mercredi 1 juillet 2015

Des photoélectrons pour le vent polaire de Titan

Le monde de Saturne est sans conteste le système le plus complexe du système solaire, ce qui le rend probablement le plus fascinant. Depuis son arrivée en orbite de la planète aux anneaux en 2004, la sonde Cassini a exploré non seulement la planète géante, mais aussi ses anneaux, son gros satellite Titan et d’autres satellites glacés (Encelade, Europe, …).  Et Cassini ne fait pas que des superbes images, elle est également instrumentée pour analyser des fines particules.


Saturne et Titan vus par Cassini (ESA/NASA/JPL)
Des particules neutres dominent en fait la magnétosphère de Saturne et la région proche des satellites de la planète géante. Et la lumière solaire peut ioniser ces particules, produisant alors des ions et des photoélectrons avec une certaine énergie, que la sonde Cassini est capable de détecter et d’identifier. Ces photoélectrons peuvent également être exploités en tant que traceurs de la morphologie du champ magnétique environnant. Comme ces électrons relativement énergétiques se meuvent facilement le long des lignes de champ magnétique, ils peuvent en outre induire un champ électrique local qui facilitera l’échappement de plasma. C’est le phénomène de « vent polaire », qui est notamment observé sur Terre, Mars et Vénus, où une petite fraction des atomes ionisés de la haute atmosphère au niveau des pôles s’échappe dans l’espace le long des lignes de champ magnétique, aidés par le potentiel électrique créé par des électrons.
Une équipe de chercheurs anglais vient de publier une étude consacrée au phénomène du vent polaire, non pas sur Saturne elle-même mais sur son gros satellite Titan, grâce à l’étude des photoélectrons détectés par la sonde Cassini et son spectromètre à plasma et à électrons.
Les particules neutres qui sont la source des photoélectrons détectés aux alentours de Titan proviennent principalement d’une autre lune de Saturne : Encelade, qui se trouve à une distance de 4 rayons de Saturne. Ce sont les geysers de Encelade qui projettent dans le milieu quantité de grains de glace et de gaz. Ces particules se retrouvent ensuite assez rapidement au niveau de l’orbite de Titan, qui lui, orbite à une distance de 20 fois le rayon de Saturne. Titan est connu pour être un satellite muni d’une atmosphère riche en méthane et en azote, où une chimie organique complexe se développe.
La sonde Cassini et ses instruments (CNES)
Les photoélectrons produits par l’ionisation de ces fines particules ont un spectre énergétique qui dépend du spectre de la lumière solaire et de la nature de la molécule ou de l’atome cible (leur potentiel d’ionisation). Les planétologues montrent que leur énergie forme un pic dans la région située entre 19 et 26 eV. L’instrument Cassini Plasma Spectrometer Electron Spectrometer (CAPS-ELS) permet de mesurer un spectre de 63 niveaux d’énergie toutes les 2 s avec une précision de l’ordre de 17%.
Ces électrons de quelques dizaines d’électronvolt vont ensuite interagir avec leur environnement (plasma et champs électromagnétiques). Cassini a pu détecter de tels photoélectrons autour de Titan dans son ionosphère insolée et jusqu’à plus de 6 fois le rayon du satellite.
Andrew Coates et ses collaborateurs parviennent grâce à ces mesures, à fixer une valeur maximale au potentiel électrique ambipolaire  associé au phénomène de vent polaire sur Titan : 2,95 Volts. Cette valeur est légèrement plus basse que celle qui est mesurée pour la Terre et indique que le flux de particules s’échappant de l’atmosphère de Titan par ce mécanisme de vent polaire doit être limité.

La sonde Cassini grâce à ses détecteurs de particules permet de connaître des détails étonnants sur les mécanismes physiques à l’œuvre dans la haute atmosphère de Titan, un moyen supplémentaire pour caractériser ses mondes fascinants, au-delà des données d’imagerie qui sont plus connues car immédiatement accessibles à nos yeux.


