Alain Riazuelo raconte les trous noirs, et c'est passionnant...
Astronomie, Astrophysique, Astroparticules, Cosmologie. L'infini se contemple, indéfiniment. ISSN 2272-5768
24/04/12
23/04/12
La Matière Noire manque à l'Appel...
Elle est bien bonne, celle-là!
Des astronomes chiliens de l'ESO menés par Christian Moni-Bidin, ont mesuré les vitesses d'étoiles proches (pas moins d'environ 400) pour étudier si leur mouvement correspondait à la masse visible dans leur entourage, qui est aussi le nôtre car ces étoiles sont justement nos voisines. Et bien que trouvent-ils ? Je vous le donne en mille : les mouvements correspondent tout à fait aux effets liés à la masse visible (étoiles+gaz+poussière)!
13/04/12
Les Rêves d'Eau sur Mars s'évaporent...
Mars a-t-elle vraiment eu de l'eau liquide à sa surface dans le passé ? Cette question récurrente trouve aujourd'hui une nouvelle réponse.
Il faut se rappeler que ce débat a débuté dès le 19ème siècle quand l'astronome italien Giovanni Schiaparelli crut voir des canaux remplis d'eau sur la planète rouge. Mars était-elle une planète humide ? On sait aujourd'hui que ces pseudo canaux n'étaient qu'illusions.
04/04/12
Voyage au Pôle Sud d'un Détecteur de Matière Noire
Vous le savez peut-être, une des méthodes privilégiées pour mettre en évidence la matière noire sous forme
de particules (WIMPs, weakly interacting particles), c'est, d'une part d'en détecter, certes, mais aussi de
détecter ce qu'on appelle une modulation annuelle de leur flux.
de particules (WIMPs, weakly interacting particles), c'est, d'une part d'en détecter, certes, mais aussi de
détecter ce qu'on appelle une modulation annuelle de leur flux.
01/04/12
Photo de Lune
Une petite Lune ce soir...
Canon 1000D + barlowx2, 1/10 s
Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad
29/03/12
Mercure, Planète de Fer !
On vient d'en apprendre un peu plus sur Mercure, cette petite (4878 km de diamètre) planète brûlante par sa proximité du Soleil. Une sonde est actuellement en train de tourner autour, de son petit nom MESSENGER. Et une équipe américaine a utilisé MESSENGER avec une méthode très particulière pour en déduire la nature de l'intérieur de la planète Mercure.
Cette méthode a consisté à suivre le plus précisément possible la trajectoire de la sonde au cours de ses orbites autour de la planète par suivi radio. Pour cela, les grandes oreilles de la NASA ont été déployées (le réseau Deep Space Network (DSN) écoutant ce qui se passe à 8 GHz en direction de Mercure).
![]() |
| Cartographie altimétrique de Mercure (NASA, Science) |
De ces données de positions, les astrophysiciens ont recalculé le champ de gravitation de la planète produisant les mouvements observés. Ainsi, associées à des données connues sur la topologie et la rotation de Mercure, de grandes anomalies gravitationnelles ont pu être mises en évidence dans l'hémisphère Nord de la planète. Smith et al. ont réussi à montrer que la croûte de Mercure était plus épaisse à l'équateur qu'aux pôles par exemple.
Mieux : grâce à ces données, les chercheurs ont mesuré le moment d'inertie de la planète et surtout le rapport du moment d'inertie de la couche solide externe sur celui des couches internes. Ils en déduisent un modèle pour la distribution radiale de la densité de Mercure.
La découverte qu'ils ont faite est que le cœur de fer de Mercure semble bien plus gros que ce qu'on pensait généralement. Il représenterait 85% du rayon. Mercure est presque entièrement une planète de fer !
Ce gros noyau de fer serait en grande partie liquide, avec un cœur probablement solide. Il est entouré par une couche pas très épaisse de sulfure de fer…
Mais MESSENGER possède également à bord ses propres instruments de mesure pour étudier la surface de Mercure, et notamment un laser qui lui permet de mesurer l'altimétrie, c'est-à-dire le relief de la planète. L'hémisphère Nord de Mercure a été cartographié de cette manière et les résultats indiquent que Mercure est finalement très plate.
Son relief est par exemple bien moins accidenté que celui de Mars ou de la Lune. Les chercheurs de l'équipe de Maria Zuber du MIT ont montré que le bassin d'impact Caloris (1500 km de diamètre) a subi une lente élévation et montre une très faible pente quasi linéaire qui s'étend sur près de la moitié de la circonférence de Mercure aux latitudes moyennes…
Ces premiers résultats concernent principalement l'Hémisphère Nord de Mercure. On attend maintenant d'autres données concernant son hémisphère Sud, MESSENGER tourne en effet dans une orbite Nord-Sud depuis un an maintenant et les données affluent chaque jour...
Sources :
Gravity Field and Internal Structure of Mercury from MESSENGER
David E. Smith et al.
Science 21 March 2012
What lies beneath Mercury's surface
Nature 483, 513 (29 March 2012)
Topography of the Northern Hemisphere of Mercury from MESSENGER Laser Altimetry
Maria Zuber et al.
Science 21 March 2012
26/03/12
Système Solaire cherche Aspirateur !!
On le sait peu, notre système solaire est entouré par un
dense nuage de gaz et de poussières. On l’appelle le Nuage Interstellaire Local.
Sa densité est de l’ordre de 0.3 atome d’hydrogène par cm3.
Ce nuage ainsi que d’autres nuages proches du milieu
interstellaire font partie d’une structure plus vaste contenant du gaz chaud et
peu dense : la Bulle Locale. Notre système solaire est situé au bord du Nuage
Interstellaire Local et se déplace en direction d’un autre nuage voisin qui s’appelle
le G-Cloud, que nous pourrions
atteindre dans moins de 10000 ans.
De la poussière interstellaire est incrustée dans le gaz du Nuage
Interstellaire Local, de telle façon qu’ils partagent la même vitesse. La
vitesse et la direction de cette poussière est en fait associée à la vitesse à
laquelle se déplace le Soleil (et donc le système solaire) par rapport à ce
nuage gazeux. Cette poussière en mouvement a pu être mesurée par la sonde Ulysses en 1999 à la vitesse de 26 km/s.
![]() |
| La sonde Ulysses (vue d'artiste, NASA) |
Des astrophysiciens avaient prédit dans les 1970 que la
poussière interstellaire étant chargée électriquement devait évoluer
différemment en fonction de l’activité magnétique du Soleil. C’est ce qu’ont
cherché à mesurer diverses sondes après Ulysses,
comme Galileo, Helios et même Cassini en
route pour Saturne…
Différents modèles de poussière interstellaire ont été
proposés depuis de nombreuses années. Celui qui tient la cotte serait une
poussière formée de grains de silicates de 0.3 microns, pas moins. Des grains
plus petits seraient en quelque sorte filtrés par l’héliopause (la frontière du
système solaire). Des astrophysiciens se sont spécialisés dans l’étude de cette
poussière en produisant des simulations numériques des trajectoires de ces
grains, en leur appliquant les trois forces auxquelles ils sont soumis :
la gravitation du soleil, la pression de radiation venant du soleil également
et les forces de Lorentz, dues à la présence du champ magnétique
interstellaire, agissant sur ces grains chargés électriquement…
Bien sûr d’autres forces existent mais se trouvent tout à
fait négligeables vis-à-vis des trois principales (on peut citer le frottement
de Poynting-Robertson, l’effet Yarkowski, le vent solaire ou la force de
Coulomb).
L’effet de la pression de radiation (répulsive) est
antagoniste à celui de la gravitation du soleil (attractive). Les
astrophysiciens ont ainsi pu montrer que lorsque la pression de radiation est
supérieure à un facteur 1.3 à la gravitation (se rapport dépend de la masse des
grains, donc de leur taille), les grains ne peuvent pas s’approcher du Soleil
plus près que 1 unité astronomique (distance Terre-Soleil).
Or il se trouve que le rapport pression de radiation sur
gravitation reste constant quel que soit l’endroit dans le système solaire (les
deux évoluent inversement avec le carré de la distance), il est donc
caractéristique des grains eux-mêmes (leur taille).
