponse de la rédaction, qui ne vient pas...
On pourra toujours dire que la science n'est pas le domaine de prédilection du journal satirique, mais alors l'abstention peut être une bonne solution face à l'ignorance...


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22/09/11

BREAKING NEWS : Des neutrinos supraluminiques !

Une info vient de tomber : la collaboration OPERA annonce avoir mesuré une vitesse de neutrinos ayant voyagés depuis le CERN en Suisse jusque dans le souterrain du Gran Sasso en Italie de 6 km/s plus rapide que la lumière !... sans pouvoir expliquer expérimentalement cette étrangeté....

A suivre de très près...   Un peu de détails ici (Nature News)
Et tous les détails ici (publi preprint sur Arxiv).

                                crédit : CERN

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