10/11/11

Lune photodobsoniée

Voilà, j'ai craqué, je me suis dit que quand même, même si le Dobson de base n'était pas conçu pour la photo, on pouvait quand même essayer.
Bon la bague T2 + l'adaptateur ne coûtent que 39 €.... Alors, oui, j'ai craqué... je me suis risqué à ce qu'on appelle l'astrophotographie.

Bien sûr, on ne peut pas trop se risquer sur des objets de faible luminosité pour faire les poses les plus courtes possibles, étant donné le mouvement apparent de notre bon ciel, mais voilà ce que donne une pose de 1/250 s sur notre bonne vieille Lune, avec le Canon 1000D au foyer, derrière une barlow x2, soit une focale équivalente de 2400 mm :








Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

06/11/11

Nostalgie de la Lumière

Si votre cinéma le plus proche est de qualité, il se peut qu'il projette ce beau film, où le passé Chilien est interrogé à la lumière des télescopes qui en sont une si belle vitrine, à la recherche d'un passé introuvable...
A voir absolument. Voici la bande annonce :



NOSTALGIE DE LA LUMIÈRE : BANDE-ANNONCE VOST

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

05/11/11

Eris : Une soeur jumelle pour Pluton

Voilà qu'on en sait plus sur cette planète naine qui navigue aux confins de notre système, la dénommée Eris. Elle a pu être caractérisée très précisément grâce à son passage devant une étoile lointaine, une occultation.
Cet événement a été observé fin 2010 par des télescopes de l'ESO (European Southern Observatory), parmi lesquels le télescope Belgo-suisse TRAPPIST qui est installé à l'Observatoire de La Silla.

Concernant sa taille, Eris est presque une jumelle parfaite de Pluton, puisque son diamètre a été évalué à 2326 +- 12 km. C'est une très bonne précision, bien meilleure que celle avec laquelle on connaît Pluton (2350 +- 50 km), qui est elle plus difficile à estimer du fait de l'existence d'une atmosphère qui "floute" le profil de lumière lors d'une occultation.

Point d'atmosphère visiblement sur Eris, mais en revanche sa surface est très réfléchissante, avec ce qu'on appelle un albedo de 0.96 (96% de la lumière est réfléchie à sa surface), ce qui fait de Eris l'un des objets les plus réflechissants de notre système solaire, après Encélade, le satellite glacé de Saturne...

D'où vient ce fort albedo ? Pour le savoir, le spectre d'absorption a été étudié et il a été montré la présence d'azote et de méthane; on serait alors en présence d'une surface de glace à deux saveurs, toutes deux  d'un blanc magnifique : azote/méthane, hummm....
En revanche, point de batailles de boules de neige en perspectives sur Eris... cette couche de glaces ne ferait que moins de 1 mm d'épaisseur à la surface de l'astre.

Vue d'artiste de Eris (ESO)
Il semblerait que cette couche de glace puisse résulter simplement de la condensation sous forme de givre d'une atmosphère d'azote et de méthane lorsqu'Eris s'éloigne du soleil sur son orbite très allongée.
Ce qui veut dire aussi que quand Eris est au plus près de notre bonne étoile, à environ 5.7 milliards de kilomètres tout de même, excusez du peu, la couche de glace pourrait se sublimer (redevenir du gaz), et Eris devenir très sombre...

Ce n'est pas tout, on les chercheurs exploitant TRAPPIST ont également pu estimer la température de surface de Eris (du moins la surface éclairée faisant face au soleil), et celle-ci vaut 33 K, soit -238°C. A gla gla.... et c'est beaucoup plus froid de l'autre côté (côté dans l'obscurité).

Dernière caractéristique qui a pu être calculée précisément sur Eris, sa densité ! Et pour calculer ça, il faut connaître sa masse et son volume et diviser l'un par l'autre. Le volume est connu grâce au diamètre mesuré. Reste la masse. Il se trouve que Eris possède un petit satellite, qui se prénomme Dysnomia.
Il suffit de mesurer le mouvement de Dysnomnia autour de Eris pour calculer sa masse. Et elle vaut 1,66 x 1022 kg - ce qui est seulement égal à 22% de la masse de la Lune - !...

La densité de Eris a donc été estimée à 2.53 (pour info la Lune est plus dense, 3.33, ce qui explique en partie la différence de masse).

Avec la valeur de densité, on en déduit des hypothèses quant à la nature interne de Eris, qui est probablement rocheux, avec une petite couche de glace, donc...


sources : ESO, Nature



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01/11/11

John L. Dobson, astronome des trottoirs...

« Mon Dobson ». « Dobby ». Combien de fois ai-je prononcé ces mots pour parler de ce cher télescope qui me plaît tant. Dobson. On devrait dire Newton puisque ce n’est pas pas un Cassegrain ou un Ritchey-Chrétien. Mais non. On dit « Dobson ». Du nom de l’inventeur de cette monture si particulière, si peu onéreuse, qui permet de si grand diamètres…
Il est tout de même remarquable de nommer un instrument non par sa formule optique mais par son type de système mécanique, ou plutôt par celui qui l’a inventé… Nous viendrait-il à l’idée d’appeler un 114/900 un « équatorial » ? Et bien nous, heureux possesseurs de Dobsons 10’’, 12’’ voire 18’’ ou plus - la diamètrite est une maladie dobsonienne incurable - , l’appelons ainsi, et non pas « alt azimutal »…
Mais que sait-on de cet homme dont nombre d’astronomes amateurs passionnés que nous sommes citent le nom sans forcément le connaître ? Cet homme qui vient de fêter son 96ème anniversaire en septembre dernier ?
Né en Chine, John Dobson est arrivé à San Francisco à l’âge de 12 ans en 1927. Il obtint un diplôme de Chimie en 1943.
Il se tourne vers la philosophie Hindoue en 1944 et rejoint un monastère de l’ordre Ramakrishna pour y être moine durant 23 ans. Rien que ces quelques éléments biographiques font de cet homme quelqu'un d’intéressant, hors norme pourrait-on dire... Dobson construisit sa première lunette en 1956, à partir d’éléments de récupération, et d'une lentille de 2’’ (51 mm), désireux de découvrir par lui-même l’Univers… et put alors observer Saturne, à la manière d’un certain Galilée...

John Dobson en 2002, photo Alan J Wylie, en.wikipedia 
Fasciné par ce qu’il arrivait à voir dans son oculaire de fortune, il entreprit alors de voir plus grand et de tailler et polir un miroir, son premier miroir, à partir d’un hublot de 12’’ récupéré sur un bateau réformé de la Navy. En observant la lune avec ce télescope, les premiers mots qu’il prononça furent : « tout le monde doit voir ça ! », et c’est ce qui le mut dorénavant.
Très vite sa passion pour l’astronomie et la construction de télescopes fut contrariée par son activité monastique, si bien que son activité télescopique devint clandestine. Il fabriquait des miroirs sous le manteau, se faisant livrer par des amis dans son monastère de Sacramento toujours plus de  hublots cachés dans des caisses d’engrais, ainsi que le matériel de polissage nécessaire. Il est amusant de savoir que dans ses correspondances épistolaires, notre John ne pouvait pas utiliser le mot « télescope » ou « miroir », qu’il remplaça donc par tout un arsenal de codes, un « télescope » devint donc un « géranium ».  Un « géranium en pot » la variante pour un télescope muni de son rocker et un « géranium en fleurs » un télescope dont le miroir a été aluminisé... Il en arriva même à devoir s’échapper du monastère la nuit pour aider des amis au polissage de miroirs.
L’astronomie sortit finalement vainqueur de ce combat inégal et John Dobson fut viré de son monastère en 1967. Il avait alors 52 ans, et une nouvelle vie commençait pour lui.
Il fit alors de sa passion pour les télescopes son métier en devenant enseignant. C’est avec deux élèves qu’il fonda dès 1968 l’organisation des San Fransisco Sidewalk Astronomers qui se mit à installer des gros télescopes au carrefour de Jackson Street et Broderick Street dans la ville du Golden Gate Bridge. Leur premier instrument de trottoir était un 10.5’’ fait de planches de contreplaqué et d’un hublot poli, qui fut décoré de couleurs chatoyantes jaune et rose et fut surnommé la Girafe Psychédélique, tout un programme (San Fransisco 6 mois après le Summer of Love était encore en ébullition…).

L’organisation grossit très vite, son but était simple et attachant : donner à voir le ciel au plus grand nombre et encourager la curiosité. En 1970, ils possédaient déjà un 24’’ tout à fait transportable…
Cette association à but non lucratif et d’utilité publique, toujours existante et active dans plusieurs pays,  a  toujours aujourd’hui pour objectif de populariser et démocratiser la découverte du ciel.
La méthode était simple et déjà usitée dans les années 30 aux Etats-Unis : installer un ou plusieurs télescopes en pleine ville à la tombée de la nuit sur les lieux les plus fréquentés et offrir ainsi aux passants sur le trottoir l’opportunité de découvrir la Lune, des planètes ou des étoiles brillantes (on est en ville rappelons-le).

Et savez-vous comment Monsieur Dobson appela ses télescopes de rue ? Pas des Dobson, - ou des Dobsonians comme outre-atlantique - , non ! simplement des Sidewalk Telescopes ! Des télescopes de trottoir, et oui…. nos Dobsons ne sont que des télescopes de trottoir !
La philopsophie sous-jacente au mouvement des SF Sidewalk Astronomers est réellement attachante, car ses objectifs sont si simples : permettre au plus grand nombre de découvrir l’Univers, que ce soit en accédant à des observations organisées, ou bien et surtout en pouvant construire le plus facilement possible son propre instrument et observer par soi-même les beautés du ciel.
Ces astronomes bricoleurs n’organisent effectivement pas que des observations un peu sauvages aux carrefours des grandes villes, mais aussi des star parties plus éloignées de la pollution lumineuse , dans des parcs naturels comme Yellowstone, auxquelles est invité - gratuitement bien sûr -  le grand public.
Mais la plus grande action de John Dobson et de son association est bien évidemment la promotion de la construction de télescopes de trottoir réellement faciles à fabriquer, et pour le coût le plus faible possible. Depuis 1968, il n’a eu de cesse de parcourir d’abord les Etats-Unis, puis le monde entier, de colloques en rencontres de clubs et associations d’astronomes pour expliquer inlassablement comment fabriquer ses télescopes de grand diamètre dédiés à l’observation visuelle.
Dobson a toujours refusé de breveter son concept (difficilement brevetable de toute façon) ou encore de déposer son nom en marque commerciale (facilement faisable en revanche, mais je ne parle pas du mot « trottoir » là !).

Ce que l’on sait peut-être moins sur John Dobson, c’est qu’il profitait et profite encore de sa notoriété grandissante dans le monde des astronomes en culotte courte pour proposer sa vision de la cosmologie, très marginale vis-à-vis du paradigme actuel, influencée par la philosophie hindoue, défendant vigoureusement une vision anti-Big-Bang, comme par exemple un univers sans début ni fin, et fustigeant parfois la communauté des astrophysiciens professionnels pour leur manque d’imagination dans leur volonté de toujours conserver un modèle dit « standard » d’un Univers en expansion créé à partir de rien en étant contraints de lui appliquer une multitude de rustines théoriques pour sauver ce modèle-passoire troué de toute part par de la matière noire par ci, de l’énergie noire par là, et autres inflations inflationnaires… 
Dobson propose une vision d’un Univers à la fois en expansion mais dans un état stationnaire, en perpétuel renouvellement dans lequel la matière se recycle, tout en suivant rigoureusement les lois de la relativité générale et les principes de la mécanique quantique.
L’iconoclaste John Dobson est sans conteste un homme qui aura marqué durablement les 50 dernières années dans la communauté des astronomes amateurs et également au delà pour la popularisation de l’astronomie en général, en démontrant qu’elle pouvait être accessible à tous.
Qu’attendons-nous pour renouer chez nous avec la belle idée initiale de John Dobson ? Pourquoi ne pas installer de temps en temps nos rockers et nos tubes sur les trottoirs de nos villes à la nuit tombante ? Et pourquoi ne pas militer pour que toutes nos écoles, collèges ou lycées (où l’enseignement de l’astronomie est cruellement absent!), à former des ateliers de construction de télescopes à la méthode Dobson ? 

Imaginez ne serait-ce qu'un seul 10’’ dans chaque école du pays, certainement le rêve d’un certain John Dobson…


Pour vraiment saisir ce qu'est la sidewalk astronomy, regardez cette petite vidéo dans laquelle J. Dobson et quelques accolytes arranguent les passants de San Fransisco (A sidewalk astronomer, Bullfrog Films) :



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28/10/11

Les cycles solaires

Comme c'est journée nuages gris aujourd'hui dans notre beau Luberon, on se réchauffe un peu en regardant des petits films bien foutus, comme celui-ci expliquant le fonctionnement du soleil (oui, parce que le fonctionnement des nuages, non merci).

Message rassurant à la fin de ce spot très pédagogique de la NASA...: il n'y aurait pas de conséquence de la faiblesse du cycle prochain, même pas la possibilité d'un retour d'un minimum de Maunder ?


credit : Nasa

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22/10/11

Des neutrinos stériles pour révolutionner physique et cosmologie ?

Après l'annonce fracassante sur la mise en évidence de neutrinos supraluminiques par l'expérience OPERA (qui s'est révélée être due à une erreur expérimentale), on se penche vers ces leptons pas banals que sont les neutrinos... Et saviez-vous qu'avant la mise en évidence d'une vitesse bizarre, les neutrinos avaient déjà montré une anomalie totalement incomprise ?

Cette anomalie s'appelle dans le jargon l'"Anomalie des Neutrinos de Réacteur" (ANR). Qu'est ce que c'est ? Et bien il se trouve que tous les réacteurs nucléaires de production d’électricité ou de recherche produisent dans leur cœur une quantité phénoménale de neutrinos (ou plutôt d'antineutrinos, mais ça ne change rien à notre histoire) . Ils sont émis au cours de la décroissance radioactive des produits de fission issus de la fission nucléaire de l'uranium 235 ou du plutonium 239.
La décroissance béta transforme un noyau radioactif en un noyau différent (encore radioactif ou bien stable) par l'émission d'un électron (rayonnement béta) accompagné d'un antineutrino électronique.
Ces antineutrinos interagissent très faiblement avec la matière qui les entoure et peuvent donc sortir allègrement des centrales nucléaires, a contrario - heureusement- des autres rayonnements (alpha, béta, gamma ou neutronique).
Rassurez-vous tout de suite, ces neutrinos ou antineutrinos n'ont aucun effet néfaste pour nous, puisqu'ils nous traversent totalement sans laisser la moindre énergie dans nos cellules.
En revanche, on arrive à construire des détecteurs qui permettent de les arrêter et donc de les détecter et de les compter....
Et c'est là que le bât blesse. Lorsque l'on dénombre les antineutrinos qui arrivent à proximité (quelques dizaines de mètres) des réacteurs - la manip a été effectuée sur une dizaine d'installations nucléaires - , et bien le nombre auquel on s'attend à partir de nos modèles physiques prenant tout en compte, ne correspond pas au nombre mesuré!
Il en manque. Environ 6%. Et on ne comprend pas pourquoi on observe ce résultat systématiquement sur des centrales aussi différentes que des centrales russes, françaises, américaines, ...
Alors on se met à échafauder des nouvelles théories, puisque ces neutrinos semblent vraiment devant être à l'origine d'une nouvelle physique...
Il faut se rappeler également que les neutrinos sont les deuxièmes particules les plus abondantes dans l'Univers, juste après les photons.
Vous avez bien lu : on ne connaît presque rien sur les particules les plus abondantes dans l'Univers (visible) après les photons. Et là on ne parle pas de matière noire... Mais attendez! Y'a peut-être bien un lien...
Détecteurs de l'expérience DoubleChooz, à la recherche des oscillations manquantes des neutrinos
Quelle est l'une des solutions avancées pour résoudre cette Anomalie des Neutrinos de Réacteurs ? Et bien comme on le sait, il existe dans le modèle standard actuel de la physique des particules 3 types de neutrinos (et leur anti associé) : le neutrino électronique, le neutrino muonique et le neutrino tauique. Ces trois leptons interagissent chacun à leur manière par interaction électrofaible avec les leptons. Bien. Et on sait également qu'il existe un phénomène d'oscillation qui permet à ces 3 neutrinos de se transformer en l'une des deux autres saveur : un neutrino e peut se transformer en neutrino mu avec une certaine probabilité puis redevenir un neutrino e par exemple.
Cette oscillation "classique" désormais même si découverte il y a moins de 15 ans, ne permet pas d'expliquer l'ANR. En revanche... en revanche... si on invente un quatrième neutrino, qui aurait la subtile caractéristique de n'interagir avec strictement rien, mais pourraient osciller avec les trois autres neutrinos  en se transformant avec lui, alors là... tout devient possible et pourrait résoudre l'ANR. Ce nouveau type de neutrino s'appelle le neutrino stérile. Stérile parce que ne produisant aucune interaction avec la matière.

Mais il y a un petit abus de langage quand on dit "aucune interaction", et c'est là que ça devient fort intéressant cosmologiquement parlant... parce que ce neutrino stérile, comme ces confrères non-stériles, aurait une petite masse. Oh, peut-être seulement 1 électron-volt, ce n'est pas grand chose, mais, ça ne vous dit rien une particule très abondante dans l'Univers, qui n'interagit avec rien, mais qui produit des effets gravitationnels par sa masse ? Une matière bien noire...
Rencontre de chercheurs au Kavli Institute for Cosmological Physics (KICP) à Chicago.

Mais revenons à notre Anomalie des neutrinos de réacteur et à cette hypothèse de 4ème sorte de neutrinos. Une récente étude [2] a montré qu'en fait, une seule famille de neutrinos stériles ne suffisait pas a expliquer l'ensemble du phénomène observé sur toutes les centrales depuis des dizaines d'années, il en faudrait en fait 2 ! Soit 3 neutrinos "normaux" et 2 neutrinos stériles.

Et ce n'est pas tout ! Quoi ? Et bien l'ajout de 2 neutrinos stériles dans le modèle de la physique des particules a en plus un impact énorme sur plein de domaines en permettant d'expliquer nombre de questions restant en suspend !
En effet, l'existence de ces 2 neutrinos stériles autorise ce qu'on appelle la violation de la symétrie CP (Charge-Parité) pour les leptons - c'est la symétrie qui fait que particules et antiparticules agissent comme des miroirs les unes pour les autres - ou bien autorise l'existence d'une différence entre oscillation des neutrinos et oscillation des antineutrinos... C'est énorme.
Une telle violation de CP peut ainsi aider à expliquer un truc mal compris en astrophysique stellaire (plus exactement en nucléosynthèse), ce qu'on appelle le "processus-r", dans lequel les éléments lourds sont produits dans les étoiles par réactions nucléaires de capture de neutrons rapides (id est très énergétiques). Elle permet aussi d'expliquer un autre phénomène mal saisi qui est la production d'éléments lourds au cours de bursts de neutrinos lors des explosions de supernovae.

Cerise sur le gâteau, la violation de CP pour les leptons peut permettre d'expliquer pourquoi l'Univers est dominé par la matière et non par l'antimatière!... Cette problématique est aujourd'hui encore totalement incomprise, ce serait effectivement énorme.

Au vu de toutes ces implications merveilleuses à la fois pour la physique des particules, la physique nucléaire, l'astrophysique et la cosmologie, on peut rêver à une mise en évidence expérimentale de ces neutrinos stériles, à côté de laquelle la découverte du boson de Higgs tant médiatisée ne vaut pas tripette...

Mais ne nous affolons pas, car il reste tout de même quelques problèmes de cohérence malheureusement... Kopp et al. indiquent que la somme des masses des 5 neutrinos proposés devrait être d'environ 1.7 eV, or, d'après le modèle cosmologique en vigueur, cette masse neutrinoique ne devrait pas excéder de 0.7 à 1.5 eV, sinon quoi l'Univers ne ressemblerait pas à ce que nous pouvons voir toutes les nuits...C'est un peu embêtant.

Il ne reste donc plus qu'à essayer de prouver leur existence expérimentalement, et c'est ce que vont faire (ou continuer à faire) plusieurs équipes de chercheurs à travers le monde dans les années à venir, par exemple à l'aide d'expériences exploitant des sources radioactives, des réacteurs nucléaires, des accélérateurs ou même la détection des neutrinos venant de l'atmosphère comme l'expérience IceCube située au Pôle Sud.

Par moments j'ai vraiment l'impression de vivre une époque formidable...


Bibliographie : 
  • [1] Louis W.C., Nature 478, 328–329 (20 October 2011)
  • [2] Kopp, J., Maltoni, M. & Schwetz, T. Phys. Rev. Lett. 107, 091801 (2011)
  • [3] Mention, G. et al. Phys. Rev. D 83, 073006 (2011)

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19/10/11

Le Canard et la science...(des neutrinos dans les plumes)

 Le 28 septembre dernier, j'ai eu la stupéfaction de lire un article en dernière page du Canard Enchaîné absolument stupéfiant (sic)... car bourré d'erreurs quand ce n'étaient pas des grossières approximations... Je vous glisse ici l'objet de ma stupeur :



Bien évidemment, dès la fin de ma lecture, je me précipitai sur mon clavier pour réagir auprès de la rédaction dudit volatile, en ces termes choisis :

Sat, 01 Oct 2011 21:09:34 +0200
De : Dr Eric SIMON <dr.eric.simon@xxxxxxxxx>
Pour : redaction@lecanardenchaine.fr
Sujet : Pan sur le bec à particules !

 Bonsoir,

Quelle surprise a été la mienne en tombant sur cet article "Six kilomètres de trop!" en page 8 de mon Canard du 28 septembre!...
Presque tout y est faux...
A commencer par le titre, puisque la découverte relatée concerne un dépassement de la vitesse de la lumière de 6 kilomètres par seconde (et non une distance de 6 kilomètres).

Ensuite, la particule concernée : par trois fois dans cet article est mentionné le "neutron". Il ne s'agit bien évidemment pas du neutron mais du neutrino, particule dont la seule ressemblance avec le neutron est son nom, mais qui n'a rien d'autre à voir... Je pouvais croire à une coquille, mais répétée trois fois, la probabilité de coquille devient infinitésimale...

Vous citez ensuite une réaction d'un des frère Bogdanov dans la presse. Etes vous au courant que cet individu n'est en rien un scientifique renommé du domaine (et même un scientifique tout court) ? Alors que nombreux furent les commentaires de physiciens des particules du CNRS, du CEA, du CERN ou des Universités dans les jours qui ont suivi l'annonce de la collaboration OPERA et que vous auriez pu citer...

Pour finir, vous évoquez l'infiniment petit si mystérieux avec "ses trois forces et ses douze particules (comme le boson de Higgs(...))", une simple vérification sur la plus accessible des encyclopédies en ligne vous aurait montré que les particules élémentaires ne sont pas uniquement formées de 12 fermions (quarks et leptons) mais aussi de 5 bosons (qui sont les vecteurs des forces) et qui sont aussi importants, voire plus; famille dont fait partie le fameux hypothétique boson de Higgs que vous citez...
Pour conclure, le lien entre la recherche de nouvelles particules au CERN et l'"existence d'autres univers" est tout à fait hasardeuse, même si un univers sans Sarkozy semble plus que probable à court terme...

Ce qui m'a le plus choqué en lisant cet article dont il se trouve que je connais le sujet sur le bout des doigts, c'est de me dire que sur d'autres sujets, vos articles peuvent apporter autant d'approximations ou d'erreur, ce qui écorne la confiance que je peux vous faire.

Bien cordialement,

Dr Eric SIMON, "agité de la particule"

Trois semaines plus tard, j'attends toujours non seulement la publication d'un petit "pan sur le bec" du meilleur effet, mais aussi une simple réponse de la rédaction, qui ne vient pas...
On pourra toujours dire que la science n'est pas le domaine de prédilection du journal satirique, mais alors l'abstention peut être une bonne solution face à l'ignorance...


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17/10/11

L'oeil du monstre

Ce que vous voyez là, ce n'est pas un champ de cartons à pizzas, ni un arrangement bizarre de freesbees géants, ni non plus une piste de patin à glace sur herbe... Non, ce que vous voyez là est une maquette du plus grand miroir de téléscope du Monde!

C'est au siège de l'European Southern Observatory (ESO) dans la plaine verdoyante de Bavière qu'a été dévoilé le 15 octobre dernier cette maquette, pour montrer au public venu découvrir l'ESO lors de ses portes ouvertes, le monstre que sera le cœur, ou plutôt l’œil de l'E-ELT (European Extremely Large Telescope).

 credit : ESO

L'E-ELT sera le plus grand télescope optique et infra-rouge avec ce miroir de 39.3 m de diamètre, construit à partir d'environ 1000 segments hexagonaux de 1.4 m de large. Il pourra capturer 15 fois plus de lumière que les plus grands télescopes actuels, soit plus que la somme de tous les télescopes de plus de 8 m actuels pris ensemble, ou encore 100 millions de fois plus que votre oeil...