![]() |
| Le Nuage Interstellaire Local (NASA). |
Ce qui a pu être observé en outre, c’est l’effet des cycles
solaires sur les mouvements de ces grains de poussière interstellaire :
pendant les 11 ans d’un cycle solaire où le pôle Nord magnétique se trouve dans
l’hémisphère Sud, les grains sont défléchis vers l’équateur solaire, aux
environs du plan de l’écliptique. C’est la période dite de focalisation, au
cours de laquelle le flux de poussière atteint son maximum à l’écliptique. Mais
11 ans avant (ou après), c'est-à-dire après inversion des pôles magnétiques, ce
flux est réduit par environ un facteur 3, comme a pu l’observer la sonde Ulysses. Les grains se retrouvent alors
non plus dans le plan de l’écliptique, mais concentrés aux très hautes et très
basses latitudes, à environ 10 à 20 unités astronomiques au dessus des pôles du
Soleil…
L’étude fine des mouvements de la poussière au sein du
système solaire permet ainsi de déterminer ses caractéristiques comme le
facteur béta (rapport pression sur gravitation) ou encore leur rapport Q/m (rapport
charge sur masse).
Ou comment déterminer la taille d’une poussière en mesurant
sa vitesse grâce au Soleil !...
source :
Astronomy & Astrophysics 538, A102 (2012)
The flow of interstellar dust into the solar system
V. J. Sterken et al.
The flow of interstellar dust into the solar system
V. J. Sterken et al.
22/03/12
100 Ans de Rayons Cosmiques
2012 est l’année du centenaire de
la découverte des rayons cosmiques par le physicien autrichien Victor Hess. La
découverte de l’existence d’un rayonnement cosmique, particules ionisantes
atteignant la haute atmosphère telle une petite pluie continue, est une
conséquence de la découverte de la radioactivité à la fin du 19ème
siècle par Becquerel et Curie.
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| illustration de rayons cosmiques (NASA) |
Très vite, les physiciens
observèrent que certaines roches pouvaient produire du rayonnement ionisant. Pour
mieux comprendre le phénomène et mieux le cerner, ils entreprirent de placer
des électroscopes (leurs détecteurs de l’époque) dans différents milieux.
Certains en utilisèrent sous terre, d’autre au fond de l’eau, d’autres encore
au sommet des montagnes, et Victor Hess, lui, eut l’idée avec d’autres en 1911 d’aller
voir à très haute altitude ce qu’il pouvait y mesurer, grâce à un ballon
d’hydrogène.
Et Hess découvrit que
l’ionisation commençait par décroitre avec l’altitude, puis se mettait à
augmenter très sensiblement jusqu’à 5300 m d’altitude, son maximum atteignable.
Ce vol eut lieu exactement le 17 avril 1912 au-dessus de l’actuelle République
Tchèque, le jour d’une éclipse partielle de Soleil, dans le but d’observer une
éventuelle variation dans le signal d’ionisation mesuré pour en déduire une
éventuelle origine solaire… Il n’était alors âgé que de 29 ans. Il reçut le
prix Nobel en 1936 pour ces découvertes, seulement deux ans avant de pouvoir
s’enfuir d’Autriche et émigrer aux Etats-unis.
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| Victor Hess dans son ballon en 1911 (Nature) |
Depuis sa découverte, les
recherches sur les rayonnements cosmiques ont évoluées vers des directions que
Hess n’aurait jamais pu imaginer, depuis la découverte de l’antimatière jusqu’à
la datation du carbone14… mais aussi vers la grosse physique des particules.
Bien qu’aujourd’hui les collisions de particules soient étudiées principalement
grâce à des accélérateurs de particules géants comme le LHC au CERN, la seule
fenêtre d’étude des particules les plus énergétiques du monde ne peut se faire
qu’en étudiant les rayons cosmiques. Et l’étude des rayons cosmiques primaires
est une branche à part entière de l’astrophysique, notamment pour l’étude des
phénomènes stellaires violents qui sont à l’origine de l’émission de quantité
de particules énergétiques formant cette pluie qui nous tombe sur la tête…
Mais il faut rendre à César ce
qui lui appartient : le terme de rayons cosmiques (cosmic rays) a été inventé par le physicien américain Robert
Millikan en 1925, plus de dix ans après le célèbre vol de Hess. Un vif débat
agitait alors la communauté des physiciens sur la nature de ces rayonnements,
Millikan jurait qu’il s’agissait de « rayons » comme des rayons
électromagnétiques, alors que de son côté, Arthur Compton avait démontré qu’il
s’agissait de réelles particules chargées, en ayant montré leur déflexion par
le champ magnétique de la Terre. Même si c’est Compton qui avait raison, le terme
de Millikan est resté.
L’étude des rayons cosmiques a
apporté beaucoup de découvertes inattendues. La plus importante d’entre elles
est certainement la découverte par Carl Anderson de l’antiélectron en 1932 en
observant les traces de rayons cosmiques laissées dans une chambre à brouillard
(chambre de Wilson). Ce n’est pas un hasard si le comité Nobel récompensa en
même temps Hess et Anderson seulement quatre ans plus tard.
C'est à un physicien français que l'on doit la découverte de la production de particules secondaires sous forme de grandes gerbes : Pierre Auger, qui partage avec Victor Hess l'honneur d'avoir donné son nom à une expérience de détection de rayons cosmiques.
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| Spectre énergétique et fréquence des rayons cosmiques. |
Dans les années 50, c’est
toujours en étudiant les rayons cosmiques que l’on découvrit tout un zoo de
particules, qui fécondèrent la théorie de la physique des particules telle
qu’on la connait aujourd’hui : hypérons, pions, muons, kaons apparurent…
A partir des années 60, on
commença à pouvoir déterminer la composition des rayons cosmiques primaires
(ceux qui impactent l’atmosphère en créant toutes ces gerbes de particules) et
on put déterminer la présence de noyaux d’atomes plus lourds que les très
abondants hydrogène (protons) et hélium (particule alpha).
On parvient aujourd’hui à connaître
les proportions d’isotopes de noyaux lourds dans le rayonnement cosmique, ce
qui permet d’évaluer approximativement leur provenance, en terme d’objet
(étoile, résidu de supernova, …) et d’environnement. Les physiciens des
astroparticules cherchent à savoir comment de telles particules parviennent à
atteindre des vitesses très proches de la vitesse de la lumière, donc une
énergie cinétique colossale…
Pour fournir un ordre de
grandeur, le rayon cosmique le plus énergétique jamais détecté était une particule
dont l’énergie était celle d’une balle de tennis lancée à 160 km/h !, ce
qui fait une énergie plus de 100 millions de fois plus grande que le plus
énergétique proton accéléré au LHC…
Heureusement pour nous
quand-même, ce type de particules d’ultra haute énergie est très rare. On
estime qu’il en arrive sur Terre que quelques-unes par kilomètre carré par
siècle. Et lorsqu’elles interagissent dans l’atmosphère, elles produisent des
milliards de particules secondaires qui se répartissent à la surface de la
Terre sur des dizaines de kilomètres carrés. En détectant l’arrivée de ces
myriades de particules secondaires et en en mesurant l’énergie et la direction,
les physiciens parviennent ainsi à reconstruire la particule primaire initiale
ainsi que sa direction d’incidence, permettant alors de déterminer sa
provenance astrophysique potentielle (galaxies actives, résidu de SN ou autre).
Bien sûr, nous sommes traversés
en permanence les rayons cosmiques (primaires ou secondaires), et de même que
la radioactivité naturelle des roches qui nous entourent, nous subissons très
légèrement des ionisations de nos cellules, pouvant amener d’éventuelles
lésions, qui font intervenir le hasard le plus total. Mais un point important
qui doit être noté concerne les hommes qui se déplacent au-dessus de
l’atmosphère, les astronautes.
Eux subissent des flux de rayons cosmiques très
importants, à tel point qu’ils dépassent bien souvent tous les seuils
acceptables en termes de dose de radiation lors de séjours
prolongés. L’existence du rayonnement cosmique implique également ce type de
forte contrainte dans le cas de voyages lointains, vers Mars par exemple. Si
cette exploration humaine de Mars n’est toujours pas lancée alors qu’elle nous
était promise depuis bientôt trente ans, il n’est pas impossible que l’impact
dosimétrique des rayons cosmiques sur les organismes n’y soit pas pour rien…
Mais les rayons cosmiques ont
aussi des effets bénéfiques, ou en tous cas utiles, puisque c’est les rayons
cosmiques qui produisent le carbone 14 dans l’atmosphère par réactions
nucléaires sur l’azote. Et ce carbone 14 se retrouve ensuite naturellement
absorbé par les plantes puis dans tout organisme vivant. C’est grâce à cet
isotope « naturel » du carbone que l’on parvient à dater très précisément
tout objet à base de matière organique en comparant la quantité mesurée de Carbone-14
par rapport au Carbone-12. Cette technique a réellement révolutionné l’archéologie au
20ème siècle.
Après 100 années, la recherche
sur les rayons cosmiques est une science mature mais elle peut encore réserver
des surprises de taille. Les rayons cosmiques sont aujourd’hui étudiés à l’aide
de satellites, de ballons, et au niveau du sol sur de très grandes surfaces
dans les déserts africains et sud-américains. Le but est de plus en plus
d’identifier les sources de ces particules ainsi que les conditions physiques
qui leur ont donné naissance, qui se révèlent le plus souvent beaucoup plus
exotiques que ce qu’on pouvait imaginer.
source :
A century of cosmic
rays
Michael Friedlander
Nature 483,400–401 (22 March 2012)
19/03/12
Les Chinois en Tête dans la Course aux Neutrinos !
Les chinois sont
désormais parmi les meilleurs dans la course aux neutrinos. Il n'a fallu
aux physiciens chinois que 55 jours pour produire une mesure très
précise d'un des 5 paramètres fondamentaux régissant
l'oscillation des neutrinos, savoir l'angle de mélange dénommé théta 13.
Jusqu'à présent, on
connaissait relativement bien 4 de ces 5 paramètres, les deux écarts de
masse entre les trois saveurs et deux des trois angles de mélange
(paramètres qui décrivent comment se mélangent les
différents neutrinos). Il restait à mesurer le plus précisément
possible ce dernier théta 13. Plusieurs expériences dans le monde sont
dans la course, que ce soit auprès de réacteurs comme l'expérience
Double Chooz en France ou RENO en Corée du Sud, ou bien
en utilisant des faisceaux de neutrinos comme T2K au Japon, ou MINOS
aux Etats-Unis.
![]() |
| site de la centrale nucléaire de Daya Bay. |
Mais grâce à leurs
détecteurs plusieurs fois plus imposants que ceux de leurs concurrents
(100 tonnes) et un bon flux d'antineutrinos électroniques produit par
six réacteurs de près de 3 GW, les physiciens chinois
de Daya Bay ont pu mesurer l'angle théta 13
avec une bonne précision en moins de deux mois et trouvent une valeur
de 8.8° +- 0.8. Les expériences concurrentes n'avaient jamais pu
atteindre une précision aussi bonne.
Cette mesure consiste à
mesurer le flux d'antineutrinos qui sort des réacteurs nucléaires à deux
ou plus différentes distances. La différence de flux mesurée entre les
deux localisations des détecteurs donne très
directement une valeur de l'angle de mélange recherché.
L'élément clé qui a
permis aux chercheurs chinois de doubler leurs concurrents sur le fil
est sans conteste la taille de leurs détecteurs. Un mois de prise de
données à Daya Bay correspond à 4 mois à Double Chooz,
par exemple. Il se trouve aussi que l'expérience T2K japonaise a dû
être brutalement interrompue le 11 mars 2011 du fait du terrible
tremblement de terre/tsunami. S'il n'avait pas eu lieu, les japonais
auraient atteint aujourd'hui cette même précision.
![]() |
| Détecteurs utilisés à Daya Bay |
La Chine joue désormais
dans la cour des grands en physique des particules. Et c'est un juste
retour des investissements consentis par le gouvernement chinois qui n'a
pas hésité à inciter fortement ces scientifiques
de haut niveau émigrés aux Etats-Unis notamment de revenir travailler
en Chine, en finançant aisément les recherches. L'expérience de Daya Bay
a coûté environ 35 millions de dollars, dont les deux-tiers payés par
la Chine, le restant l'étant par une collaboration
de plusieurs pays (Etat-Unis, Russie, Taiwan, Rép. Tchèque).
Les quatre années qui
viennent à Daya Bay vont être consacrées à mesurer encore avec plus de
précision les paramètres du neutrino. Suite à cette phase, de nouveaux
détecteurs devraient être positionnés à 60 kilomètres
des réacteurs, pour cette fois-ci permettre de déterminer la hiérarchie
des masses des trois neutrinos, qui est encore inconnue aujourd'hui.
Les chinois seront là
encore en concurrence avec les japonais (T2K) et les américains (NoVA),
mais l'expérience acquise et leur détermination semble d'ores et déjà
leur donner des ailes, pour le plus grand bénéfice
de la science...
18/03/12
L'Histoire de la Lune retracée
Très belle animation de la NASA retraçant plusieurs milliards d"années de l'Histoire de notre bonne vieille Lune...
NASA _ Evolution of the Moon par sunshine_i
NASA _ Evolution of the Moon par sunshine_i
16/03/12
NuSTAR, Nouveau Télescope à Rayons X
On avait presque pris l’habitude de
voir que l’astronomie dans l’espace coûtait des petites fortunes qui se
comptaient en milliards de dollars, mais une astronomie en orbite innovante et
de qualité peut aussi être très économe. C’est ce que montre le tout nouveau télescope
à rayons X de la NASA.
Ce nouveau télescope spatial s’appelle
NuSTAR (Nuclear Spectroscopic Telescope Array), et il ne coûte « que »
165 millions de dollars, ce qui est très peu comparé aux diverses sondes
spatiales ou autres télescopes du type Hershel ou Kepler…
![]() |
| Le télescope NuSTAR (NASA/JPL) |
NuSTAR est exclusivement dédié à
l’observation des rayons X dits « durs », c’est-à-dire relativement
énergétiques, qui sont produits principalement en périphérie des trous noirs
supermassifs.
Sa mise en orbite sera
particulière, et c’est aussi ce qui participe au faible coût de revient, puisqu’il
va être embarqué sur une fusée Pégasus lancée depuis un avion porteur.
NuSTAR s’intéressera aux rayons X
ayant une énergie comprise entre 5 keV et 80 keV, c’est-à-dire dans la plage encore
inc
onnue, située exactement entre ce qu’observe le télescope Chandra X-Ray
Observatory et ce que détecte le télescope Fermi (rayons gamma).
![]() |
| La fusée Pegasus larguée depuis son porteur |
Les rayons X durs sont difficiles
à focaliser car ils ont tendance à pénétrer dans la matière plutôt que de ce réfléchir
dessus comme leurs cousins lumineux de plus faible énergie. Du coup, les
scientifiques américains à l’origine de ce projet ont inventé de nouveaux types
de miroir avec de nouveaux matériaux, sous forme de sandwiches de plusieurs
centaines de films métalliques. Chaque couche réfléchit seulement un faible
nombre de photon mais prises ensemble, elles permettent une forte réflexion,
fournissant la meilleure sensibilité jamais atteinte pour ce type de système.
Mais ces rayons X sont si
énergétiques (par rapport à la lumière ordinaire), qu’ils ne peuvent être
réfléchis qu’à des très faibles angles, presque rasants. Les miroirs doivent
alors être construits sous forme de 133 coquilles coniques à l’image de poupées
russes, qui vont conduire les photons X par réflexions successives vers un détecteur situé
au fond du cône.
Des incidences rasantes
signifient aussi la nécessité d’une très longue distance focale. On se rappelle
que le télescope X Chandra avec sa
dizaine de mètres (et ses 2 milliards de dollars) tenait à peine dans le coffre
de la navette spatiale.
Avec une longueur du même type,
NuSTAR doit lui par contre tenir dans la petite fusée Pégase… Les scientifiques
américains ont donc dû innover en imaginant un système replié sur lui-même qui
devra se déployer une fois en orbite, le tout en 26 minutes, un beau challenge,
certes risqué mais l’enjeu financier est très inférieur aux télescopes
antérieurs…
C’est sur les noyaux actifs de
galaxies que va se focaliser NuSTAR. Les noyaux actifs sont les cœurs des
galaxies qui brillent de mille feux, hantés par des trous noirs de plusieurs
millions à plusieurs milliards de masses solaires…
![]() |
| Vue d'artiste d'un AGN. |
Et normalement, grâce à sa grande
sensibilité, le télescope devrait découvrir de nombreux (plusieurs centaines
prévus) nouveaux noyaux actifs de galaxies (AGN). Le but final est de mieux
comprendre comment évoluent ces AGN et quel est leur rôle dans l’évolution des
galaxies qui les abritent.
Les européens sont aussi
intéressés par ce nouveau télescope américain, ils ont décidé d’offrir 10% du
temps d’observation de leur satellite X XMM Newton à des observations
conjointes avec NuSTAR. En observant simultanément les mêmes cœurs de galaxies,
les astrophysiciens espèrent déceler comment tournent les trous noirs géants en
étudiant d’éventuelles distorsions du spectre X émis. La mesure de la rotation
des trous noirs géants peut permettre de mettre en lumière comment ces trous
noirs parviennent à atteindre des masses de plusieurs milliards de soleil, soit
en avalant d’autres trous noirs géants ou bien en absorbant lentement la matière
de leur galaxie-hôte.
Ce nouveau télescope, qui sera
lancé ce mois-ci, se révèle ainsi crucial pour l’ensemble de la communauté
astrophysique, et qui plus est pour un coût tout à fait acceptable.
source : Nature (15 mars 2012)
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