Source :
A new upper limit to the field-aligned potential near Titan
A.J Coates et al
Geophys. Res. Lett., 42 (2015)

Le Bisou de Vénus à Jupiter

Photos prises le 30 juin à Pertuis, Objectif 300 mm (Canon EOS 1000D).






samedi 27 juin 2015

Perséides 2015 : belle pluie d'étoiles filantes en perspective

2015 devrait être un bon cru, surtout par rapport à l'année dernière, où vous vous en souvenez peut-être, la Lune éclatante nous avait bien gênés pour voir filer nos beaux météores. Cette année est tout le contraire puisque la Lune sera presque totalement absente durant toute la nuit du 12 au 13 août, le moment du maximum de cette pluie d'étoiles filantes estivale la plus célèbre.



Le maximum d'activité des Perséides aura lieu en toute fin de nuit, le 13 août au petit matin, juste avant l'aube (en fait le vrai maximum aura lieu après le lever du Soleil, mais les étoiles filantes ne seront plus visibles dans un ciel trop clair). Le taux horaire, ce qu'on appelle le ZHR (Zenithal Hourly Rate) devrait se situer entre 70 et 100. Vous aurez donc l'opportunité de voir une étoile filante toutes les minutes environ dans le meilleur des cas. Mais même si ce maximum a lieu en fin de nuit, et si vous ne souhaitez pas faire une nuit blanche dans le noir, vous pouvez voir des étoiles filantes toute la nuit du 12 au 13, avec un nombre croissant tout au long de la nuit (et même les nuits précédentes et suivantes, à un taux réduit en revanche).



Il est d'ailleurs possible, d'après certains astronomes, qu'il y ait une sorte de sursaut d'activité en début de nuit le 12 août, quelques heures après le coucher du Soleil. En effet, les étoiles filantes, rappelons-le, sont des petits grains de poussières de comète qui brûlent dans l'atmosphère de la Terre. Si de telles pluies d'étoiles filantes reviennent tous les ans à la même date, c'est simplement dû au fait que la Terre mette un an pour revenir à la même position autour du Soleil, et que c'est à cet endroit de son orbite qu'il existe une sorte de nuage de poussières produites par la comète 109P/Swift-Tuttle lors de son passage en 1862...
Or la position du nuage se décale légèrement par rapport à la Terre année après année, et nous y rentrons dedans de plus en plus... Et cette rencontre a lieu cette année en début de nuit le 12 août au soir, et on peut déjà prévoir un plus important sursaut d'activité pour 2016, mais n'anticipons pas...

Comment faire pour observer un maximum d'étoiles filantes, que ce soit le 12 août au soir ou le 13 août au petit matin ?
Comme vous l'avez compris, après les conditions météorologiques, l'ennemi numéro 2 est la lumière parasite. Les météores peuvent être très brillants, mais pour la plupart d'entre eux, ils sont assez faiblement lumineux. Il est donc indispensable de n'avoir aucune lumière artificielle à proximité de votre lieu d'observation, que ce soit des lumières d'habitations, de lampadaires, de voitures, etc... pour que votre œil puisse les distinguer. Vous devrez d'ailleurs laisser un peu de temps à vos yeux pour s'habituer à l'obscurité, environ 15 à 30 minutes, puis en réduisant au maximum le recours à une lampe (si nécessaire préférez une lampe rouge ou orange plutôt qu'un écran de téléphone blanc/bleuté, qui nécessitera une nouvelle acclimatation à l'obscurité plus longue)
Pour pouvoir attraper un maximum d'étoiles filantes, la position d'observation compte aussi : il est préférable d'avoir le champ de vue la plus vaste possible sur la voûte céleste. Pour cela, dans une zone dégagée (une plaine plutôt qu'un forêt), je vous recommande non pas seulement une bonne chaise longue, mais carrément de vous allonger au sol. En tous cas, ne restez pas debout ni assis en vous tordant le cou, c'est une mauvaise idée, habillez vous chaudement et allongez vous en position de repos avec pourquoi pas de quoi grignoter et une petite radio (qui ne fait pas de lumière). 
Ne vous focalisez pas trop sur le zénith mais plutôt un peu plus bas autour, disons à une distance d'un tiers entre le zénith et l'horizon en partant du zénith.

N'hésitez pas à observer entre amis en jouant pourquoi pas à celui qui verra un maximum d'étoiles filantes ou de satellites.... Entre deux météores, vous pourrez observer tranquillement les constellations du ciel d'été, et par exemple le grand Triangle de l'été, mais vous verrez en effet probablement passer aussi des satellites, qu'il ne faut pas confondre avec des météores, les satellites ont un éclat constant et se déplacent à vitesse constante relativement lente durant plusieurs secondes, les météores, eux, sont très rapides et parfois très fugaces...

Bonnes observations, bon ciel, ... et meilleurs voeux ! 

vendredi 26 juin 2015

Première observation d'étoiles primordiales (population III)

Il semblerait que des étoiles de la toute première génération, celles-là même qui ont ensemencé les premières galaxies en atomes de carbone et oxygène il y a 13 milliards d’années aient pu être observées directement pour la première fois. Ces étoiles primordiales, dites de population III, sont assez différentes de celles que nous connaissons, puisque non seulement elles ne sont formées que d’hydrogène, d’hélium et d’un tout petit peu de lithium, mais elles sont aussi beaucoup plus massives que des étoiles comme le soleil, et vivent très peu de temps.


Vue d'artiste de la galaxie CR7 et ses étoiles primordiales
(ESO/M Kommesser)
Ces tout premiers specimens d’étoiles sont sensés s’être formés quelques centaines de millions d’années après le big bang, soit il y a environ 13,3 milliards d’années. Et quand on dit qu’elles sont beaucoup plus massives que le Soleil, c’est de l’ordre de 100 fois plus, il s’agit donc de beaux bébés, mais qui de ce fait ne restent en équilibre que quelques millions d’années seulement avant d’exploser en supernova par effondrement sur elles-mêmes, laissant derrière elles un trou noir déjà bien massif, ainsi qu’une enveloppe de gaz éparpillée, contenant de nouveaux éléments chimiques qui seront utilisés pour former une seconde génération d’étoiles. 

Ces étoiles primordiales n’avaient encore jamais pu être observées, on pensait bien pouvoir le faire à l’aide des futurs grands télescopes en cours de conception comme le James Webb Space Telescope (JWST) (prévu pour 2018), mais l’équipe de David Sobral, astronome à l’université de Lisbonne, semble avoir mis le doigt dessus un peu par hasard en exploitant des données du télescope Subaru de 8,2 m situé sur le volcan Mauna Kea à Hawaï. Ce qu’ils ont observé c’est une portion d’une galaxie très lointaine (13 milliards d’années-lumière), qui ne semble composée que d’hydrogène et d’hélium. Le reste de cette galaxie apparaît quant à elle peuplée d’étoiles de deuxième génération, ce qui apporte une étrangeté supplémentaire.

Ce qui rend difficile ce type d’observation est non seulement la distance considérable qui rend la luminosité de ce type de galaxie très faible, avec la lumière UV émise transformée en proche infra-rouge, et d’autre part la courte durée de vie de ces étoiles primordiales, qui rend la probabilité de les voir également très faible. Mais cette galaxie que les astronomes ont nommée Cosmos Redshift 7 (CR7) était assez brillante est sa lumière très particulière : on y voyait dans son spectre des raies de l’hélium ionisé (He II), ce qui suggérait que la température devait y être très élevée, mais avec une telle température, les raies du carbone et de l’oxygène ionisés (C III et O III) auraient dues être elles-aussi bien visibles. Comme les chercheurs ne voyaient pas les raies spectrales de l’oxygène et du carbone, mais que celles de l’hélium, la conclusion était faite.
La chose étonnante qui a été mise en évidence grâce notamment à l’utilisation d’un autre télescope, le télescope spatial Hubble est que CR7 possède une autre zone, majoritaire, où là, tous les signes d’étoiles de deuxième génération sont présents. Les astronomes ne s’attendaient pas à trouver des étoiles de première génération dans une galaxie qui contient déjà de nombreuses étoiles de deuxième génération.

Sobral et ses collaborateurs suggèrent que ces étoiles de population III observées ne sont pas tout à fait primordiales mais auraient pu se former un peu plus tard que la « vraie » première génération, à partir de nuages de gaz primordial qui aurait survécu plus longtemps que la normale, en restant chaud grâce à l’apport d’énergie fourni par des explosions d’étoiles à proximité. Cette explication permet de comprendre pourquoi elles ont pu être trouvées à 13 milliards d’années-lumière seulement par le modeste télescope Subaru. 

Les télescopes de Mauna Kea (le Subaru est à gauche, puis les deux Keck au centre, et le NITF à droite) (Alan L).
Il existe néanmoins d’autres solutions un peu plus exotiques pour expliquer l’émission de l’hélium ionisé observée, comme celle par exemple d’un trou noir supermassif qui se serait formé directement par effondrement d’énormes quantités de gaz, et qui produirait l’échauffement du gaz mimant une émission stellaire. David Sobral évoque déjà l’identification d’autres galaxies similaires, sur lesquelles il souhaite se pencher très vite, probablement avant que le JWST soit en orbite… 


Source:
Evidence for PopIII-like stellar populations in the most luminous Lyman-α emitters at the epoch of re-ionisation: spectroscopic confirmation
David Sobral et al.
Accepté par the Astrophysical Journal

mercredi 24 juin 2015

L'exoplanète qui se prend pour une comète

Quand on parle d'exoplanètes, il ne faut pas être surpris de ce qu'on découvre . Les cas étant par nature extrêmement nombreux et différents les uns des autres, toutes les configurations semblent exister. C'est donc un tout nouveau phénomène qui vient d'être mis en évidence par une équipe d'astronomes suisses et français : une planète de la taille de Neptune qui est en train de perdre des gigantesques quantités de gaz (de l'hydrogène), formant autour d'elle comme une énorme chevelure cométaire.


Vue d'artiste de GJ436b et sa chevelure de gaz
(D.Ehrenreich / V. Bourrier (Université de Genève)
A. Gracia Bern (Universität Bern))
Il s'agit d'une exoplanète nommée GJ 436b, elle a une masse 23 fois plus grande que celle de la Terre et possède une période orbitale autour de son étoile de 3 jours seulement, à une distance de la Terre de seulement 33 années-lumière. GJ 436b est extrêmement proche de son étoile et est de fait très chaude. Les astronomes y ont détecté la présence d'une atmosphère, mais celle-ci est en train de s'échapper dans l'espace, formant une vaste traînée. Il semble que l'étoile proche a chauffé l'atmosphère à un tel niveau que l'hydrogène s'est évaporé, mais le rayonnement stellaire n'est pas suffisant pour souffler tout ce gaz, qui reste alors comme accroché gravitationnellement à GJ 436b, sous la forme d'une traînée.
David Ehrenreich de l'université de Genève et ses collègues publient leur découverte dans la revue Nature cette semaine, et ils y montrent comment ils sont parvenus à détecter cet énorme nuage de gaz par l'absorption de la lumière UV qu'il produit lorsqu'on regarde l'étoile en arrière plan. Ils ont pour cela exploité le télescope spatial Hubble, toujours lui, car étant le seul outil qui permet d'imager de tels objets dans les longueurs d'ondes ultra-violettes. Cette vaste chevelure gazeuse est indétectable en lumière visible...
L’évaporation sur GJ 436b est certes spectaculaire, mais elle ne menacerait pas l'existence de son atmosphère. Les chercheurs estiment que depuis sa naissance il y a plusieurs milliards d'années, GJ 436b aurait perdu seulement 10% de son atmosphère.
En revanche, ce type de mécanisme pourrait  fournir une explication à l'existence de planètes rocheuses en orbite très proche de leur étoile, et qui ne seraient que des résidus de cœurs de planètes anciennement gazeuses, et qui auraient été complètement dépouillées de leur gaz par échauffement/évaporation. 
vue d'artiste de GJ 436b (NASA/ESA)

Les astronomes sont d'ores et déjà enthousiasmés par ce type d'observations et on les comprend car elles pourraient à terme permettre d'analyser plus facilement la composition des atmosphères d'exoplanètes, voire de mettre en évidence la présence d'océans liquides en train de s'évaporer, comme sur des superTerres légèrement plus chaudes que  notre planète en train de subir le même sort... Cette évaporation massive d'hydrogène apporte également un indice sur un phénomène qui a pu avoir lieu sur Terre il y a plusieurs milliards d'années, quand l'hydrogène y était encore très abondant, et qui a disparu depuis...

On sait maintenant que les planètes aussi peuvent prendre l'apparence des comètes. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne faut pas être trop surpris avec les exoplanètes, car nous n'en sommes pas au bout, loin de là...


Référence : 
A giant comet-like cloud of hydrogen escaping the warm Neptune-mass exoplanet GJ 436b
David Ehrenreich et al.
Nature 522, 459–461 (25 June 2015)


samedi 20 juin 2015

La plus petite exoplanète : record battu

En astrophysique comme ailleurs, les records sont faits pour être battus. Et en astrophysique, il existe de nombreuses disciplines : alors que pour les trous noirs, ce sera à celui qui sera le plus gros, pour les galaxies, ce sera à celle qui sera la plus lointaine, et pour les quasars celui qui sera le plus brillant. Pour un pulsar, le gagnant sera celui qui tourne le plus vite et pour une supernova, celle qui sera la plus proche de nous, ou à l'inverse la plus éloignée. Quant aux exoplanètes, à coup sûr, la course se fait à celle qui sera la plus petite! Et le record de l'exoplanète la plus petite vient donc d'être battu...



Vue d'artiste du système de Kepler-138
(Penn State University/SETI Institute)
Cette petite planète tourne autour de l'étoile Kepler-138, qui est une étoile naine rouge tout ce qu'il y a de plus banal, et comme elle en est la plus proche parmi ce système qui en compte au moins 3, elle se dénomme Kepler-138b et a donc été découverte vous l'aurez compris par le télescope Kepler durant sa campagne d'observation entre 2009 et 2013. Elle fait partie des 500 planètes candidates trouvées par Kepler (parmi les 4600 candidates mises en évidence) qui ont une masse inférieure ou égale à la masse de la Terre. Il faut se rappeler que la grande majorité des planètes découvertes par Kepler ont une taille comprise entre 2 et 4 fois celle de notre planète bleue. Kepler-138b a elle un diamètre semblable à celui de Mars, soit à peu près la moitié du diamètre terrestre.

Les détections de transits effectuées par le télescope Kepler permettent d'évaluer le diamètre d'une exoplanète, mais ne donnent aucune indication sur sa masse. Pour évaluer la masse d'une telle exoplanète, on peut par exemple regarder comment varie la vitesse de l'étoile mère dans la ligne de visée en observant le décalage Doppler de ses raies spectrales. Mais pour des planètes très légères, l'effet est bien trop faible pour être détectable, ce qui est le cas dans le système de Kepler-138.
Pour obtenir la valeur de la masse de Kepler-138b, l'astronome américain Daniel Jontof-Hutter et ses collègues, qui publient leurs résultats dans la revue Nature, ont profité de l'existence de deux autres planètes autour de Kepler-138 (Kepler-138c et Kepler-138d) pour utiliser des méthodes exploitant la dynamique des corps. 

Kepler-138c a une période de rotation autour de l'étoile de 13,8 jours et Kepler-138d de 23,1 jours, alors que Kepler-138b fait sa rotation en 10,3 jours seulement. Connaissant la taille de leur diamètre respectif (légèrement supérieur à celui de la Terre pour c et d), et leur temps de transit devant l'étoile, on connaît leur période de rotation. De là, on peut en déduire leur distance à l'étoile. Avec la distance des trois planètes et le ratio de leur période orbitale, les chercheurs peuvent calculer quelles sont les perturbations gravitationnelles qu'une des trois planètes va induire sur les deux autres et qui va générer des variations dans leur période orbitale respective. Cette perturbation dépend bien sûr de la masse des trois corps...
Graphe du rayon en fonction de la masse (relatifs à la Terre)
indiquant les trois exoplanètes de Kepler-138 (en rouge)
(Jontof-Hutter et al/Nature)
Les astrophysiciens qui se transforment parfois en mathématiciens sont donc face à un système de 3 équations non-linéaires à 3 inconnues (les 3 masses), toutes les autres variables étant connues par l'observation.
Ce type de problème inverse peut être résolu par des méthodes numériques grâce à des ordinateurs et c'est donc ce qu'ont fait Jontof-Hutter et ses collaborateurs. 
La masse de Kepler-138b se révèle être vraiment faible, plus faible que celle de Mars : 0,066 fois la masse de la Terre, ce qui permet d'en déduire immédiatement sa densité, de l'ordre de 2,6 g/cm3, soit très proche de la densité Martienne et signant une nature de type rocheuse.
Kepler-138c, elle, a une masse de 1,97 fois la masse de la Terre pour un rayon 20% plus grand, ce qui lui confère une densité de l'ordre de 6,2, assez semblable à la densité terrestre. Et enfin, la troisième, Kepler-138d, a une masse de 0,64 fois la masse de la Terre pour un rayon là encore 20% plus grand, ce qui donne une densité bien plus faible, de l'ordre de 2,1, ce qui fait dire aux astronomes qu'elle doit posséder beaucoup plus d'éléments légers comme de l'hydrogène ou de l'eau.
Il faut tout de même préciser à ce stade que cette mesure de masse indirecte est entachée d'une incertitude assez importante qui est due à la précision sur la mesure des durées de transit, cette incertitude sur la masse et la densité atteint un facteur 2. Mais cette incertitude pourra être réduite dans le futur par de plus nombreuses observations de transits devant Kepler-138.

Les trois planètes du système de Kepler-138, comme de nombreuses exoplanètes trouvées par Kepler, sont très proches de leur étoile, dans des orbites bien plus petites que celle de Mercure, alors qu'il n'existe aucune planète à l'intérieur de l'orbite de Mercure par chez nous. Pourquoi il en est ainsi est encore une grande question en attente de réponse, ce qui sera l'une des raisons d'être des télescopes successeurs de Kepler prévus pour être lancés dans la décennie qui vient (l'américain TESS en 2017, suivi de l'européen PLATO en 2025) et qui amélioreront grandement les performances déjà exceptionnelles atteintes par Kepler, en fournissant en plus de nombreux autres records exoplanétaires.


Source : 
The mass of the Mars-sized exoplanet Kepler-138 b from transit timing
Daniel Jontof-Hutter et al.
Nature, Vol 522 (18 june 2015)

Regardez le ciel ce soir et plongez dans l'espace-temps!

Les nuits les plus courtes ne sont pas les préférées des astronomes amateurs, mais ce soir est propice à l'observation à l’œil nu par tout un chacun, même non astronome, ou sur le point de le devenir. Un rapprochement visuel sympathique a lieu en effet actuellement, il inclut Jupiter, Vénus et le croissant de Lune.



Cela se passe au dessus de l'horizon Ouest/Nord-Ouest environ 1h après le coucher de soleil, c'est à dire vers 22h30 heure française. Vous pourrez voir deux points éclatants, qui sont donc des planètes, Jupiter (la moins brillante des deux, à gauche) et Vénus (la plus éblouissante), toutes deux accompagnées d'un joli croissant de Lune naissant, fermant le triangle.
Il est à noter que ce rapprochement de Jupiter et Vénus ne fait que commencer car dans toute la seconde partie du mois de Juin, elles ne cesseront de se rapprocher de plus en plus jusqu'à atteindre une séparation inférieure à 30'' d'arc le 30 juin, soit moins que le diamètre de la Lune! Le spectacle est à suivre tous les soirs à la même heure dans la même direction ! 



Il est toujours amusant d'associer un peu d'astrophysique à l'astronomie, alors allons-y : la lumière de ces trois objets que vous admirez ici n'est autre que la lumière de l'objet qui vient de se coucher une heure plus tôt, le Soleil. Vous voyez donc toujours des photons du soleil en regardant la Lune, Vénus ou Jupiter. Oui, mais ces photons n'ont pas le même âge... Ils ont quitté la surface du Soleil à des époques différentes, la vitesse de la lumière étant fixe et la distance qui nous sépare de la Lune, de Vénus et de Jupiter étant très différente. 
Faisons le petit calcul : 
La vitesse de la lumière vaut 300 000 km/s (j'arrondis).

Distance Soleil-Lune = 150 millions km
Distance Lune - Terre = 400 000 km
Les photons du croissant de Lune ont donc voyagé 8 minutes et 21 secondes entre la surface du Soleil et votre rétine.

Distance Soleil-Vénus = 108,2 millions km
Distance Vénus-Terre = varie entre 38 millions et 261 millions de km, mais aujourd"hui, elle est de 90 millions de km exactement.
Les photons de l'éclatante Vénus ont donc voyagé 11 minutes tout pile avant de vous éblouir.

Distance Soleil-Jupiter = 780 millions de km
Distance Jupiter-Terre = en date du 20 juin, elle vaut 892,5 millions de km
Les photons solaires que vous voyez sous la forme de Jupiter ont donc voyagés durant pas moins de 1h32 minutes et 55 secondes...

Si vous souhaitez pousser l'expérience amusante un peu plus loin encore dans l'espace-temps, je vous invite à pivoter légèrement de votre position d'observation de ce beau trio pour vous rendre vers l'horizon Sud. Là, en laissant la nuit tomber un peu plus pour une meilleure visibilité, disons en ressortant vers 23h30, vous allez rencontrer la belle Saturne. Elle est facilement trouvable à l'oeil nu car se trouvant non loin d'une étoile très colorée, d'un orange presque rouge qui s'appelle Antarès et qui domine la constellation du Scorpion.



Les photons orangés d'Antarès que vous voyez, eux, ont bien été produits par cette étoile supergéante il y a 620 ans, près d'un siècle avant que Christophe Colomb n'ait découvert l'Amérique, mais ceux de Saturne, sont toujours les photons de notre bon Soleil, couché depuis plus de deux heures maintenant. Refaisons nos calculs : 
Distance Soleil-Saturne = 1497 millions km
Distance Saturne-Terre actuelle = 1362 millions km
Ce qui nous fait une distance totale de 2859 millions km, et donc un voyage de nos photons solaires Saturniens pour parvenir à vos yeux enchantés égal à 2h38 et 50 s.

Comme on le voit, la nuit nous offre en quelque sorte une vision du soleil tel qu'il était à différents instants auparavant, mais simultanément, entre un peu plus de 8 minutes avant et presque 3 heures avant, tout en nous permettant d'observer des jolies planètes, qui se différencient des étoiles d'une part par le fait qu'elles réfléchissent la lumière d'une seule et même étoile, et d'autre part par leurs mouvements propres dans le ciel, visibles d'un jour à l'autre.