Le début de construction serait planifié pour 2012 pour une mise en service vers 2020... Il sera implanté dans les Andes Chiliennes sur le Mont Cerro Armazones dans la région de Antofagasta. Il fera officiellement partie de l'Observatoire de Paranal, qui comporte déjà le VLT (Very Large Telescope), situé sur le Cerro Paranal à 20 km du Cerro Armazones.

l'EELT à gauche, le VLT au centre, comparés à l'Arc de Triomphe Parisien...
credit : ESO

Ce miroir de 978 m² permettra de taquiner les plus gros challenges scientifiques comme par exemple la recherche de planètes extra-solaires, des exo-Terres situés dans des zones "habitables", la recherche en archéologie stellaire dans les galaxies proches, mais aussi des contributions majeures en cosmologie par la mesure des propriétés des premières étoiles et galaxies, très lointaines, ainsi que bien sûr la recherche sur la matière noire et l'énergie noire, et à coup sûr des phénomènes totalement nouveaux et imprévus...


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16/10/11

Première photo de Jupiter au Dobson !

Photo acrobatique de Jupiter, accompagnée de Io. Acrobatique, car l'appareil photo collé à l'oculaire du Dobson, je vous laisse imaginer la difficulté... (ou la folie, c'est selon...).

J'ai utilisé une focale de 55 mm, un F/10 et 1/8 s de pose, l'objectif collé derrière mon Nagler 13mm+Barlow x2 (Canon sur son trépied), soit un grossissement de 180X et voilà la chose ... j’essaierai de recommencer, mais c'est pas vraiment idoine, il faut le reconnaître...



Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

15/10/11

Voir la matière noire avec des lentilles...

Cette magnifique image du télescope spatial Hubble (encore lui!) montre l'amas de galaxies MACS J1206. Les amas de galaxies de ce type ont une masse énorme, et leur gravité est suffisamment imposante pour courber la trajectoire de la lumière visible, un peu comme le ferait une lentille optique.

Ces amas-lentille comme on les appelle sont des outils très utiles pour l'étude des objets très éloignés, parce que ce comportement de lentille gravitationnelle amplifie la lumière provenant de galaxies lointaines situées en arrière plan de l'amas. Ils contribuent également à de nombreuses études en cosmologie observationnelle, car les images de galaxies incurvées encapsulent des informations sur les propriétés de l'espace-temps et l'expansion de l'Univers.


Les galaxies très déformées que l'on peut voir ici permettent de calculer la masse nécessaire pour cette déformation de l'espace-temps, et cette masse ne correspond pas du tout à ce que l'on peut voir en diverses longueurs d'onde dans l'amas-lentille. Il s'agit d'une preuve observationnelle de la présence massive de matière noire (mais sans préjuger de la nature de cette matière noire).

Cet amas est l'un des 25 amas devant être étudiés dans le cadre du projet CLASH (Cluster Lensing and Supernova survey with Hubble), un projet d'envergure ayant pour but de construire une bibliothèque de données scientifiques sur les amas-lentille.


Credit: NASA, ESA, the CLASH Team

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14/10/11

Quatre satellites en flagrant délit

Jupiter se rapproche dangeureusement de la Lune, mais est-ce un danger ? Ou bien est-ce une occasion de plus pour nous d'admirer les mouvements planétaires...

Photo composite prise jeudi 13 octobre à Pertuis, EOS1000D, 250 mm, 1 s pour Jupiter et 1/1000 s pour Lune, F/10, iso 400, composition avec ImageJ.


En regardant de très très près, on peut apercevoir trois des quatre plus gros satellites de Jupiter : Europe, Io et Callisto... Ce qui fait donc quatre satellites sur ce cliché.


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

08/10/11

En attendant les Draconides invisibles...

                                 Canon EOS1000D, F/D 3.5; 30 s

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

06/10/11

Délirant, la nébuleuse du Crabe émet des pulses gamma de très haute énergie !


On connait bien cet objet un peu mythique qu'est la nébuleuse du Crabe et qui provient d'une explosion d'étoile (supernova) qui a pu être observée et rapportée en 1054 par les astronomes chinois...
On savait qu'en son coeur résidait le résidu de l'étoile morte, un pulsar, étoile à neutrons tournant à très grande vitesse sur elle-même en émettant des pulses en fréquence radio (à la fréquence de rotation), mais une équipe a eu l'idée saugrenue d'aller regarder l’émission gamma de cet objet...

                                         credit photo : NASA, Astronomy mag.

Et surprise ! Alors qu'on ne s'y attendait pas du tout, le pulsar du Crabe émet des rayons gamma en pulsation également !  Et pas des petits gammas de rien du tout, non non, des rayons gammas de très très haute énergie : 120 GeV et plus....
 
                                              Credit : Science

Une explication avancée serait un effet de diffusion Compton inverse, c'est à dire une accélération des photons (déjà d'énergie assez importante) par des collisions élastiques d'électrons accélérés eux mêmes très fortement dans le champ magnétique crée par le pulsar en rotation.

Autant dire que le modèle des pulsars actuel est lui aussi à revoir, comme de nombreux modèles physiques et astro ses temps ci...

Les chercheurs ont utilisé le télescope VERITAS (Very Energetic Radiation Imaging Telescope Array System) pour détecter ces rayons gamma très énergétiques. VERITAS est un réseau de télescopes captant la lumière Cerenkov produite dans l'atmosphère par des particules très énergétiques.

Source : Science

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

03/10/11

Randonnée automnale

Les conditions atmosphériques étaient enchanteresses samedi soir, à 21h, aucun scintillement distinguable, nuages définitivement absents, même de haute altitude... Et ce croissant qui se couche vers 21h30.... Dobby allait donc retrouver sa garrigue préférée.
Arrivée vers 22h sur place, je voyais facilement Asterope dans les Pléiades (mag 5.75) et j'ai réussi à compter 12 étoiles dans le carré de Pégase, ce qui situe la magnitude visible limite à au moins 5.95, plutôt un bon score... Le vent est nul, la température sympathique (environ 15°), et la turbulence très faible.

C'est donc avec un certain entrain que je parfis ma collimation sous une voie lactée éblouissante dès l'arrivée sur site.

J'ai un programme assez chargé, j'ignore si j'aurais le courage de le parcourir en entier, je passe la première heure à faire des essais de photos du ciel au reflex, histoire de m'entraîner un peu pour les Draconides du 8 octobre (on en reparlera sûrement). Je suis assez content du résultat. Mais je vois qu'il est impossible de dépasser 20 secondes de pose sous peine de bouger stellaire... c'est pas beaucoup... même ouvert à 3.5, on n'a pas le temps de capter tous les photons que l'on souhaiterait... Mazette.

Le voyage de ce soir doit nous conduire de Hercule jusqu'à Cassiopée, via le Cygne et Pégase.

Les Pléiades accompagnant Jupiter sur l'horizon Est en début de nuit (Canon EOS 1000D, pose 20 s).

Nous débutons donc notre rando dobsonienne par deux amas globulaires classiques de Hercule, M92 et M13, cousins germains, tous deux à la beauté fracassante, montrant des milliers d'étoiles et une densité étourdissante. M13 au Nagler 13 est sans concurrence, même si M92 se montre bien combatif également. J'aime ces globuleux, ces petites galaxies comme je me complais à les appeler... On reste un instant dans Hercule pour aller chercher alpha Her, de son petit nom Ras Algethi. Cette étoile est une double très  très jolie, aux teintes albireoesques, c'est à dire jaune et bleu. Mais beaucoup plus serrée que son modèle. Il faut passer le 5 mm (x240) pour bien séparer les deux composantes.

On passe maintenant à la constellation voisine, un peu plus vers le sud, la Lyre. Nous allons regarder une étoile singulière, il s'agit de T Lyr, que l'on peut reconnaître très facilement dans le champ stellaire malgré son faible éclat, puisqu'elle est rouge comme une brique de maison cht'i, si si, vraiment. Il paraîtrait qu'elle a un indice de couleur B-V de +5.5, ce qui en fait l'une des étoiles les plus rouge connues (150 fois plus brillante dans le rouge que dans le vert...), et je confirme! Une point tout rouge brique sur un fond d'étoiles blanches ou bleutées, on la cherche et on la trouve sans mal.
On pivote le rocker en passant devant Véga qui nous aveugle et nous allons ensuite sur une étoile double évidente, éta Lyr, deux blanches qui attendaient qu'on vienne les regarder. On descend ensuite d'à peine 1 degré vers le sud pour trouver une autre double, celle-ci beaucoup plus écartée que éta : c'est théta Lyr. Celle-ci aussi attendait son tour, et avec d'autres atouts puisqu'elle s'est mis en tête de prendre Albiréo elle aussi comme modèle (ou bien est-ce moi qui ai choisi d'aller voir des clones de cette célébrité, allez savoir...).
Trève de plaisanterie, quittons un peu les étoiles vivantes pour aller observer un cadavre, exquis, certes, puisque c'est M57, cet anneau explosif, ce petit cercle si aisé à pointer au telrad. J'enfile le filtre OIII sur mon 3.5mm et hop, M57 occupe la moitié de mon champ oculaire (j'exagère peut-être un peu). On ne s'en lasse pas, c'est bizarre, hein ? Maintenant on descend vers le Cygne, mais on doit s'arrêter un instant car un globuleux nous appelle à la rescousse, il souhaite être regardé par un Dobson 254 mm. Ca tombe bien, je suis là. Je vais à sa rencontre, et que me dit-il ? Ah mais des bonnes chose, certes M56 est moins puissant que ces congénères Herculéens, mais j'aime son noyau brillant et ses contours un peu flous. La vision décalée est ici obligatoire.

Maintenant que l'on est là, aux confins de Lyre et du Cygne, vous savez forcément quel objet va suivre dans notre périple. Oui. Gagné. Nous allons nous incliner devant la célébrité jaune-bleu, les yeux de notre oiseau estival-automnal préféré. Albiréo est toujours aussi bluffant quand on arrive dessus, je ne sais si c'est l'éclat en parfait accord des deux composantes, ou bien ces teintes de couleurs primitives, mais voilà, on peut difficilement trouver une double aussi belle dans le ciel boréal...
Restons chez le séducteur de Léda, et promenons nous le long de son aile pour aller sombrer dans le monde nébuleux. C'est vrai, je m'y perd rarement, dans ce monde là, mais là je dois dire que les Dentelles, c'est le must en ce qui concerne les nébuleuse, avec peut-être le grande d'Orion. Nous nous rendons d'abord sur la petite dentelle, NGC 6960, que l'on pointe facilement avec la double 52 Cyg. Spectacle abracadabrantesque s'il en est, puis la grande NGC 6992 et 6995 en se rapprochant de l'aile du Cygne. Il faut absolument utiliser le filtre OIII ici, et sur l'oculaire au grossissement le plus faible, sous peine de ne pas profiter pleinement de ces volutes découpées, des cette fumée diaphane qui flotte on ne sait trop comment, du gaz, ce n'est que du gaz éclairé par quelques étoiles... Splendide, mais trop vaste!... mon champ (25 mm 60°) est bien trop faible pour saisir cet ensemble.

Avant de changer de destination, un petit détour vers Jupiter s'impose, pour voir si jamais la grosse tâche serait du bon côté ce soir : que nenni, encore chou blanc! Point de grosse tâche, mais plein de jolis détails quand même, comme par exemple une tâche de moyenne dimension qui est clairement visible au centre de l'une des deux grosses bandes équatoriales. Ce n'est que partie remise pour la grosse.

Petite pause café/gâteaux et on repart du côté du petit losange qui s'appelle le Dauphin. Et dans le Dauphin, j'appelle l'étoile qui forme le haut du losange (par rapport à l'horizon), c'est à dire gamma Del. Gamma est une étoile double, qui a une particularité, c'est d'être composée d'une jaune et d'une...grisâtre !?. Limite jaunâtre. Toujours joli à regarder quand c'est pas blanc anyway...

Direction le gros carré, maintenant, Pégase. Par là, il y a un globuleux qui doit mériter le détour, on ne m'en a dit que du bien, c'est M15. Mais oui ! Cet amas est fort bien pourvu ! Granuleux, brillant, vaste. Superbe, en un mot.
Avant de quitter Pégase, on va quand même aller voir une galaxie, et je choisis NGC7331. Cette spirale vue presque par la tranche n'est pas très lumineuse, mais suffisamment pour en distinguer les contours.
En route vers Andromède maintenant, et on change d'instrument, allez, soyons fous. Euh, ah oui, c'est une bonne idée, parce qu'on se rapproche dangereusement du zénith, là... C'est M31 que je regarde avec mes Juju 10x50... Noyaux bien brillant, bras devinables, mais presque au zénith... Alors, pour être plus confort, je ne trouve que la solution de m'allonger de tout mon long sur le sol rocailleux, et c'est parfait...

Je profite d'avoir les Jujus en main pour parcourir la voie lactée à la recherche d'amas égarés, mais aussi me détourner vers les Pléiades qui sont encore là, fidèles à elles-mêmes. Je jette deux yeux aussi sur Jupiter, histoire de faire la différence avec ce que je voyais tout à l'heure...
Le silence est farouche tout autour, pas un poil de vent ne fait bruisser quoi que ce soit, aucun bruit animal, ni végétal, si tant est que les végétaux puissent faire du bruit... C'est un peu surnaturel, allongé là au milieu de nulle part...

Allez, il est temps de se relever pour finir cette séance d'observation, on reste un peu dans Andromède, pour aller voir du côté de la petite sœur de M31, savoir M33, au 25 mm bien sûr, pas moins.
Encore chez Andromède, une étoile double est inscrite sur mon plan d'expérience, c'est gamma And, et vous savez quoi ? Elle a pour modèle une certaine... Albireo, étonnant non ? Mais là la bleu est petite et la jaune orangée est grosse (comprendre brillante). Sehr schön, aurait dit Goethe.

Il est un peu plus de 3h et je tente quelque chose qu'il ne faut pas faire, terminer sur du difficile, c'est à dire viser des objets au zénith. Il faut être un peu fou pour faire ça, la fatigue s'ajoutant au cou tordu et au dos cassé ne donne jamais rien de bon, et pourtant je parviens tout de même à accrocher M52, on est ici dans Cassiopée. Et c'est une chouette récompense parce que cet amas ouvert a presque une densité de globulaire (j'exagère mais j'avais le cou tordu), une densité rocambolesque, presque étourdissante à en avoir le cou détordu...
Vient ensuite un autre amas ouvert, de son petit nom l'amas du Hibou ou encore NGC 457, avec une assez grosse double pour compagne (orange-bleu, évidemment)
Pour finir sur une note d'ouverture là encore, M103 vient se jeter à mon cou cervicalement détruit pour me montrer qu'il arbore fièrement trois étoiles brillantes en son sein, comme si il voulait se distinguer dans cette obscurité silencieuse...
Le temps est venu de refermer le thermos, le paquet de gâteaux, les étuis d'oculaires sans rien oublier par terre, les paupières sont trop lourdes, pleines de couleurs et de petits points, pleines d'espoir aussi, l'espoir de longues nuits à venir.


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01/10/11

Comment un trou noir dévore une étoile qui passe trop près de lui...

Le 28 mars dernier, le satellite Swift de la NASA a détecté un intense signal de rayons X, que l'on pense venir d'une violente dégustation d'étoile par un trou noir massif. Les trous noirs absorbent toute matière qui se trouve dans un certain rayon. Si une étoile passe à l'intérieur de ce rayon, elle peut être littéralement avalée, mais dans un phénomène très violent, qui laisse des traces par une émission intense de rayonnements.... Dans notre cas, il s'agit probablement d'une étoile ayant une orbite excentrique dans sa galaxie et qui est passée trop près du trou noir massif situé au centre de la galaxie, voilà ce qui lui est arrivé (animation d'artiste, bien sûr, mais qui donne de bonnes idées...) :
credit : NASA

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