Une équipe internationale de chercheurs a découvert l'émission gamma de la petite galaxie satellite de la Voie Lactée appelée Sagittarius. Elle se trouve à l'intérieur d'une autre zone d'émission gamma bien plus vaste qui s'étend sur 50 000 années-lumière qu'on appelle les Bulles de Fermi. Les chercheurs attribuent cette émission gamma à une grande population de pulsars... L'étude est publiée dans Nature Astronomy.
Astronomie, Astrophysique, Astroparticules, Cosmologie. L'infini se contemple, indéfiniment. ISSN 2272-5768
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07/09/22
Détection de l'émission gamma de la galaxie naine Sagittarius
Une équipe internationale de chercheurs a découvert l'émission gamma de la petite galaxie satellite de la Voie Lactée appelée Sagittarius. Elle se trouve à l'intérieur d'une autre zone d'émission gamma bien plus vaste qui s'étend sur 50 000 années-lumière qu'on appelle les Bulles de Fermi. Les chercheurs attribuent cette émission gamma à une grande population de pulsars... L'étude est publiée dans Nature Astronomy.
10/05/22
L'excès de rayons gamma du centre galactique à nouveau expliqué par une population de pulsars
Une étude venant de paraître propose un modèle qui démontre qu'une grande population de pulsars millisecondes issus du processus de collapse induit par accrétion de naines blanches peut très bien expliquer l'excès de rayons gamma de haute énergie apparemment diffus qui est observé provenant du centre galactique. Cet excès fait débat depuis longtemps, pouvant aussi être expliqué par l'annihilation de particules de matière noire. L'étude est parue dans Nature Astronomy.
26/03/22
Les rayons gamma du Soleil observés ne collent pas au modèle théorique
Une équipe de chercheurs vient de suivre l'émission de rayons gamma du Soleil durant la totalité d'un cycle solaire, entre 2008 et 2020 avec le télescope Fermi-LAT. Il découvrent plusieurs écarts significatifs par rapport au modèle qui avait été développé pour expliquer ce rayonnement gamma à partir de l'interaction de rayons cosmiques. Ils publient leur étude détaillée dans Physical Review D.
06/04/21
Découverte d'une émission gamma diffuse de PeVatrons dans le disque galactique
Il y a un peu plus d'un mois, je vous relatais la détection d'un PeVatron (un accélerateur de rayons cosmiques) dans un résidu de supernova par le détecteur gamma Tibet ASγ. Deux semaines plus tard, c'était dans un cocon d'étoiles qu'un autre PeVatron semblait avoir été découvert par l'expérience HAWK. Aujourd'hui, la collaboration sino-japonaise de Tibet ASγ publie une nouvelle étude, cette fois-ci dans Physical Review Letters, pour annoncer la détection d'une émission diffuse de rayons gamma énergétiques, dans tout le disque galactique, révélant la présence de rayons cosmiques très énergétiques un peu partout dans notre galaxie, et indiquant le présence de nombreux PeVatrons.
01/07/19
Record battu du photon gamma le plus énergétique : 450 TeV
Le record du photon gamma les plus énergétique détecté vient d'être battu grâce au détecteur Tibet AS-gamma : 450 TeV (téra-électronvolts). Ce photon gamma de l'extrême provient d'un pulsar situé au centre d'une nébuleuse très connue : la nébuleuse du Crabe. Une étude à paraître dans Physical Review Letters.
15/06/19
Nouveau catalogue de 186 bouffées de rayons gamma
Les astrophysiciens qui exploitent les données du télescope spatial Fermi-LAT spécialisé dans la détection des rayons gamma, viennent de publier dans The Astrophysical Journal leur deuxième catalogue recensant 10 ans de données avec pas moins de 186 bouffées de rayons gamma (les GRB, Gamma Ray Bursts).
02/04/19
Des positrons pour détecter des fusions d'étoiles à neutrons
Il a beaucoup été question d'antimatière hier à l'occasion de la Nuit de l'Antimatière, un événement organisé par l'Institut National pour la Physique Nucléaire et la Physique des Particules à l'occasion des 80 ans du CNRS. Nous allons donc prolonger ces réjouissances en parlant encore un peu de positrons, les anti-électrons, cette fois-ci associés à la fusion d'étoiles à neutrons...
Quand un positron rencontre un électron, lorsqu'ils ne sont pas animés d'une grande énergie cinétique, il se passe ce qu'il advient lorsque toute particule rencontre son antiparticule : les deux particules disparaissent en se transformant en deux photons. Et l'énergie de ces deux photons d'annihilation du couple électron-positron est très bien déterminée : il s'agit exactement de l'énergie de masse de l'électron (qui est la même que celle du positron bien sûr) : 511 keV. Les deux photons de 511 keV sont émis dos à dos l'un de l'autre.
Or il se trouve qu'une raie gamma de 511 keV est observée en provenance du centre galactique depuis plusieurs dizaines d'années maintenant. Des mesures précises du flux ont été obtenues notamment grâce au satellite INTEGRAL, et donnent une valeur de (0,96 ± 0.07) × 10−3 photons cm−2.s−1. Cette valeur de flux de photons de 511 keV indique que le taux d'annihilation de positrons et d'électrons dans le centre galactique doit être de 1050 par an, ou si on préfère 3,14 1042 par seconde...
Il existe donc une importante source de positrons vers le centre de notre galaxie, mais l'origine de ces positrons est toujours très débattue aujourd'hui. Parmi les sources possibles qui ont été proposées mais jamais complètement validées, on trouve des objets ou phénomènes aussi divers que le rayonnement du disque d'accrétion entourant Sgr A* (dont nous verrons une image mercredi prochain...), des vents de pulsar, des jets de micro-quasars, des bouffées de rayons gamma (GRB), des rayonnements de décroissance radioactive dans la nucléosynthèse des étoiles massives, ou encore des supernovas dans toutes leurs variantes, voire des phénomènes plus exotiques comme l'annihilation de particules de matière noire.
Dans un article qui vient de paraître dans Physical Review Letters, George M. Fuller (University of California) et ses collaborateurs montrent que le flux de photons gamma de 511 keV qui est mesuré peut être complètement expliqué par un nouveau mécanisme : la fusion de deux étoiles à neutrons ou d'une étoile à neutrons avec un trou noir. Les physiciens montrent dans leur étude que ces processus de fusion extrêmes produit une éjection d'une partie de la matière des étoiles à neutrons, une matière riche en neutrons, donc, qui est échauffée par les processus nucléaires jusqu'à des températures équivalent à une énergie de plusieurs centaines de keV. Un tel échauffement induit naturellement la création de paires électron-positron, et une bonne partie des positrons peut s'échapper des couches externes de l'éjecta.
Les chercheurs calculent qu'au vu du nombre de fusions d'étoiles à neutrons qui doivent avoir lieu (estimé à partir des premiers résultats de LIGO, une valeur comprise entre 0,01 et 100 par million d'année), le flux de photons de 511 keV résultant (sa valeur minimale) correspond très bien au flux effectivement mesuré.
A partir de là, George Fuller et ses collègues proposent d'utiliser la raie gamma à 511 keV en provenance du centre des galaxies, pour justement en déduire la quantité de fusions d'étoiles à neutrons ou d'étoiles à neutrons/trous noirs qui y ont lieu.
Une émission de 511 keV a justement été récemment observée par IINTEGRAL en provenance de la galaxie naine Reticulum II. Cette émission gamma serait cohérente avec un événement rare de fusion de deux étoiles à neutrons, suivant le processus proposé par les physiciens américains.
Et les fusions d'étoiles à neutrons sont attendues non seulement dans la région centrale des galaxies mais aussi dans les amas globulaires. Les deux amas globulaires les plus proches de nous (NGC 6121 et NGC 6397 tous deux à 7500 années-lumière environ) pourraient ainsi servir de cibles de choix pour la détection de positrons de fusion via leurs photons de 511 keV, en plus d'autres signaux multimessagers...
Source
Positrons and 511 keV Radiation as Tracers of Recent Binary Neutron Star Mergers
George M. Fuller, Alexander Kusenko, David Radice, and Volodymyr Takhistov
Phys. Rev. Lett. 122, 121101 (29 March 2019)
Illustrations
1) Vue d'artiste de la fusion de deux étoiles à neutrons (LIGO)
2) Diagramme de Feynman de l'annihilation d'un positron et d'un électron en deux photons
3) Calculs des distributions de densité, température et fraction d'électrons 10 ms après la fusion de deux étoiles à neutrons (Fuller et al.)
12/02/19
Andromède : Pulsars Millisecondes et Excès de Rayons Gamma
Le télescope spatial Fermi-LAT, dédié à la détection des rayons gamma, a observé depuis sa mise en service il y a 10 ans un excès d'émission gamma diffuse en provenance du centre de notre Galaxie ainsi que de celui de la galaxie d'Andromède. Ces excès peuvent être attribués selon les spécialistes à deux phénomènes qui sont difficilement distinguables : la présence d'une grande population de pulsars millisecondes, ou bien l'annihilation de particules de matière noire. Une réanalyse des données enregistrées sur Andromède conduit aujourd'hui une équipe d'astrophysiciens à montrer que les pulsars millisecondes ne peuvent pas être seuls responsables de ces photons gamma...
06/07/18
Des rayons cosmiques en provenance de la monstrueuse Eta Carinae
Selon des nouvelles données obtenues avec le télescope spatial NuSTAR, l'étoile binaire ultramassive Eta Carinae accélère des particules jusqu'à des hautes énergies, se révélant ainsi être une nouvelle source de rayons cosmiques pouvant arriver au niveau de la Terre située à seulement 7500 années-lumière de distance.
14/04/18
H.E.S.S fournit la cartographie la plus complète du ciel gamma
La collaboration H.E.S.S fête ses 15 ans de prises de données sur les sources gamma de notre galaxie. C'est l'occasion pour les chercheurs de publier de nombreux résultats dans un numéro spécial de Astronomy&Astrophysics, concernant le relevé des sources du plan galactique, des études sur des nébuleuses de vent de pulsar et autres résidus de supernovas, ainsi que des recherches d'objets d'un nouveau genre encore jamais vus en rayons gamma de haute énergie comme ce qu'on appelle des microquasars, ou encore des chocs produits par des étoiles en mouvement rapide...
02/03/18
Détection du premier pulsar milliseconde sans pulsation radio
Einstein@Home est un projet de science collaborative dans laquelle les personnes intéressées offrent du temps de calcul de leur ordinateur personnel pour faire des analyses de données astrophysiques. Ce programme vient de permettre la découverte du premier pulsar milliseconde qui n'émet aucun signal radio pulsé, mais des rayons gamma pulsés.
23/01/18
Une origine commune pour rayons cosmiques, rayons gamma et neutrinos ultra-énergétiques
L'origine des rayons cosmiques les plus énergétiques, ainsi que des rayons gamma et des neutrinos ultra-énergétiques reste aujourd'hui mal cernée. Mais une astrophysicienne chinoise et son collègue japonais, tous deux en postdoc aux Etats-Unis, viennent de trouver un modèle global qui relie ces trois types de particules extrêmes avec les trous noirs supermassifs de noyaux actifs de galaxies situés au centre d'amas denses.
03/10/16
Détection de la première binaire gamma extragalactique
Le télescope spatial Fermi vient de débusquer la première binaire gamma située dans une autre galaxie que la nôtre. C'est de plus la binaire gamma la plus lumineuse jamais observée. Ce couple nommé LMC P3 contient une étoile massive et une étoile à neutrons qui interagissent entre elles pour produire une pulsation de rayons gamma.
18/09/16
L'astrophysique des particules suisse s'envole en Chine
Le 15 septembre dernier s'est envolé le
laboratoire spatial chinois Tiangong
2, un des modules qui formera la future station spatiale chinoise. Parmi les 14 expériences diverses qu'il emporte se trouve un détecteur
de rayons gamma, POLAR,
qui va étudier durant 2 ans les bouffées de rayons gamma énergétiques, les GRB, qui sont issus des
phénomènes les plus violents de l'Univers.
24/04/16
HAWC fournit une nouvelle carte du ciel en rayons gamma
L’observatoire gamma High Altitude Water Cherenkov (HAWC) a débuté ses opérations à l'été 2013 (voir ici). Cet observatoire qui a pour objectif d’étudier l’origine des rayons cosmiques et des rayons gamma ultra énergétiques vient de rendre publique la semaine dernière sa première carte du ciel gamma couvrant 2/3 du ciel. On y découvre de nouvelles sources d'émission gamma ainsi que des zones déjà connues mais avec plus de détails.
Cet observatoire utilise une technique de détection unique. Il s’agit d’une série de 300 grosses cuves remplies d’eau pure de 5 mètres de haut pour un diamètre de 7,3 mètres (soit 180 000 litres). HAWC est installé au Mexique, sur les pentes d’un volcan, le Sierra Negra, à une altitude de 4100 m, dans l’état du Puebla. Cet observatoire est exploité par une équipe de 120 chercheurs mexicains et américains.
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| Carte du ciel gamma par HAWC (HAWC Collaboration) |
Les rayons gamma très énergétiques, en frappant la haute atmosphère, produisent des particules secondaires elles aussi très énergétiques et donc très rapides, que HAWC peut capturer au niveau du sol, qui est déjà situé à plus de 4000 m altitude, pour en perdre le moins possible lors de leur descente dans les profondeurs de l’atmosphère. HAWC peut ainsi être sensible à des particules dont l’énergie se situe entre 100 GeV et 100 TeV.
C'est environ 20 000 particules chargées secondaires par seconde que HAWC parvient à détecter. Le photon gamma le plus énergétique détecté (indirectement) avait une énergie de 60 TeV (60 000 milliards d'électron-volts).
Les rayons gamma de très haute énergie que HAWC traque, grâce à son champ de vision énorme qui lui permet de voir les 2/3 du ciel en 24 heures, viennent principalement des phénomènes les plus violents de l’Univers : collisions d’étoiles à neutrons, explosions de supernovae, trous noirs supermassifs, …
Grâce à la combinaison subtile des signaux Cherenkov des différents sous-éléments de l’ensemble, les astrophysiciens parviennent à déterminer à la fois le temps d’arrivée, l’énergie incidente et la direction d’origine du rayon gamma (ou du rayon cosmique) initial ayant produit la gerbe de particules secondaires, pour pouvoir construire une carte précise des sources de rayonnement.
La très bonne résolution angulaire sur la direction d'origine des rayons gamma détectée est obtenue par HAWC grâce à la mesure simultanée des particules secondaires dans les différentes cuves instrumentées. La direction initiale peut être reconstruite très précisément en utilisant les différences de temps d'arrivée des particules d'une cuve à l'autre, qui se comptent en nanosecondes. Et HAWC fonctionne en continu 24h/24 chaque jour de l'année.
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| La source gamma TeV J1930+188 imagée par HAWC (HAWC collaboration) |
Cette carte qu'a présenté Brenda Dingus (Los Alamos National Laboratory) lors de la rencontre de l'American Physical Society qui s'est tenue à Salt Lake City le 18 avril dernier, intègre toutes les données collectées depuis mars 2015 et la mise en route de HAWC à pleine capacité avec la totalité de ses cuves. On y voit notamment les très nombreuses sources gamma de notre galaxie avec de grands détails, pour certaines d'entre elles encore jamais aperçues auparavant (par exemple dans la région riche de la constellation du Cygne). 40 sources distinctes ont été trouvées dont 10 étaient inconnues auparavant, et qui sont actuellement activement investiguées pour savoir si un objet vu dans d'autres longueurs d'ondes peut y correspondre.
Deux d'entre elles ont déjà pu être associées à un résidu de supernova (un pulsar) pour la première et à un autre pulsar connu pour la seconde, situé à 26000 années-lumière.
Toujours dans la région de la Voie Lactée, une source gamma avait par exemple été identifiée il y a plusieurs années, appelée TeV J1930+188, et HAWC montre aujourd'hui que cette source n'est pas une source unique mais se trouve être composée de trois sources très proches les unes des autres. Cette zone est donc bien plus complexe qu'imaginé auparavant.
HAWC est également capable de détecter les rayons gamma venant de bien plus loin que notre propre galaxie, comme le centre de galaxies éloignées où s'active un trou noir supermassif. Et il y a juste quelques jours, au début du mois d'avril, HAWC a surpris une telle source produisant une soudaine "éruption" dans la galaxie Markarian 501. Alors qu'il n'y avait rien de particulier le 5 avril, les chercheurs ont eu la surprise de voir une intense source gamma apparaître le 6 avril, puis disparaître presque totalement le 8 avril.
Les autres télescopes gamma ne peuvent qu'observer une portion restreinte du ciel et ont donc beaucoup plus de difficultés à pouvoir capturer ce type d'éruptions gamma. HAWC pourra évaluer la fréquence de ces événements transitoires dans les années qui viennent. Les chercheurs qui exploitent HAWC espèrent surtout pouvoir observer un tel flash gamma (ou plusieurs) en provenance du trou noir de notre galaxie, Sgr A*.
HAWC est prévu pour poursuivre ses acquisitions de données au moins dans les cinq années qui viennent, permettant d'atteindre des énergies de photons gamma toujours plus élevées. Avec la mise en commun de ses cartes détaillées et des résultats d'autres télescopes gamma, les chercheurs espèrent étendre leur compréhension des processus les plus violents de l'Univers.
Source :
04/02/16
Rayons gamma en excès au centre de la Galaxie : la solution pulsars semble se confirmer.
L’excès de rayons gamma de haute énergie en provenance du centre galactique provient probablement de pulsars millisecondes et non de l’annihilation de matière noire comme on pouvait le croire. C’est la conclusion de deux nouvelles analyses par deux équipes indépendantes publiées aujourd’hui dans le même numéro de la revue Physical Review Letters.
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| Carte du ciel gamma produite par Fermi-LAT et résultats des deux analyses statistiques sur les sources du centre galactique. (Université d'Amsterdam) |
C’est en 2009 que fut observé par le satellite Fermi-LAT un excès de photons gamma d’environ 2 GeV dans la direction du centre de la Galaxie. Ce signal inattendu a depuis été la source de nombreuses spéculations et hypothèses, les deux restantes en lice étant des rayons gammas, produits directs ou indirects de l’annihilation de particules massives de matière noire, ou bien des rayons gamma produits par des étoiles à neutrons en rotation rapide (des pulsars millisecondes). D’autres hypothèses faisaient jouer un rôle au trou noir supermassif Sgr A* ou bien à une zone de formation d’étoiles dans les nuages moléculaires du centre galactique.
Mais ce que montrent ces deux nouvelles analyses, la première dirigée par Christoph Weniger (Université d’Amsterdam) et la seconde par Samuel Lee (Princeton) c'est que l'émission gamma observée proviendrait de sources ponctuelles, non résolues, certes, mais bien ponctuelles. Or, si les rayons gamma étaient issus d'annihilations de particules de matière noire, ils devraient provenir d'une vaste région et apparaître sous une forme diffuse, représentative de la distribution de la matière noire.
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| Localisation des sources gamma ponctuelles dans l'étude de Bartels et al. (Phys Rev Lett. 116, (2016)) |
Ces très forts indices de sources ponctuelles laissent penser que les meilleurs candidats pour les expliquer sont des objets astrophysique, et notamment des pulsars millisecondes. Samuel Lee estime leur nombre à au moins 400.
Les pulsars millisecondes sont des résidus d'étoiles ayant explosé il y plusieurs milliards d'années, il s'agit d'étoiles à neutron qui tournent sur elles-mêmes de l'ordre de 1000 fois par seconde, ayant une masse d'environ 1,5 masses solaires pour un rayon de quelques kilomètres seulement. Les pulsars millisecondes sont parmi les objets les plus extrêmes de la Galaxie. Ils émettent essentiellement des ondes radio de manière périodique liée à la période de leur rotation, Mais de nombreux pulsars produisent également des rayons gamma dans leur environnement proche via les interactions de particules chargées qui'ils induisent par leur champs magnétiques extrêmes.
Il se pourrait ainsi que quelques milliers de pulsars millisecondes se cachent au cœur de la Voie Lactée, jusqu'alors non détectés par nos instruments non suffisamment sensibles pour les résoudre.
Dans leurs analyses respectives, les deux équipes ont utilisé des techniques statistiques différentes et parviennent à la même conclusion, ce qui rend le résultat d'autant plus robuste.
Des futurs radiotélescopes performants comme le Square Kilometer Array seront à même de détecter dans la décennie qui vient si des milliers de pulsars sont bien présents au centre de la Galaxie. Si c'est le cas, cela nous fournira un éclairage important sur l'histoire de la Voie Lactée et contraindra très fortement les modèles de matière noire. Dans le cas contraire, il faudra imaginer l'existence d'autres sources astrophysiques produisant des rayons gamma... à moins que la matière noire soit quand-même bien là mais se comporte bizarrement pour s'annihiler, en s'agglutinant dans des objets compacts... On ne peut encore rien exclure complètement.
Sources :
Richard Bartels et al.
Strong support for the millisecond pulsar origin of the Galactic center GeV excess
Phys. Rev. Lett. 116, 051102 (February 4, 2016)
Samuel K. Lee et al.
Evidence for Unresolved Gamma-Ray Point Sources in the Inner Galaxy’
Phys. Rev. Lett. 116, 051103 (February 4, 2016)
16/07/15
Intense émission de rayonnement gamma en provenance d'un blazar il y a 1 mois
Entre le 14 et le 18 juin dernier, vous, moi, nous tous, avons été bombardés par une intense source de rayons gamma éloignée de 5 milliards d'années-lumière. C'était la source de rayons gamma la plus intense jamais observée depuis que nous possédons des instruments pouvant les mesurer.
Cette pluie de rayons gamma de haute énergie est venue d'une galaxie active déjà connue : 3C 279. Les chercheurs ont pu avoir le temps d'étudier la source pendant qu'elle était encore brillante, son intensité a augmenté brutalement le 14 juin, pour atteindre son maximum le 16 puis a décru lentement pour disparaître tout à fait le 18 juin.
Il aura fallu à peine un mois aux astrophysiciens pour qu'ils trouvent une explication à cette brutale émission de rayonnement gamma. 3C 279 est une galaxie active, c'est à dire que son trou noir supermassif est en train de grossir en avalant de la matière. Se faisant, le disque d'accrétion de la matière qui lui tourne autour s'échauffe à des températures extrêmes et produit des rayons X. Mais un tel trou noir supermassif entouré par un disque de matière émet également des jets de matière le long de son axe de rotation de part et d'autre de ses pôles. Et ces jets de matière projetés à des vitesses relativistes sont le lieu idéal pour la production et la montée en énergie de photons gamma.
3C 279 est ce qu'on appelle un quasar, une galaxie très brillante. Mais c'est aussi ce qu'on appelle un blazar. Un blazar est un quasar qui est extrêmement lumineux. Les chercheurs ont maintenant compris que galaxie à noyau actif, quasar et blazar étaient en fait la même chose. La seule différence entre ces trois variantes est juste l'angle de vue sous lequel on voit le noyau de la galaxie active.
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| Le ciel en rayons gamma imagé par Fermi-LAT entre le 11 juin et le 17 juin 2015, énergie comprise entre 100 MeV et 100 GeV (projection stéréographique) (NASA/DOE/Fermi-LAT) |
Alors qu'un "noyau actif", caractérisé par une forte luminosité dans le visible et en radio correspond à la galaxie vue de 3/4, le quasar, caractérisé par une forte émission X, serait la galaxie vue par la tranche, et enfin, le blazar, plus rare et caractérisé par une énorme luminosité variable et des bouffées de rayons gamma, serait la galaxie vue exactement dans l'axe de rotation du trou noir (et de la galaxie). L'émission du blazar n'est donc rien d'autre que le jet de matière et de rayonnement du trou noir supermassif, et c'est ce que nous avons reçu sur la tête durant 4 jours à la mi-juin.
C'est le satellite italien AGILE qui le premier a détecté l'éruption gamma, très vite suivi par le télescope Fermi-LAT de la NASA. Puis le télescope Swift à continué la poursuite pendant que le satellite européen INTEGRAL se mettait en branle pour lui aussi prendre de précieuses données sur cette éruption surpuissante. Puis ce fut le tour de télescopes terrestres de se joindre à cette fête qu'il ne fallait manquer sous aucun prétexte.
Le photon gamma le plus énergétique détecté au cours de ces 4 jours avait une énergie de près de 52 GeV (c'est 4 fois plus que l'énergie maximale produite au LHC pour donner un ordre de grandeur). L'éruption gamma de 3C 279 a eu une intensité 4 fois plus grande que l'intensité gamma du pulsar de Vela, qui est pourtant la source gamma permanente la plus intense observée (et située à 1000 années-lumière, soit 5 millions de fois plus près de nous que 3C 279...).
En fait 3C 279 n'en est pas à son coup d'essai. Il était déjà connu des spécialistes, car il détenait déjà un petit record : celui de la source gamma la plus intense et lointaine détectée. C'était en 1991 et un télescope gamma (Compton Gamma Ray Observatory) venait tout juste d'être lancé par la NASA. La détection eut lieu miraculeusement quelques jours seulement après la mise en service du télescope et put être suivie durant une dizaine de jours.
Les astronomes pensent qu'un changement brutal dans le jet du trou noir de 3C 279 a dû être à l'origine de cette éruption gamma impressionnante du mois dernier, mais ils n'ont encore aucune idée de ce qui a pu le provoquer. Les données recueillies par nos meilleurs télescopes et détecteurs sont bien plus fournies qu'en 1991 et devraient donner aux astrophysiciens pas mal de travail dans les semaines et mois qui viennent. La zone du ciel où se situe 3C 279 va désormais être surveillée comme le lait sur le feu...
Source :
communiqué NASA
11/05/13
GRB 130427A : La Bouffée de Rayons Gamma de tous les Records
En décembre 2011, je vous racontais l'histoire d'une bouffée de rayons gamma hors normes par sa durée de 28 minutes, le fameux GRB (Gamma Ray Burst) de Noël découvert un an plus tôt (lire ici). Aujourd'hui, c'est un tout autre et tout nouveau GRB qui fait l'actualité astrophysique. Ce dernier est dénommé GRB 130427A. Ce qu'a d'extraordinaire cette bouffée de rayons gamma détectée par le satellite Fermi-LAT et située dans la constellation du Lion, c'est son énergie extrême, battant le précédent record d'un facteur 3, ainsi que sa durée, jamais vue...
C'est le 27 avril dernier qu'à eu lieu le phénomène. Un GRB (ou bouffée de rayons gamma) est un phénomène astrophysique dit transitoire, qui ne dure que quelques instants, de quelques secondes à quelques minutes pour les plus longs. Ces brusques émissions de rayons gamma le plus souvent très énergétiques sont estimées être produites lors des événements les plus violents de l'Univers: la création de trous noirs lors de l'effondrement d'étoiles en fin de vie.
Lorsqu'un trou noir se forme, de jets de matière sont projetés à vitesse ultra-relativiste de part et d'autre des pôles de l'astre noir. Ce sont ces jets de matière, d'après les meilleurs modèles en vigueur chez les astrophysiciens, qui vont à la fois produire des photons gamma d'énergie de l'ordre du GeV et aussi leur donner un coup d'accélérateur en leur fournissant une énergie cinétique supplémentaire.
Il suffit ensuite que la Terre se trouve dans l'axe d'émission des jets pour être au premier rang pour observer les rayons gamma les plus énergétiques possibles...
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| Ciel gamma enregistré par Fermi avant et après GRB 130427A (NASA/DOE/Fermi-LAT collaboration) |
C'est très probablement ce qui s'est passé le 27 avril dernier avec GRB 130427A. Le satellite Fermi-LAT qui traque les sources de rayons gamma dans tout le ciel était pointé vers la bonne direction au moment crucial. Il a pu mesurer des photons ayant une énergie maximale de 94 GeV, ce qui est absolument considérable pour un photon. L'image ci-dessus qu'a fourni la NASA, gestionnaire du satellite Fermi, donne un aperçu du ciel en gamma (énergie supérieure à 100 MeV) juste avant le burst et juste après son début.
Car non seulement cette bouffée de rayons gamma est la plus énergétique enregistrée à ce jour, mais elle est également celle de plus longue durée : plusieurs heures! Elle a duré si longtemps que l'alerte lancée par Fermi-LAT a pu être exploitée à temps par l'autre chasseur de gamma en orbite, le satellite Swift (celui-là même qui avait trouvé le GRB de Noël en 2010). Swift a ainsi eu le temps d'observer confortablement le burst et de le localiser assez précisément, mieux que ce que peut faire Fermi-LAT.
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| Évolution de l'émission gamma entre 100 Mev et 100 GeV vue par Fermi-LAT entre 4 minutes avant le début du burst et 14 heures après (NASA/DOE/Fermi-LAT collaboration) |
L'évolution temporelle du sursaut gamma a été très bien enregistrée par Fermi-LAT : après un pic initial très court d'environ une seconde, il y eu un calme relatif de 15 secondes pendant lesquelles ne fut détectée qu'une émission à basse énergie assez variable. Puis ensuite, la bouffée se réintensifia fortement en l'espace de quelques minutes puis resta extrêmement intense durant près de 14 heures...
Une durée aussi longue était du pain béni pour tout astrophysicien, on s'en doute. A partir de la localisation donnée par Swift, de nombreux télescopes terrestres ont pu être pointés dans la direction, pendant que les satellites en orbite enregistraient toujours leurs rayons gamma. Une contrepartie en lumière visible, infra-rouge et aussi en ondes radio ont ainsi pu être observées.
Une équipe américaine avait même détecté optiquement l'apparition d'un nouvel objet indépendamment, sans connaître l'alerte gamma de Fermi et Swift, en exploitant le Catalina Real-Time Transient Survey, dédié à la recherche de phénomènes transitoires.
Les observateurs ont alors appris très vite quelle était la distance de l'objet : 3,6 milliards d'années-lumière, ce qui est relativement proche pour un GRB.
Généralement, dans le cas d'un GRB proche, les astronomes parviennent à détecter la supernova initiatrice dans les deux semaines qui suivent la bouffée. C'est dire si les yeux sont braqués vers le Lion en ce moment dans les grands observatoires de l'hémisphère Nord...
A partir des coordonnées fournies par les divers instruments, une recherche dans les grands catalogues comme le Sloan Digital Sky Survey, indique la présence d'une galaxie presque coïncidente avec cette position : une galaxie très faible nommée SDSS J113232.84+274155.4 de magnitude 21,26 et qui se retrouve maintenant sous l’œil attentif de toute une communauté...
Sources :
- Communiqué de la NASA NASA's Fermi, Swift See 'Shockingly Bright' Burst (03 mai 13)
- An untriggered optical detection of GRB 130427A
Drake, A.J. et al.
The Astronomer's Telegram (4 May 2013)
20/01/13
Fermi, Nouveau Télescope Dédié à la Matière Noire ?
Le télescope gamma Fermi-LAT est actuellement le meilleur instrument que nous avons en orbite pour étudier les phénomènes les plus violents de l'Univers, qui émettent des rayons gamma de haute et très haute énergie (plusieurs dizaines voire centaines de GeV). Il permet notamment d'étudier les pulsars, les noyaux actifs de galaxies, les sursauts gamma attribués à des trous noirs par exemple, et toutes sortes d'objets plus ou moins exotiques produisant des rayonnements très énergétiques.
Il y a un pu plus d'un an, des données brutes de Fermi-LAT avaient été rendues publiques et mises à disposition de la communauté scientifique. Quelques équipes d'astrophysiciens et de physiciens des astroparticules s'en étaient emparé et, à la stupeur générale, certains d'entre eux avaient annoncé avoir trouvé une raie monoénergétique à 130 GeV provenant spécifiquement du centre galactique, dans le fouilli des spectres gamma collectés... (voir Rayons gamma de 130 GeV, un signe de matière noire ?).
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| Vue d'artiste de Fermi (SLAC) |
Trouver des photons gamma en nombre possédant une énergie très bien définie (tous la même) n'est pas anodin, puisqu'il implique une origine très particulière (sic!) pour ces photons, à savoir un phénomène d'annihilation de particules avec leurs antiparticules. Et sans aller par quatre chemins, une telle énergie d'annihilation, qui plus est en provenance du centre galactique, là où la concentration de matière et de matière noire est la plus importante, fait tout de suite penser à l'annihilation de WIMPs, et donc à la découverte indirecte de la présence de matière noire et la détermination de leur masse... Pas anodin, disais-je.
Sauf que les équipes ayant trouvé ces signes de gammas à 130 GeV ont travaillé sur des données brutes, sans avoir la connaissance de tous les paramètres d'acquisition des données par Fermi-LAT, qui étaient en possession de l'équipe américaine de Fermi seule (elle n'a pas tout fourni, et c'est presque de bonne guerre). L'analyse des données par l'équipe de Fermi était donc très attendue et est finalement arrivée fin 2012, pour conclure qu'ils ne pouvaient pas affirmer voir un excès de signal à 130 GeV... (voir Pas de WIMPs pour Fermi-LAT).
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| Sources gamma cataloguées par fermi-LAT (Fermi Collaboration/NASA) |
Fin de l'histoire ? Il semblerait que non. En effet, les astrophysiciens exploitant le satellite Fermi, dont la mission devrait s'arrêter à l'été 2013, viennent de lancer un appel à la communauté pour trouver de nouvelles stratégies d'exploitation du télescope pour explorer spécifiquement les traces indirecte de matière noire sous forme de rayons gamma... En un mot : changer la mission initiale de Fermi. C'est Julie McEnery, Project Scientist de Fermi à la NASA qui explique qu'une des motivations pour modifier la mission de Fermi est justement ces traces de gamma à 130 GeV du centre galactique...
Lorsque Julie McEnery dit :"Si nous parvenons à montrer l'existence de matière noire au centre de la galaxie, ce sera LE résultat du télescope Fermi", on comprend bien où semble être la priorité du moment, elle en oublierait presque toutes les prouesses déjà effectuées par Fermi-LAT dans les trois dernières années : production d'un catalogue très fourni de sources gamma et de de pulsars, découverte de zones d'émission gamma étonnantes de part et d'autre de notre galaxie (voir Les Bulles de Fermi), évaluation du nombre total d'étoiles dans l'Univers (voir Fermi mesure le nombre total d'étoiles), mesure d'excès d'antimatière (voir Trop de positrons dans le rayonnement cosmique), sans compter la découverte très récente du premier pulsar binaire millisecondes détecté via ses photons gamma (voir Le premier pulsar binaire millisecondes découvert par ses pulses gamma)...
Malgré leur premier résultat négatif sur la raie à 130 GeV, les scientifiques de la collaboration Fermi-LAT restent donc visiblement très ouverts sur ce type de recherche. Il faut dire que Fermi-LAT n'était pas prévu au départ pour rechercher spécifiquement des sources monoénergétiques en direction du centre galactique, là où il y a beaucoup de monde au balcon...
Il est donc très intéressant de modifier la stratégie scientifique de ce superbe outil à 6 mois de sa fin de mission officielle, sachant qu'il pourrait fonctionner encore dix ans au bas mot...
La Matière Noire serait-elle plus "bankable" que les sursauts gamma ?
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