27/06/2011

Parmi les chouettes, épisode 5

La canicule étant revenue, le ciel azur étant désormais assuré jusqu'en septembre et la Lune se couchant à nouveau tard, le temps est revenu  de retourner dans notre garigue préférée pour un cinquième épisode.
Cette soirée d'hier fut consacrée à des objets que mon ami Dobson avait encore eu peu l'occasion de visiter : c'est ainsi une soirée "étoiles doubles et amas ouverts" que je vous offre de découvrir. Nous aurons l'occasion de virevolter entre le Bouvier et le Cygne en s'attardant un peu dans le Sagittaire, étape incontournable du moment. Donc, point de galaxies ce soir... autant dire que ce sera difficile de résister, mais bon, il faut savoir restreindre ses ambitions.

Ce soir la transparence était au top du top (et quand je dis ça, je veux dire que la Voie Lactée me saute à la figure dès que j'éteins les phares de la bagnole, alors je ne vous dis pas trente minutes plus tard après que mes petits bâtonnets préférées pleins de rhodopsine se sont habitués...), en revanche, de côté de la turbulence atmosphérique, même si le vent est quasi nul, c'est pas ça, c'est à dire que ma tâche d'Airy sur Polaris à 343X hésite entre danse de saint-guy et pogo...
Et je philosophe en me disant qu'il y a du Heisenberg là dedans : on ne peut pas tout avoir en même temps : énergie et temps, position et vitesse, beurre et argent du beurre, transparence et non-turbulence...
On fera donc avec. Au moins, il ne fait pas froid (encore 24 degrés à 23h).

Allez, on débute notre voyage vers 23h30 dans une garrigue pleine d'odeurs de romarin en se dirigeant vers une constellation printanière s'il en est, le Bouvier.
Nous sommes à la recherche de la dénommée Izar, ou epsilon Bootis. Elle est très facile à trouver puisque faisant partie de la structure géométrique de la constellation.
Voilà, Izar possède deux composantes : une jaune brillante et une bleu, plus faible. Au Nag 13 (x92) , je ne les sépare pas. Ce n'est qu'avec le 3.5 mm (343x) que le contraste des couleurs,  qui ressemble à s'y méprendre à celui d'une autre double fameuse que nous verrons un peu plus tard, prend toute son ampleur et montre toute sa beauté. Je saisit brutalement pourquoi elle est aussi appelée Pulcherrima ("la plus belle").

Alors que les grillons crissent autour de moi et que les effraies chassent le mulot avec ardeur, nous restons dans le Bouvier pour trouver Ksi Bootis. Cette double est splendide : sa composante la plus brillante est jaune pâle, son compagnon est d'un couleur rouille profond. Le spectacle est encore plus beau au 3.5 mm.

Nous quittons le Bouvier pour descendre vers la Vierge et celle qui accompagne Saturne depuis de nombreuses semaines maintenant, Porrima, qui est aussi une double, mais que je ne puis point séparer, toute blanche quelle soit (environ 1'' les sépare alors que ma résolution théorique est de 0.45'', mais ça turbule...).
Ça se confirme d'ailleurs quand je vais voir Saturne si proche, que de turbulence, bon c'est vrai qu'on est bien bas mais quand même... Saturne nous quitte, planète du printemps qui nous a tant éblouis, te voilà donnant une révérence pour laisser place à d'autres... ton temps est fini... Je vais pouvoir soigner ma Saturnite, alors ? A moins que ça se transforme en Neptunite, on ne peux être sûr de rien...
Continuons notre périple en pivotant à l'aplomb de Spica pour atterrir dans la balance et sa composante principale, Zubenelgenubi (alpha Librae), donc.
Qu'est ce que c'est que cette double, c'est une double, en vrai ? Faut dire que je suis un peu surpris de voir que déjà dans le chercheur les deux commposates sont séparées, étonnant, il s'agit de deux belles blanches, presque absolument identiques, non, l'une des deux prend un peu le dessus sur l'autre, mais point de contraste de couleurs chez ces deux là... Deux froides soeurs jumelles, et de fausses jumelles en fait puisqu'il s'agit d'une double visuelle, 3'51'' les sépare. Elle est surtout intéressante pour être carrément sur l'ecliptique donc sujette à occultations lunaires ou autre...

On continue la rotation et encore avec du facile, on se retrouve classiquement dans l'arachnide piquant du désert (le Scorpion) pour scruter et essayer de détailler un peu l'antimars, anti-arès, Antarès, en un mot... On le voit souvent clignoter au raz de l'horizon avec ces belles couleurs émeraude et rubis, simplement parce que ces composantes possèdent ces couleurs, mais en allant y voir de plus près, je ne parviens pas à les résoudre, ces deux là, certainement du à l'éblouissement de la supergéante, en revanche, j'observe un effet amusant, la tâche que je vois au 3.5 mm est littéralement coupée en deux dans la direction nord-sud : une moitié rougeâtre, et l'autre moitié verdâtre... très poilant finalement, merci ma chère atmosphère!



Bon, il me semble qu'on avait dit que c'était une soirée "doubles et amas ouverts" ! mais où sont les amas alors que je crois entendre au loin des grognements de sangliers ?
On y est presque, on arrive, nous y sommes, c'est vers le dard du sanglier du scorpion que nous allons maintenant, direction M7. Il faut signaler que celui là est gigantesque, complètement visible à l’œil nu, c'est même pourquoi Ptolémée l'a tellement bien vu avant moi... Autant dire qu'il faut ressortir les oculaires à faible grossissement/grand champ (c'est selon et les deux en même temps, ça doit être le pied, mais j'ai pas encore mon pano24), je glisse donc mon Plössl 25 mm de piètre qualité, mais ça me suffit pour admirer ces au bas mot 140 étoiles qui parsèment ma pupille... Si Ptolémée avait eu un Dobson de 254 mm au lieu d'une pupille de 7 mm (on pense qu'il était déjà vieux) ..., OK, ok, lui au moins il ne devait pas avoir peur des sangliers qui rôdent (qui Rhôdes ?)

Anyway, quand on est sur M7, on n'a qu'une envie, c'est de perdre une unité et se retrouver sur M6 (on parle pas de téléshit, hein), le Butterfly cluster, alias M6, quoi.

Ou là là qu'il est beau celui là ! Mais oui, c'est une merveille d'amas ouvert! Je vois bien pourquoi le papillon, c'est réellement une forme de papillon que l'on voit, mais du genre papillon empereur si vous voyez ce que je veux dire.... il y a notamment une intrue jaune parmi ces blanches bleutées (blanches beautés) et qui forme le bout de l'aile droite de l'insecte. Je recommande à un grossissement faible là encore (40x) voire 92x mais pas plus, ça serait gâcher. Je suis bien content de mon choix, tiens...

Il est temps maintenant de faire une petite pause enfilage de pull, il doit faire dans les 17°, avant de repartir vers le Sagittaire voisin...

Pour sortir un peu du scope de la soirée, mais sans sombrer dans la galaxite aigue, je m'offre des jolies nébuleuses, classiques d'un début  d'été, j'appelle donc d'abord, la grosse, la somptueuse miss Laguna (des voitures à vivre ??), numérotée M8 dans nos catalogues préférés. Sans oublier de visser le filtre OIII sur mon euh, 25 mm là encore (trop vaste étendue). Et elle me montre ses structures faites d'entrelacs un peu sombres, dans toute sa splendeur diaphane.

Et qui dit Lagune dit Trifide, vraiment pas loin, pourquoi s'en priver ? On met un grossissement plus important pour M20, et je constate que le filtre OIII apporte moins de contraste qu'avec M8, c'est mieux sans. Mais il faut tout de même le regarder de travers pour voir ses canaux à ce trèfle gris!...
On continue en retournant dans les amas, quoique, puisque je me déplace vers un couple peu banal : un amas accompagné d'une nébuleuse noire... C'est NGC 6520, beau petit amas qui est presque entouré par cette masse sombre B86, on est chez Hitchcock me semble-t-il. Ou bien chez Lynch, dans un couloir sombre qui mène vers des monstres... (j'ai pas dit des sangliers, on n'entend plus rien du tout dans la garrigue, pas même un piaillement...).


Il est temps de laisser le Sagittaire à d'autres aventures et de remonter, en direction d'un amas ouvert situé dans Ophiucus et qui porte le numéro 6633 chez Herschel. Quelques dizaines détoiles le compose, sympa petit amas qui coûte rien et qui est un bon arrêt sur l'autoroute Sagittaire - Lyre. 
Mais avant d'arriver sur la Lyre, il y a un arrêt quasi obligatoire, bien sûr, c'est la tête du Cygne, Albireo, sans doute la plus belle double du monde... Aah ces couleurs jaune et bleu... on croirait voir une mésange... Albireo est la mésange du ciel boréal!...
Nous montons toujours plus haut, plus haut, plus haut, diantre, c'est dur, on est au zénith là... c'est difficile de viser, que ce soit au telrad ou au chercheur, je me casse le dos, le cou, le c..l ! Nous restons dans les doubles, et là c'est une double particulière, encore une epsolon, tiens... oui, c'est une double formée de doubles... une quadruple, en somme... ça y est, on y est c'est juste à gauche de Véga, facile, non ? Epsilon Lyrae, c'est impressionnant, une des deux doubles est formée de deux blanches nord-sud et l'autre de deux autres blanches identiques mais orientées à 90° (est-ouest). Super!

Qu'est-ce que c'est que ce phare qui m'éclaire, là ? Hein ? Qu'est ce que c'est ? Vache, c'est le croissant de lune qui se lève... déjà ... Ca veut dire qu'il se fait tard (ou plutôt tôt), ok, ok, il nous reste une dernière double à aller voir ce matin, et c'est dans le Cygne qu'on va finir ce doux voyage : direction 61 Cygni, que j'ai eu un peu de mal à localiser, sans doute la fatigue qui ne disait pas son nom... mais aussi le nombre considérable d'étoiles dans ce Cygne... Jolie binaire assez serrée avec un couple orange-rouge du meilleur effet...

De quoi refermer tranquillement ce chapitre stellaire et remballer le matos en regardant apparaître derrière la colline dans un silence assourdissant le gros Jupiter juste en dessous de la Lune, prêt semble-t-il à remplacer son pote Saturne dans les semaines et les mois qui viennent...


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad