dimanche 17 juin 2012

Déambulation galactique entre Vindemiatrix et Denebola

Le ciel était d'une limpidité outrageante hier soir, c'eut été blasphématoire de laisser mon ami Dobby et son miroir parabolique de 250 mm prendre la poussière dans le garage.
Je retournai donc à mon endroit favori, perdu dans la garrigue du Sud Luberon, après avoir rencontré sur mon chemin un énorme hibou (était-ce un grand Duc ?, je n'ai pas eu le temps de vérifier...) ainsi qu'une jolie biche, heureusement pas au milieu de la route, sans doute effrayée par mes phares.
Une compagnie inattendue
Je me croyais seul au monde au moment de faire ma collimation au laser quand soudain un gros Pick-Up surgit de nulle part et en sortit un gars, berger de son état, qui, visiblement avait peut-être un match de foot à voir à la télé puisqu'il me délégua la responsabilité en quelque sorte de veiller sur ses brebis... Du jamais vu de mémoire d'astronome, comme si je pouvais surveiller des brebis se sauvant sur une route et en même temps admirer l'amas de Virgo... Car c'est dans cette région magique que j'avais décidé de me rendre ce soir...
Saturne, encore une fois
Mais avant de me rendre dans cette zone située entre Vindemiatrix et Denebola, il fallait, c'est encore incontournable, aller voir les anneaux de Saturne, des fois qu'ils se seraient égarés comme des brebis... Ça va, la division de Cassini est bien toujours là. Les ombres donnent une formidable impression de relief, j'adore.

Position du triplet du Lion (carte Stellarium)
Triplet galactique sous le félin
Avant de plonger plus avant dans l'amas de la Vierge, je voulais aller rendre visite au Lion avant qu'il ne soit définitivement invisible, je  ne l'ai pas encore parcouru depuis ce printemps, honte à moi. Allons donc voir le triplet du Lion. M65, M66 et NGC 3628, ces trois galaxies me plaisent, surtout par leur proximité qui en fait tenir 2 sur les trois dans le champ de mon Nagler. Ça augure d'une belle promenade galactique. On entre dans le vif du sujet, l'amas de Virgo et ces centaines de galaxies...
Des galaxies par dizaines ou plus encore
Souvent, on parcourt la zone (si riche) en commençant par la chaîne de Markarian, mais j'ai décidé de faire le parcours un peu à l'envers. Je me repère tout d'abord à partir de notre étoile de départ qu'est Vindemiatrix, à environ 5° en dessous se trouve une étoile assez faible - mais visible à l’œil nu- qui s'appelle Rho Vir, de magnitude 4.5, nous nous positionnons dessus et il nous reste alors qu'à remonter légèrement d'environ 1 fois et demie le champ d'un Nag13 (soit 1.2°) pour tomber nez à nez avec notre première galaxie de la Vierge : M60.
En fait, si vous êtes muni d'un grand champ, il est fort probable que vous voyez non pas que M60 mais aussi une seconde Messier qui est M59, et c'est heureux puisque ces deux là nous indiqueront le chemin pour arriver à notre troisième, et plus : il suffit de tirer un trait entre M60 et M59 et de déplacer son rocker doucement sur cet axe imaginaire pour parvenir à M58. A partir de M59, il faut parcourir deux fois la distance séparant M60 et M59, facile, non ?

Mon axe magique de la Vierge et son triangle équilatéral (carte Stellarium)
Mais on ne va pas s'arrêter en si bon chemin, on reste sur cette route galactique, cet axe peuplé de tant de centaines de milliards d'étoiles. A partir de M58, on parcourt en ligne droite la même distance qui sépare M60 de M58, vous suivez ? On peut (on doit) évidemment revenir en arrière pour prendre à la fois la direction et la distance en mémoire dans le poignet. Et que trouve-t-on donc ici ? Un monstre. M87, énorme galaxie elliptique, l'une des plus massives galaxies connues, dans laquelle se tapit un trou noir gigantesque, je l'imagine en regardant M87 en son centre...

Les brebis ne se sont toujours pas sauvées, alors je peux tranquillement poursuivre ma rando. Et on va faire un peu de trigonométrie, en plus.
Comme vous vous souvenez parfaitement ce qu'est un triangle équilatéral, vous pouvez suivre mon conseil pour trouver deux autres galaxies à partir de M58 et M87. Il vous faudra imaginer un triangle quasi-équilatéral donc (trois côtés de même longueur, pour ceux qui ont oublié), dont l'un des côtés a pour sommets justement nos deux dernières rencontres M58 et M87. Assez facilement, vous trouverez comme moi M90 au troisième sommet. Et ce triangle nous est fort utile car dans son centre (ou presque) se trouve une autre galaxie, en la personne de M89.

La chaîne de Markarian. Credit NASA
L'enchainement Markarian
La soirée avance fébrilement, il doit faire encore plus de 20° alors que la radio couine pour couvrir le bruit des loups dévorant de frêles brebis, il est temps d'attaquer la fameuse chaîne de Markarian.
Pour faire dans le classique, il est de bon ton de parcourir cette chaîne de galaxies très proches les unes des autres en commençant par le "bas", à savoir le couple M84-M86, très caractéristique, qui tiennent bien dans le Nag13.
Pour les trouver très rapidement, rien de plus simple ! Ma méthode est la suivante : je reviens sur mon beau triangle "équilatéral", qui ne l'est pas vraiment : M58-M87-M90 et je me repositionne sur M58. De là, je reprends mon axe magique, celui que nous avons suivi depuis le début, depuis M60... et je me déplace vers M87, que je survole en continuant le même axe, sur la même distance séparant M58 de M87. Ok ? Là, on tombe sans coup férir sur le couple M84-M86. C'est chouette, les Dobson.
Après, ce n'est que promenade de galaxie en galaxie, les membres de la chaîne de Markarian sont si proches les unes des autres qu'il suffit de sauter de l'une à l'autre en suivant le mouvement, en remontant, donc. On passe tout d'abord sur le joli couple NGC 4435 et NGC 4438, puis  un autre couple NGC 4458 (faible) et NGC 4461, puis on poursuit légèrement en courbe pour tomber sur NGC 4473 puis un peu plus loin sr NGC 4477.


Je décide alors d'extrapoler le chaîne et de décréter qu'il y en a encore une qui en fait partie, M88, il faut, pour la trouver, prolonger la courbure de quelques degrés, M88 est une belle spirale, de taille conséquente.
Les amas du Scorpion
Il est tant de quitter la constellation de la Vierge pour aller voir si j'y suis du côté du Scorpion qui commence à être suffisamment haut dans le ciel pollué de lumière vers mon horizon sud... Je voulais me faire quelques amas avant de finir cette soirée à dominante galactique. Et devinez ce que je suis allé voir ? Je vous le donne en mille : M4, tout juste situé aux côtés d'Antarès, probablement l'amas globulaire le plus facile à localiser.
Et puis, il y aussi un globulaire plus petit qui avait retenu mon attention, un peu au dessus d'Antarès, dans la tête de l'arachnide : M80.
Étant là dans le Scorpion, je ne pouvais pas m'empêcher juste après ça de me rincer l'oeil gauche sur quelques fameux amas ouverts, je redecendis donc aller voir presqu'au niveau de l'horizon, le Dob pratiquement à l'horizontale, les fabuleux M7, M6, peut-être parmi les plus beaux amas ouverts du ciel d'été...
Détour final par le Sagittaire
Pour vraiment finir ce périple foisonnant, je tourne légèrement mon rocker vers la gauche pour me coller dans le sagittaire tout proche, des grands classiques pour ce soir : la nébuleuse de la Lagune, alias M8, qui est visible à l’œil nu, mais qui se transcende évidemment dans le grandissement 92X de mon Nag13 mm.
Et, last but not least, and very last, après je remballe, je ne résiste pas à plonger dans le plus vaste amas globulaire du monde, de la Terre, avec sa distance de seulement 10000 années lumières, le beau M22, situé tout près du sommet du couvercle de notre chère théière...

Et voilà, il est temps de quitter la garrigue avant que les brebis perdues ne viennent définitivement bouleverser ma soirée si prolifique, je suis bien heureux d'avoir retrouvé mon ciel et ces milliards d'étoiles regroupées dans de si belles galaxies.


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad