23/03/13

C-4 : Détecter les WIMPs en Moins de Deux Ans.

Parmi les nombreuses expériences dédiées à la détection directe de la matière noire sous forme de particules exotiques de type WIMPs, trois expériences ont annoncé avoir mesuré un excès de signal ne pouvant pas être a priori du bruit de fond. Ces manips sont l'italienne DAMA (depuis 2002), l'allemande CRESST (en 2011) et l'américaine CoGeNT (en 2010).
Les données des trois expériences ne sont pas tout à fait compatibles entre elles, ce qui donne un doute logique sur ces différentes annonces.



Parmi ces trois résultats, deux d'entre eux montrent une modulation annuelle du signal (DAMA et CoGeNT) : l'amplitude du taux d'interaction observé varie au cours d'une année avec un maximum fin mai et un minimum 6 mois plus tard. Ce phénomène de modulation du signal est justement ce qui est attendu pour les WIMPs... Le phénomène est dû à la différence de vitesse relative de la Terre par rapport à la galaxie lorsqu'elle se déplace dans le même sens que le soleil ou dans le sens opposé au cours de sa rotation annuelle.
Modulation du signal de CoGeNT et C-4

Bien évidemment, tout le monde a cherché à mettre en cause l'existence d'une source de bruit de fond non prise en compte et qui aurait elle aussi une modulation annuelle expliquant les observations. Et il se trouve qu'il en existe deux. Les détecteurs utilisés pour la détection directe de WIMPs peuvent être de différents types (comme le sont les trois en question) mais ils ont en commun d'être ultra sensibles à toutes sortes de rayonnements, aussi bien des électrons, des particules alpha, des rayons gamma ou des neutrons.
Les deux sources de bruit de fond (signal parasite pouvant mimer celui d'une WIMP) qui montrent une variation au cours de l'année avec un maximum à la fin du printemps et un minimum en hiver  sont d'une part la quantité de radon et d'autre part le flux de muons cosmiques.

Il faut se rappeler que les expériences comme DAMA, CRESST ou CoGeNT sont enfouies sous terre (une ancienne mine pour CoGeNT) ou sous des montagnes (sous le Gran Sasso pour les deux autres).
Les roches entourant les cavernes utilisées par les physiciens sont naturellement radioactives comme toute la croûte terrestre. Un des radioéléments descendants de l'uranium est un gaz radioactif, le radon 222, qui peut se retrouver ainsi dans l'atmosphère proche des détecteurs.
Et il se trouve que la quantité de radon dans le laboratoire souterrain est légèrement dépendante de la pression et de la température de l'atmosphère extérieure au laboratoire (il faut bien que nos physiciens puissent respirer!), qui elle, varie globalement entre l'été et l'hiver. Il s'ensuit une variation annuelle de la quantité de radon dans le laboratoire.

La deuxième source de bruit de fond modulé annuellement est le flux de muons cosmiques. Produits dans la haute atmosphère par des interactions secondaires de rayons cosmiques primaires, les muons pour arriver à la surface de la Terre doivent traverser plusieurs kilomètres d'atmosphère, or, cette atmosphère se trouve être plus ou moins dense en fonction de la température qui y règne. Là encore, les différences de température entre été et hiver suffisent à faire varier très légèrement le flux de muons cosmiques qui arrivent à la surface, et donc les quelques uns qui parviennent (malheureusement) à traverser les montagnes et se retrouver dans le laboratoire souterrain... Par la suite, ce ne sont pas directement les muons qui vont produire un bruit de fond gênant dans les détecteurs mais le produit de leurs réactions dans des matériaux denses comme le plomb (qui entoure le plus souvent les détecteurs) : des neutrons.
Schéma de l'expérience C-4, les détecteurs sont au centre: (1) : blindage Cu ultrapur (16 mm); (2) : Plomb très basse radioactivté (25 mm); (3) : Plomb basse radioactivité (25 mm); (4) Plomb standard (254 mm); (5) boitier aluminium étanche au radon (3 mm); (6) polyéthylène boré (25 mm); (7) scintillateur plastique détecteur de muons (50 mm); (8) eau (500 mm).


Pour savoir si ces pistes étaient les bonnes, des expériences, indépendantes des chercheurs de WIMPs, ont mesuré le plus précisément possible comment variaient ces deux contributions potentielles, à la fois dans le laboratoire du Gran Sasso, par l'expérience BOREXINO et dans la mine de Soudan (par l'expérience MINOS). 
Et le résultat est clair, net et précis : que ce soit au Gran Sasso ou à Soudan : à la fois l'amplitude de la modulation des deux bruits de fond, mais aussi (et surtout!) la phase (c'est à dire les dates du maximum et du minimum) sont incompatibles avec la modulation des signaux observés par DAMA d'un côté et CoGeNT de l'autre!... En d'autres termes, les modulations observées par DAMA et CoGeNT ne peuvent pas être issues des bruits de fond radon et muons.

Alors que la modulation observée par DAMA est très claire et possède une statistique énorme, celle de CoGeNT en revanche n'est pas basée sur un nombre d'événement suffisant pour être statistiquement irréfutable (elle n'est définie qu'à un niveau de confiance à 2.8 sigma, contre 8.9 sigma pour DAMA).

Sensibilité prévue de C-4 pour les WIMPs de faible masse, par rapport à DAMA, CRESST et CDMS

C'est pour confirmer (ou inversement infirmer) l'existence d'une modulation annuelle dans leurs mesures que les physiciens américains initiateurs de l'expérience CoGeNT ont décidé de décupler leur expérience. Ils proposent aujourd'hui de transformer CoGeNT en une nouvelle expérience baptisée C-4.
C-4 sera basée sur exactement la même technologie que CoGeNT, des détecteurs semiconducteurs au germanium refroidis, relativement classiques. Ces détecteurs ne permettant pas de discrimination des particules incidentes, mais permettant de rejeter les interactions ayant lieu en surface. Ces détecteurs seront surtout extrêmement bien blindés contre la radioactivité extérieure (voir la figure ci-dessus).

C-4 sera constituée en fait de 4 détecteurs Germanium, chacun étant 3 fois plus gros que l'unique détecteur de l'expérience initiale CoGeNT, qui faisait un peu moins de 500 g. C-4 disposera ainsi d'environ 10 fois plus de masse utile pour la détection de collisions élastiques de WIMPs. C-4 obtiendra donc en 1 année ce que CoGeNT aurait mis 10 ans à enregistrer...

Les physiciens américains prédisent qu'ils pourront, à partir du début du fonctionnement à 4 détecteurs, en moins de deux ans, soit confirmer définitivement l'existence d'une modulation et d'en préciser l'énergie des interactions (et donc les caractéristiques des particules responsables) ou bien d'infirmer (avec un niveau de confiance à 5 sigmas) l'existence de ces signaux en excès modulés et rejeter définitivement les annonces des expériences concurrentes...

Il est bien possible que dans la course aux WIMPs, le Germanium gagne finalement face au Xénon... à moins que LUX, qui débute ses opérations, nous réserve des surprises...

source :
The C-4 dark matter experiment
R.M. Bonicalzi et al.
Nucl. Instr. Meth. A 712, 27-33 (June 2013)

Lire aussi : La Bataille du Xénon Liquide

La Science Produite grâce à PLANCK

Les résultats de PLANCK, ce ne sont pas qu'une très jolie carte du ciel et une non moins belle courbe du spectre de puissance des fluctuations de températures, c'est aussi, et surtout, 29 articles scientifiques exploitant les données acquises par le satellite durant ses 15 premiers mois de fonctionnement.

Ces recherches, outre le fond diffus cosmologique bien sûr, couvrent des aspects technologiques sur les détecteurs HFI et LFI, ainsi que des domaines annexes à la pure cosmologie observationnelle. On y trouve par exemple une étude sur l'émission galactique du monoxyde de carbone, sur l'émission zodiacale, les effets de lentilles gravitationnelles par les structures à grande échelle, ou encore sur la topologie de l'Univers, ou des catalogues de sources compactes....

Un travail qui a concerné plusieurs centaines de chercheurs partout dans le monde. Une mine de connaissances nouvelles... Et qui est encore en cours.

Tous ces articles sont soumis depuis le 20 mars 2013 à Astronomy&Astrophysics et sont d'ores et déjà accessibles en preprints, dont voici les liens : 
Planck 2013 results. I Overview of Products and Scientific Results

21/03/13

BREAKING NEWS / Résultats de PLANCK : Fond Diffus Cosmologique (CMB)

La présentation en conférence de presse au siège de l'ESA vient de se terminer. La carte du CMB avec une résolution inégalée a été montrée et commentée.
Carte du CMB par Planck (ESA)


Les premières grandes conclusions à tirer sont les suivantes :
- Les données sont en excellent accord avec le modèle standard de la cosmologie, modèle incluant matière noire, énergie noire, inflation).

- Les paramètres cosmologiques ont été revus, avec une précision supérieure, ils sont les suivants :

Composition énergétique de l'Univers :
. Énergie Noire : 68.3%
. Matière Noire : 26.8%
. Matière ordinaire : 4.9%

En résumé, Planck montre qu'il y aurait un petit peu moins d'énergie noire et un peu plus de matière noire que ce qu'on estimait auparavant.

Nouvelle valeur de la Constante de Hubble : H0=67.3 +-1.2 km/s/Mpc

Age de l'Univers : 13.81 +-0.05 milliards d'années

Primordial Spectrum Slope : 0.9585 +-0.007 (6 sigmas)


Spectre de puissance des fluctuations de température mesuré par Planck et fit théorique (ESA)
Le spectre de puissance des fluctuations de températures (intensité des fluctuations en fonction de l'échelle angulaire, voir ci-dessus) montre un excellent accord avec la théorie aux petites échelles (angles inférieurs à 1°).
Une légère anomalie (déjà relevée par WMAP) est observée aux grandes échelles  et ces écarts semblent assez localisés sur la carte du ciel, montrant une certaine anisotropie...


Carte des anomalies dans les fluctuations du CMB mesurées par Planck (ESA)


Amusons nous à comparer l'évolution des mesures du CMB, montrant des précisions toujours plus fines :


COBE (1992) :



WMAP (2002-2011) :
Carte du CMB (WMAP, 9 ans)

PLANCK (2013) :
Carte du CMB par Planck (ESA)
 

20/03/13

Annonce des Résultats de Planck sur le Fond Diffus Cosmologique

Sortez vos agendas! Les premières images du rayonnement de fond cosmologique du satellite PLANCK couvrant l’ensemble du ciel seront présentées lors d’une conférence de presse au siège de l'ESA demain, le 21 mars. A ne pas rater si vous pouvez la suivre!
 
La conférence de presse se tiendra de 10h à 12h.

Deux séances d'information sont accessibles en streaming :
- La matinée
sera accessible en direct sur ​​le portail principal de l'ESA : www.esa.int
- L'après-midi, via le portail scientifique de l'ESA : http://www.esa.int/Our_Activities/Space_Science


D'autre part, un séminaire sspécialement dédié aux résultats de cette cartographie unique du CMB aura lieu
le lundi 25 mars de 15h à 17h au Laboratoire de l'Accélérateur Linéaire à Orsay avec une retransmission en direct sur : http://webcast.in2p3.fr/live/les_pre...ques_de_planck 


A bons entendeurs et amateurs de la plus vieille lumière de l'Univers....

LES RESULTATS DE PLANCK SONT A SUIVRE DANS L'ONGLET ACTU

17/03/13

Mars 1963 : le Quasar Se Révèle

Il y a 50 ans, Maarten Schmidt et Bev Oke publiaient deux articles à la suite dans Nature (1,2) en annonçant la première mesure de redshift sur un objet de type Quasar, le dénommé 3C273. En plus de la valeur de sa distance (l'une des plus élevées à l'époque) révélée par son décalage vers le rouge, il était montré que ce quasar n'avait rien d'une étoile, mais était bien autre chose... 
Le terme "Quasi-Stellar", abrégé en Quasar devenait dès lors inaproprié. Mais le terme est resté au fil des décennies (on ne débaptise pas des types d'objets aussi facilement).

Cette mesure de distance révolutionna l'astrophysique de cette époque, elle recula brutalement l'horizon cosmique puisque 3C273 se trouvait (et se trouve toujours) à 2,4 milliards d'années-lumières de nous, avec un redshift de 0.158.

Quasar 3C273 et son jet (Chandra X-Ray laboratory)
Ce qui choqua la communauté des astrophysiciens de l'époque était sa si grande luminosité à une telle distance, qui implique une énergie rayonnée hors du commun.
C'est Fred Hoyle et William Fowler qui comprirent les premiers en 1963 qu'une telle émission d'énergie ne pouvait provenir que d'un effondrement gravitationnel d'un objet de plusieurs dizaines de millions de masses solaires.
Et en très peu d'années, de nouveaux quasars très lointains furent débusqués, certains montrant l'émission de jets de matière et de plasma, comme c'est le cas pour 3C273.

Une observation très étonnante fut d'ailleurs faite sur 3C273, lorsque la vitesse de son jet de matière fut mesurée plus rapide que la lumière (jusqu'à 10 fois plus vite!). Mais au début des années 1980, une explication simple fut donnée par Peter Scheuer, Roger Blandford et Martin Rees : il s'agit d'une illusion d'optique, le jet se déplaçant à une vitesse relativiste mais vu depuis la Terre avec un angle de vue très proche de l'axe du jet, et avec certains points du jet émettant avec des délais temporels sans cohérence...

Et il fallut attendre le début des années 1990 pour enfin comprendre une chose fondamentale qui est que différents types d'objets sont en fait les deux faces d'un même objet : les radio-galaxies et le quasars ne sont rien d'autre que des galaxies actives, alimentées par un trou noi supermassif. La différence venant simplement de l'orientation sous laquelle nous regardons ladite galaxie : vue par la tranche, nous voyons une galaxie émettant quantité de lumière en ondes radio (une radio galaxie); vue de face sous un angle très proche de l'axe d'émission du jet de matière et de rayonnement, nous voyons un quasar!...

Schéma d'une galaxie active (radio galaxie ou quasar selon l'angle de vue)
Cela a conduit les astrophysiciens à construire un modèle "standard" de l'évolution des galaxies, on parle aujourd'hui plus volontiers d'AGN (noyaux galactiques actifs), quasar et radiogalaxie ne reflétant que l'angle sous lequel on les voit.

Cela a également permis de construire petit à petit la relation existante entre les trous noirs supermassifs et leur galaxie hôte. La très forte émission des quasars et autre radio-galaxies est comprise par la phase de forte accrétion de matière qui était produite par le trou noir central.
Cette accrétion étant beaucoup plus importante dans les galaxies "jeunes" (donc à longue distance), les quasars observés sont ainsi tous très lointains. Nous ne trouvons pas de quasars très proches de nous. Ce qu'il nous reste dans les galaxies proches (y compris la nôtre), ce sont des trous noirs supermassifs à court de carburant, ayant fait le ménage autour d'eux au centre de leur galaxie.

Mais comprend-on vraiment ce qu'est un quasar ? Il semblerait que non. De nombreuses observations restent inexplicables par les modèles théoriques en vigueur. D'autres modèles sont proposés mais ne répondent pas efficacement aux différents cas rencontrés observationnellement.

Certaines critiques (3) déplorent le manque de réflexion de la communauté pour comprendre en profondeur le phénomène quasar, interaction des trous noirs supermassifs avec production de jets et de lobes de rayonnement. On ne sait par exemple toujours pas si ces jets comportent des protons et des électrons ou bien des électrons et des positrons, ou quelle est la part d'énergie emportée par les protons, est-elle énorme, faible ? Quelle est la proportion d'énergie dans les jets de matière impliquant des champs électriques et des champs magnétiques ?
Le phénomène d'émission des trous noirs supermassifs révélé par les quasars ne peut aujourd'hui qu'être abordé de façon délicate tant que ces questions fondamentales n'ont pas trouvé de réponses.

Après 50 ans de connaissances accumulées sur les quasars, un océan de savoir reste à traverser...

références :
(1) M. Schmidt et al., Nature 197, 1040 (1963).
(2) B.Oke et al., Nature 197, 1040–1041 (1963)
(3) Quasars still defy explanation   R. Antonucci,   Nature, 495,165, (14 march 2013)

15/03/13

Une dernière PANSTARRS pour clore cette semaine


Pour finir cette série cométaire, je suis retourné au dessus de Cadenet, dans un vent toujours aussi glacial, voilà une dernière fois la comète de Mars, en attendant la prochaine!... 

PanSTARRS au dessus de Cadenet, Pose de 10 s, f/d=5.6, ISO 400


14/03/13

PANSTARRS (suite et fin ?)


Alors, suite à la déception d'hier, le mistral a fait des siennes aujourd'hui et complètement dégagé l'horizon, et voilà le résultat, avec une pose de 4 secondes, en tenant le trépied pour contrer ledit mistral en se gelant  : 


13/03/13

Pas de PANSTARRS au Croissant...

Pas de PanSTARRS ce soir.... Bouh... J'aime pas les nuages...
En plus, le vent est glacial.... 

12/03/13

PANSTARRS, une comète dans les nuages...

 Dans cette photo prise ce soir se cache une comète, saurez-vous la retrouver ? 
(regardez dans le bleu)...

  
 Pose 1 s, F/D=3.4, ISO 800  (Les Alpilles au fond)

A suivre dès demain je l'espère...

10/03/13

Verra-t-on PANSTARRS croiser le Croissant de Lune ?

La météo en ces derniers jours d'hiver se révèle capricieuse... Les prévisions changent tous les jours. Le jour à surveiller se rapproche pourtant de plus en plus puisqu'il s'agit de mercredi prochain, le 13 mars.
C'est donc ce 13 mars que le spectacle de la comète PANSTARRS doit être le plus sympa à observer. Imaginons que la queue de la comète s'étende jusqu'au croissant lunaire tout proche, quel beau spectacle en perspective...

Bon, aux dernières nouvelles, après trois jours très nuageux/pluvieux, mercredi est semble-t-il le jour de transition vers deux jours de grand beau avec mistral...

Image Guillaume Cannat, Le Guide Du Ciel

Tous les espoirs sont donc permis pour un ciel clair au crépuscule le jour J!...

N'oubliez pas : pour apercevoir cette comète, munissez vous d'une paire de jumelles, après que le soleil soit couché, et à partir de 19h00 (heure française), scrutez l'horizon Ouest, juste en dessous du croissant de Lune (le 13/03)...

PanSTARRS vue le 3 mars dernier de Victoria, Australie (superbe cliché de Phil Hart)

Si vous ne pouvez pas voir le rapprochement de la comète avec la lune, il faut savoir qu'elle reste tout de même visible plusieurs semaines (même si sa luminosité ne cessera de décliner), toujours vers l'Ouest !

A suivre... avec de belles photos j'espère...

07/03/13

Mesure de Distance Très Précise du Grand Nuage de Magellan

Les mesures de distances, c'est un peu ce qui est le fondement de l'astronomie. Tout part de là.
Les mesures de distances sont notamment à la base de la mesure des paramètres cosmologiques cruciaux comme la constante de Hubble H0.

Il faut savoir que mesurer des distances lointaines n'est pas chose facile, ni des distances proches d'ailleurs. Et c'est d'autant plus délicat que la méthode utilisée par les astronomes est une méthode par échelons successifs : pour mesurer des distances lointaines, on doit connaitre avec précision le comportement d'objets particuliers en fonction de la distance, et donc connaitre cette distance avec le moins d'incertitude possible.

Deux types d'objets sont utilisés : les étoiles Céphéides et les Supernovae Ia. Tous deux offrent un comportement spécifique en fonction de leur distance : les Céphéides sont des étoiles qui ont une luminosité variable, dont la période dépend de la luminosité. En mesurant leur période de variation, on connait donc leur luminosité, et connaissant par ailleurs leur type spectroscopique, on connait leur production de lumière intrinsèque, et on en déduit alors leur distance.
Les Supernovae Ia, elles, sont des étoiles qui explosent et dont la production de lumière intrinsèque est toujours la même, ce qui fait que leur luminosité dans le ciel dépend directement de leur distance.

Le Grand Nuage de Magellan
Avec ces deux outils, la méthode utilisée par les astronomes est la suivante : Il faut tout d'abord connaitre avec précision la distance de Céphéides proches. Pour cela, les méthodes les plus basiques sont exploitées, comme par exemple des mesures de paralaxe, c'est à dire la mesure du mouvement angulaire apparent de l'étoile à 6 mois d'intervalle. La distance est déduite directement, par calculs géométriques.
On parvient alors à une sorte de calibrage des Céphéides, donnant la relation période/distance.

La deuxième étape consiste à chercher d'autres Céphéides plus lointaines, situées dans des galaxies proches, on mesure alors de cette manière la distance de la galaxie proche grâce à la relation période/distance trouvée précédemment.
La troisième étape consiste à chercher des galaxies proches munies de Céphéides mais aussi de Supernovae Ia. Car il faut faire le calibrage de ces SN Ia. Connaissant déjà la distance de la galaxie hôte par les Céphéides, on construit la relation luminosité/distance des SN Ia.

Une fois les Supernovae Ia "calibrées", on peut les utiliser comme "chandelles standards" pour mesurer des distances très lointaines, des galaxies très éloignées (lorsqu'elles ont la chance de voir en leur sein des étoiles exploser en SN de type Ia).
C'est ainsi que, ayant mesuré la distance d'une galaxie via une ou plusieurs Supernova, et connaissant par ailleurs son décalage vers le rouge (décalage spectral dû à la vitesse de récession), les astronomes déduisent la constante de Hubble Ho qui relie vitesse et distance.

Une fois la constante de Hubble déterminée, il ne suffit plus que de mesurer le décalage spectral de n'importe quel objet ultra-lointain (galaxie ou amas de galaxies ) pour en déduire sa distance.

On le voit, mesurer les distances cosmologiques repose sur une méthode qui peut s'avérer fragile, surtout si le premier échelon de mesure utilisé s'avère imprécis.
Pour remédier aux imprécisions et autres erreurs systématiques inérantes à ces différentes mesures, des astrophysiciens européens et américains viennent de faire une mesure toute nouvelle et très précise de la distance du Grand Nuage de Magellan (LMC en anglais), la deuxième galaxie la plus proche de la nôtre. Et pour mesurer cette distance avec une précision de 2.2% seulement, ils ont utilisé une nouvelle méthode.
Grâce à cette mesure directe de la distance du LMC, ils permettent de sauter le premier échelon de la méthode séquentielle et de pouvoir passer directement au calibrage des SN Ia.

Pour ce faire, les astrophysiciens ont utilisé 8 étoiles binaires à éclipse, observées durant 8 ans avec trois télescopes différents comme le 6.5 m de Las Campanas, le 3.6 m et le NTT de La Silla (tous dans l'hémisphère Sud, évidemment...). Ils ont utilisé les données du programme OGLE, programme dédié initialement à l'observation de lentilles gravitationnelles dans le LMC.
Une binaire à éclipse, c'est un système d'étoiles double, dans lequel une étoile tourne autour de l'autre en se trouvant exactement dans notre ligne de mire lors de son transit, produisant ainsi à chaque passage une éclipse et donc une forte baisse de luminosité du système.

Positions des 8 binaires à éclipses dans le Grand Nuage de Magellan utilisées dans cette étude (G. Pietrzynski et al.).
Pour mesurer la distance de tels objets, la méthode est subtile : s'agissant d'étoiles  vieilles (elles ont été selectionnées soigneusement), on connait précisément la relation qui existe entre luminosité de surface et couleur, ce qu'on appelle dans le jargon le SBCR (Surface Brightness Colour Relation). Or il existe un lien direct entre la distribution de couleur et le diamètre angulaire du système binaire.

Les astronomes ont donc mesuré la luminosité de surface de ces étoiles typiques et en déduisent la distance angulaire du système.

D'autre part, on peut obtenir la dimension linéaire du système binaire à partir d'une analyse spectroscopique et photométrique de la lumière. Et le tour est joué : possédant les dimensions angulaires et linéaires, la distance du système est déduite grâce à la géométrie (de manière similaire à une mesure de parallaxe).
 
Afin de réduire l'incertitude sur la mesure, l'équipe qui publie ses résultats dans le dernier numéro de Nature a répété la mesure sur 8 étoiles binaires à éclipse du LMC et calculé la moyenne obtenue.
Pour la petite histoire, ils obtiennent une valeur de 49,97 kpc +-2,2% (soit 162.902,2 années-lumières +-2,2%) ce qui est la valeur de distance du LMC la plus précise à ce jour.

A partir de cette valeur précise de distance du LMC et en déroulant les calculs de distance décrits ci-dessus à partir de cette valeur pour arriver à la constante de Hubble, les auteurs montrent que cette nouvelle précision implique une incertitude sur Ho pas plus grande que 3%.

Une belle prouesse qui peut encore être améliorée en raffinant la source principale d'erreur dans cette méthode, qui est le SBCR. Les auteurs de l'étude estiment même pouvoir atteindre à terme une précision de l'ordre de 1% sur la distance du LMC, ce qui est rien de moins que la précision attendue du satellite de haute performance Gaïa qui devrait fournir ces données astrométriques dans une dizaine d'années...

source :
An eclipsing-binary distance to the Large Magellanic Cloud accurate to two per cent
G. Pietrzynski et al.
Nature 495, 76–79 (07 March 2013)

01/03/13

Apparition (Ephémère) d'une Troisième Ceinture de Van Hallen

Une troisième ceinture de Van Hallen est apparue au cours du mois de septembre 2012. C'est ce que montrent des chercheurs de la NASA dans un report paru sur le site de Science.

Depuis leur découverte il y a plus de 50 ans, les ceintures de Van Hallen, ces zones de circulation de particules chargées énergétiques (surtout des électrons et des protons) piégées par les champs magnétiques de la Terre, étaient bien comprises et on savait qu'elles se divisaient en deux zones. La ceinture extérieure est constituée d'électrons de quelques MeV dont l'intensité fluctue sur des périodes de quelques heures à quelques jours dépendant de la force du vent solaire.
Quant à la ceinture intérieure, elle, est constituée à la fois d'électrons énergétiques et de protons très énergétiques, ces derniers étant très stables sur plusieurs années, voire décennies.

Mais voilà qu'un couple de satellites a été lancé par la NASA à l'été 2012 pour étudier ces ceintures, logiquement nommés les sondes Van Hallen.
Au premier jour de leur mise en fonction, le 1er septembre, les deux sondes jumelles ont très bien détecté les deux ceintures. Mais dès le lendemain, 2 septembre, chose surprenante : c'est la présence d'une troisième ceinture, isolée des deux autres, composées d'électrons de plus de 2 MeV qui apparaît... Et cette nouvelle ceinture a persisté durant tout le mois de septembre avant de disparaître semble-t-il par une puissante onde de choc interplanétaire (liée à une éruption solaire) le 1er octobre.
Durant ces quatre semaines, la troisième ceinture est restée très stable, avec un rayon situé entre 3 et 3,5 fois le rayon terrestre. L'apparition de cette troisième ceinture serait due à une grosse bouffée de vent solaire qui aurait littéralement scindé en deux la ceinture externe. Mais le 1er octobre, jour de la disparition de la ceinture surnuméraire, la bouffée de vent solaire destructrice était si forte que même la ceinture externe disparut... Et elle ne réapparut que 7 jours plus tard, formant une structure conforme à ce que l'on connait depuis des décennies. Ouf. 

L'évolution des ceintures de Van Hallen a été reconstruite par les auteurs de l'étude est mise en vidéo (ci-dessous).
 

Le phénomène observé (une apparition/disparition), bien qu'explicable par l'activité du Soleil qui s'approche de son maximum d'activité cyclique, n'est pourtant pas prédit par la théorie en vigueur sur les ceintures de radiation.
Ou comment un petit couple de sondes peut renvoyer les théoriciens au tableau noir dès les premiers jours de sa prise de données... 

source : 
A Long-Lived Relativistic Electron Storage Ring Embedded in Earth's Outer Van Allen Belt
D. N. Baker et al.
Science 28 february 2013