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16/12/11

Et la naine blanche devint Supernova...

 Les supernovae de type Ia sont des explosions d'étoiles qui ont la particularité de ne pas contenir d'hydrogène, l'élément chimique le plus abondant dans l'Univers. La grande majorité des astrophysiciens s'accorde à expliquer leur origine par des naines blanches dans des systèmes à deux étoiles (systèmes binaires).

Mais le type de l'étoile compagnon de la naine blanche reste une question ouverte. À ce jour, aucun progéniteur d'une supernova de type Ia n'a encore pu être directement observé avant son explosion. La récente supernova SN 2011fe découverte cette année dans la galaxie M101 qui est à une distance de "seulement" 6,4 millions de parsecs (20,9 millions d'années lumière) de la Terre, est la plus proche et l'une des plus brillantes que l'on a pu observer dans les derniers 25 ans.

Du coup, elle a offert une occasion unique pour la recherche dans les données d'archives sur la présence d'un système binaire progéniteur à l'emplacement de cette supernova. Deux articles sont consacrés à
cette recherche dans le numéro de Nature de cette semaine (Nugent et al. et Li et alNature 480, 344–347 et 348-350 (15 December 2011)).
Il faut savoir qu'une supernova de type Ia est si lumineuse qu'elle peut complètement éblouir une galaxie comme la nôtre pourtant remplie de 200 milliards d'étoiles, et ce durant plusieurs semaines, avant de s'éteindre inexorablement en quelques mois...
M101 avec SN 2011fe

Les naines blanches sont l'état final de l'évolution d'une étoile comme notre Soleil (il lui reste environ 5 milliards d'années avant ce stade, rassurez-vous).

Ces étoiles sont extrêment petites (d'où leur nom de naines) : de taille de la Terre et sont constituées essentiellement de carbone et d'oxygène, ayant fusionné (consommé) tout leur hydrogène et tout leur hélium.
En fait, pour être plus exact, la pression dans le coeur y est telle que le carbone s'y trouve probablement sous forme de diamant... Pour imaginer la densité de ces objets, on peut considérer qu'une cuillère à soupe de naine blanche pèse 10 tonnes...

Dans des circonstances normales, les naines blanches ne peuvent pas exploser. Elles vont se reforoidir lentement en libérant leur chaleur interne sur des milliards d'années. Cependant un  résultat radicalement différent peut se produire si jamais la naine blanche "prend du poids" en volant de la matière à une étoile compagnon proche.

C'est alors que la naine blanche se met à se réchauffer, en grossissant d'avantage. Mais il existe pour ce type d'étoile une limite à ne pas dépasser... On appelle cette masse la masse critique, et elle vaut 1.4 fois la masse du soleil exactement. Lorsque cette masse critique est atteinte, de nouvelles réactions nucléaires commencent à apparaître, favorisées par l'augmentation de la température, et ces réactions s'amplifient  à une vitesse exponentielle. Il ne suffit alors que d'une seule seconde pour que toute l'étoile explose littéralement en transformant brutalement son oxygène et son carbone, en nickel, en cobalt puis en fer. Une telle explosion libère autant d'énergie que 1028 mégatonnes de TNT, difficilement imaginable.

Selon les modèles théoriques, il existe trois types possibles pour l'étoile compagnon d'une naine blanche :
  1. une géante rouge, qui est environ 100 fois plus lumineuse que le Soleil;
  2. une étoile sous-géante ou une étoile de la séquence principale, qui sont quelques fois plus lumineuses que le Soleil,
  3. une autre naine blanche, qui est 10.000 fois moins lumineuse que le Soleil.
Vues d'artiste des trois hypothèses (ESO, NASA)
Comme ces étoiles-compagnon possibles couvrent un éventail de luminosité très large, l'examen du lieu de l'explosion sur les images d'archives de supernovae de type Ia devrait, en principe, permettre aux chercheurs de distinguer entre ces différentes possibilités et pouvoir déterminer la nature exacte de l'ancêtre.

Dans leur étude, Li et al. ont examiné des images antérieures à l'explosion de SN 2011fe, obtenues par le télescope spatial Hubble et n'ont trouvé aucune preuve d'un objet vu avant l'explosion.

Si une géante rouge avait été l'étoile compagnon, elle aurait dû être détectée. Cette observation a permis aux auteurs d'exclure un ancêtre de type géante rouge - du moins dans ce cas. Malheureusement, la finesse des images n'a pas été suffisante pour leur permettre d'exclure une sous-géante, une étoile de la séquence principale, ou une naine blanche compagnon.
Néanmoins, ce résultat représente une avancée importante dans la compréhension des étoiles progénitrices des supernovae de type Ia.

La supernova 2011fe a été découverte le 24 août 2011 avec le télescope de 1,2 mètre Samuel Oschin à l'observatoire de Palomar, en Californie (collaboration FTC).
Les membres de l'équipe du FTC ont repéré cette supernova seulement un peu plus de 11 heures après l'explosion - la détection la plus précoce jamais obtenue pour une supernova de type Ia. Leur réaction rapide à la découverte leur a permis d'analyser la lumière de l'objet en utilisant un spectrographe monté sur le télescope robotisé de Liverpool (îles Canaries) à peine 16 heures après la détection, une vraie prouesse.
Le spectre de SN 2011fe fut ainsi révélé seulement environ 28 heures après l'explosion, comme le relatent Nugent et al. dans Nature révélant le spectacle insaisissable des couches ultrapériphériques de l'étoile qui explose avant qu'elles ne deviennent invisibles à cause de la dilution causée par leur expansion très rapide (à 7% de la vitesse de la lumière, excusez du peu!).
L'analyse du spectre révèle la lumière émergeant de nuages d'oxygène et de carbone de la surface de la supernova. Ce résultat confirme la conviction  théorique que l'étoile qui explose est bien une naine blanche carbone-oxygène. A partir de ces données, on parvient également à déterminer qu'une petite quantité de matériau ultrapériphérique de la naine blanche a réussi à s'échapper de la combustion phénoménale provenant du centre.

Bien que des traces de carbone avaient été déjà observées dans d'autres supernovae de type Ia, la détection de l'oxygène est ici sans précédent. En outre, l'étude de la luminosité croissante dans la première phase de la supernova indique que l'étoile secondaire est très certainement une étoile "normale" (de la séquence principale).

Les supernovae de type Ia sont non seulement des objets astrophysiques importants en tant que tels, mais ils fournissent aussi le moyen le plus précis de mesurer les distances des galaxies éloignées au sein desquelles elles se trouvent.

Le calibrage de leurs luminosités au début des années 1990 à travers le projet Calán / Tololo a permis à deux groupes d'astronomes, dirigés par Brian Schmidt et Saul Perlmutter, de découvrir en 1998-99 que, contrairement aux attentes, l'Univers est l'objet d'une expansion accélérée.

Cette découverte étonnante a été reconnue par le prix Nobel de physique en 2011. Mais il s'avère quelque peu embarrassant de ne pas connaître la nature exacte de ces objets qui prennent maintenant une place si importante en cosmologie, non ?

Bien que les études de Nugent et al. et Li et al. sur SN 2011fe ne fournissent pas encore de réponse définitive à cette question, elles permettent de se rassurer en confortant certaines idées sur la nature des supernovae de type Ia .

Bien sûr, pour répondre de façon concluante, il nous faut une autre supernova Ia proche, et si possible plus proche que M101... Et pourquoi pas dans notre propre galaxie, ça, ça serait idoine! Le problème, c'est que ces événements violents sont aussi des événement rares. On estime qu'il s'en produit un tous les 200 ans dans une galaxie typique comme la nôtre. Et comme il n'y a qu'une poignée de galaxies plus proches que M101, cela signifie qu'il faudrait statistiquement attendre une trentaine d'années pour voir une autre supernova comme cette SN 2011fe !...

Soyons patients et laissons la chance nous sourire.


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

29/03/11

Waouh !

Bon, voilà, il fallait bien y arriver. C'est un autre monde. Le monde du grand champ, le monde du piqué, le monde du contraste, le monde de la luminosité, le monde de Nagler! (many thanks Al !)
C'est donc avec empressement qu'hier soir, profitant d'éclaircies aussi inattendues que magnifiques, les nuages ayant totalement disparus, tout en conservant une température supérieure à 10° et un vent très faible, que je sortis fébrilement dobby du garage, direction banquette arrière, accompagné de ces deux jolies boîtes pleines de papier bulle renfermant ces ...oculaires, oui, ces cailloux, ces bijoux, ces trucs qui coûtent si cher, qui sont garantis 5 ans, qui devraient me tenir compagnie au moins le triple de temps...
Je parle bien du trop célèbre Nagler 13 mm et du moins célèbre Nagler 3.5 mm, le premier étant polyvalent pour tout ce qui touche à la profondeur du ciel, le second étant réservé exclusivement à mon amie Saturne, voire son acolyte Jovien, mais je prèterai volontiers à Sélène si elle ne bouge pas trop, ce que rien ne présage...
Côté chiffres, rappelons que ça donne dans le 82° de champ apparent, pour des grossissements de respectivement 92 et 343 fois et donc des champs de vue de 0.89° et 0.24°...
C'est en faisant ces règles de trois que j'arrive à mon spot devenu mon spot favori,  quelque part dans la colline entre Pertuis, la Bastidonne et la Durance. Arrivée précoce vers 20h30.

Le vent souffle très légèrement, quelques petits nuages sont visibles, mais disparaitront très vite. Mise en température, acclimatation des bâtonnets...
Il doit être pas loin de 21h (heure locale) quand je me tourne vers ce qui sera la première lumière de ce Nag13 : M42. Il fallait bien ça pour une first light. Premier Waouh! Y'a pas à dire, y'a une légère ressemblance avec ce que j'avais pris l'habitude de voir, mais quel piqué! Quelle contraste, quelle beauté!..
Un peu plus tard, je pointe vers des objets déjà vus au Plössl, de manière à pouvoir comparer le comparable.
Avant qu'il ne soit trop tard, je pivote vers les Pléiades (M45), waouh! On ne s'en lassera jamais, en fait...
C'est donc vers Ursa Major que je pivote ensuite mon rocker... Et pour une deuxième gourmandise, on choisit du lourd, M51, par exemple (je sais, M51 n'est pas dans UMa, je sais, mais pour moi si). Cette fois-ci, je n'erre plus, fini la rigolade, je trouve assez vite, et d'autant plus vite que... on voit tout de suite ce génial tourbillon, et je suis maintenant sûr que j'aperçois des spirales, mon cerveau ne me joue pas des tours, je vois des spirales avec un 254 mm (et un Nag13) ! C'est fascinant, ce double enroulement... ces centaines de milliards d'étoiles en un clin d'oeil...
Et puis on enchaine de plus belle, le Nag13 ne sort plus du porte-oculaire, ou si peu, direction M63 toujours dans Canes Venatici (les chiens de chasse), waouh, joli spectacle même sans trop de détails. On remonte vers l'Ourse, M109, waouh, tellement facile à dénicher désormais.
Cap à l'Ouest, on va jeter un oeil sur M101, waouh, noyau bien visible, mais difficile de vraiment voir des bras, même en décalé...
On remonte maintenant en traversant la casserole, direction Merak. M108... waouh... Tant que j'étais là, j'aurais pu vérifier que la nébuleuse M97 répondait présente, mais elle m'est sortie de la tête, à cause de Saturne qui commençait à narguer l'amateur sérieusement (et narguer le nag3.5!), il devait être dans les 23h00(et je travaille le lendemain quand même...)
C'est donc une nouvelle rotation dobsonienne est un pointage sur le guerrier mythologique... D'abord au 13mm, pour voir... Quel piqué, la vache! Waouh! Mais Saturne est trop lumineux!... Passons aux choses sérieuses, le 3.5mm, grossissement 343, accrochons les ceintures (de Van Hallen)... Waouh! Mazette, mais la turbulence n'est même pas si forte que je ne pouvais le craindre, Saturne et beau, fuyant.., mais beau. Mais fuyant. Mais beau... OK, la Terre tourne vite quand on accélère 343 fois... Même avec 82° de champ... Je compte, j'ai des périodes de joie de 25 secondes, le temps de traversée du dieu Guerrier du haut en haut au bas à droite du cailloux... on bouge, on fixe, on regarde, on bouge, on fixe, on scrute, on bouge, on fixe, on admire, on bouge, on fixe, on est heureux.
J'ai quand même la petite déception de ne pas distinguer la division de Cassini, c'est curieux, je devrais la voir, pourtant. Comme je ne perçois pas l'ombre de l'anneau alors que je m'attendrais à voir un petit quelque chose, mais cette lumière!... Il est vraiment lumineux ce globe tout rond qui flotte au milieu de ses anneaux dans un vide noir, juste entouré de serviteurs dévoués...
Avant de finir cette petite soirée, je vais regarder mon ami mexicain M104, qui se trouve encore dans les parages de la planète aux anneaux, et je crois entendre "Waouh!" dans la nuit de la colline... Magnifique! Je vois assez nettement la bande sombre si caractéristique, waouh, ai-je dit...
Il va être temps de plier bagage, mais quand même, je voulais vérifier ce que donne un grand amas ouvert, comme ça vite fait (on verra pour les globulaires une autre fois), je tourne donc vers la Ruche (Praesepe), numéro 44 chez Messier... WAOUH!...
Allez, faut rentrer, demain réveil à 6h30, c'est à dire dans 6h...
Petite conclusion en rangeant le matos : les plössls fournis par SkyWatcher sont, comment dire... moyens... surtout le 10 mm...

Qualité du ciel :
transparence : très bonne (mvlon supérieure à 6 : 4 étoiles visibles dans UMa))
turbulence : pas trop mauvaise (le disque d'Airy danse un peu sur Polaris à G=1.43D)

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm filtres Moon et OIII

10/03/11

Soirée galactique

Ce soir, j'ai conscience que c'est le dernier jour de météo clémente coïncident avec une lune jeune avant deux bonnes semaines.... Autant dire qu'il faut en profiter...

Balade lunaire sur la terrasse vers 20h:
Fracastorius est une formation circulaire abîmée située sur la rive Sud de Mare Nectaris, elle montre des versants assez escarpés pleins de cratères. Cette muraille élevée est engloutie au Nord dans Mare Nectaris.
Un vrai nectar pour les pupilles...

Sortie dans la colline entre 22h40 et 0h30 :
A la recherche de M51... difficile de mettre la main dessus, n'ayant pas emporté avec moi mon atlas, je ne savais plus vraiment à quelle distance de 24 CVn je devais chercher, d'où des tâtonnements assez désagréables, à la limite du dépit, mais soudain, voilà ce double tourbillon! Et je jurerais voir les bras spiraux, rêvé-je ? Je me régale.
Restons dans le coin d'Ursa Major, du côté de M101, c'est diffus diffus...assez déçu (j'incrimine la qualité optique de mes oculaires, fournis d'office avec l'OTA). Allez, un petit oeil sur M109 (je suis très galactique comme mec, au final).
Maintenant je me dis que je n'ai que la hâte de recevoir mon Nagler 13 mm. J'en ai déjà ma claque de ces Plössl de qualité laissant à désirer...
Un dernier tour vers le Corbeau pour retrouver le plus vite possible (on a les petites joies qu'on peut) le Sombrero (M104) : 30 secondes. A battre.
La soirée galaxies se termine (je bosse demain!), je jette un œil à Saturne, histoire de vérifier que j'ai toujours envie d'un 3 mm. Oui, j'ai toujours envie d'un 3 mm (et grand champ) ;-). Ça sera pour après le Nag 13.

bon ciel :
- absence de vent
- Turbulence très très faible (tâche d'Airy stable! sur Pollux à G=D)
- mvlon environ 5.6 (?)


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm filtres Moon et OIII