05/04/2016

La bouffée rapide d'ondes radio FRB 150814 finalement toujours mystérieuse

Le 25 février dernier, je vous relatais l'observation d'une bouffée rapide d'ondes radio, et son suivi dans le temps, qui avait permis pour la première fois d'en déterminer la distance et l'origine extra-galactique. De nouvelles observations montrent aujourd'hui que le signal de décroissance dans cette FRB, à l'origine de la détermination de sa distance, s'avère en fait non corrélé avec cette source mais a pour origine un trou noir supermassif se trouvant dans la ligne de visée... L'origine de cette FRB (et des autres) reste donc mystérieux.



Les résultats publiés dans Nature en février dernier au sujet de FRB 150418 avaient été rapidement été mis en question à la suite de nouveaux suivis systématiques. Peter Williams et Edo Berger, du Harvard Smithonian Center for Astrophysics ont réussi à montrer en utilisant le réseau de radiotélescopes Karl Jansky Very Large Array que le signal évanescent qui suivait la bouffée radio proprement dite et qu'avaient exploitée Evan Keane et ses collaborateurs, se voyait toujours longtemps après le phénomène. Et pire, le signal se trouve être variable, pouvant croître et décroître de plus d'un facteur trois.

Le Karl Jansky Very Large Array (NRAO)
Dans leur étude qui a été acceptée pour publication par the Astrophysical Journal Letters, Williams et Berger ont observé attentivement la galaxie supposée être l'hôte de la source radio rapide, une galaxie située à 6 milliards d'années-lumière, et montrent qu'une source radio variable est présente dans la ligne de visée où a eu lieu la bouffée rapide FRB 150418. Le signal vu par Keane juste après la FRB proprement dite était donc spatialement coïncident, mais n'avait aucun lien. Keane et son équipe ont juste observé une décroissance sans observer une remontée, ce qu'ont pu voir Williams et Berger.
Les astronomes de Harvard en concluent que cette émission radio variable est issue d'un noyau de galaxie active, autrement dit un trou noir supermassif. Le trou noir supermassif produit des jets de matière au niveau de ses pôles, qui produisent ensuite du rayonnement radio par ses interactions avec le milieu. Un tel phénomène peut facilement montrer une variabilité naturelle de l'ordre de grandeur de celle qui est observée.

Avec cette infirmation des conclusions de l'étude de février dernier, les astrophysiciens reviennent à la case départ au sujet des FRB. L'explication qui avait pu être déduite à partir de la valeur de distance obtenue par l'équipe de Evan Keane (la fusion de deux étoiles à neutrons) s'évanouit.

Peter Williams précise :"Aujourd'hui, la science des FRB en est au même point que là où nous étions il y a 30 ans avec les GRB (bouffées de rayons gamma), nous voyions ces phénomènes apparaître et disparaître sans savoir d'où ils provenaient. Nous savons maintenant à peu près avec certitude quelle est l'origine des GRB courts et longs. Avec plus de données et un peu de chance, nous devrions résoudre de même le mystère des FRB d'ici peu". 


Source : 

No precise localization for FRB 150418: claimed radio transient is AGN variability
P. K. G. Williams, E. Berger
Astrophysical Journal Letters, à paraître