Affichage des articles dont le libellé est M57. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est M57. Afficher tous les articles

03/10/11

Randonnée automnale

Les conditions atmosphériques étaient enchanteresses samedi soir, à 21h, aucun scintillement distinguable, nuages définitivement absents, même de haute altitude... Et ce croissant qui se couche vers 21h30.... Dobby allait donc retrouver sa garrigue préférée.
Arrivée vers 22h sur place, je voyais facilement Asterope dans les Pléiades (mag 5.75) et j'ai réussi à compter 12 étoiles dans le carré de Pégase, ce qui situe la magnitude visible limite à au moins 5.95, plutôt un bon score... Le vent est nul, la température sympathique (environ 15°), et la turbulence très faible.

C'est donc avec un certain entrain que je parfis ma collimation sous une voie lactée éblouissante dès l'arrivée sur site.

J'ai un programme assez chargé, j'ignore si j'aurais le courage de le parcourir en entier, je passe la première heure à faire des essais de photos du ciel au reflex, histoire de m'entraîner un peu pour les Draconides du 8 octobre (on en reparlera sûrement). Je suis assez content du résultat. Mais je vois qu'il est impossible de dépasser 20 secondes de pose sous peine de bouger stellaire... c'est pas beaucoup... même ouvert à 3.5, on n'a pas le temps de capter tous les photons que l'on souhaiterait... Mazette.

Le voyage de ce soir doit nous conduire de Hercule jusqu'à Cassiopée, via le Cygne et Pégase.

Les Pléiades accompagnant Jupiter sur l'horizon Est en début de nuit (Canon EOS 1000D, pose 20 s).

Nous débutons donc notre rando dobsonienne par deux amas globulaires classiques de Hercule, M92 et M13, cousins germains, tous deux à la beauté fracassante, montrant des milliers d'étoiles et une densité étourdissante. M13 au Nagler 13 est sans concurrence, même si M92 se montre bien combatif également. J'aime ces globuleux, ces petites galaxies comme je me complais à les appeler... On reste un instant dans Hercule pour aller chercher alpha Her, de son petit nom Ras Algethi. Cette étoile est une double très  très jolie, aux teintes albireoesques, c'est à dire jaune et bleu. Mais beaucoup plus serrée que son modèle. Il faut passer le 5 mm (x240) pour bien séparer les deux composantes.

On passe maintenant à la constellation voisine, un peu plus vers le sud, la Lyre. Nous allons regarder une étoile singulière, il s'agit de T Lyr, que l'on peut reconnaître très facilement dans le champ stellaire malgré son faible éclat, puisqu'elle est rouge comme une brique de maison cht'i, si si, vraiment. Il paraîtrait qu'elle a un indice de couleur B-V de +5.5, ce qui en fait l'une des étoiles les plus rouge connues (150 fois plus brillante dans le rouge que dans le vert...), et je confirme! Une point tout rouge brique sur un fond d'étoiles blanches ou bleutées, on la cherche et on la trouve sans mal.
On pivote le rocker en passant devant Véga qui nous aveugle et nous allons ensuite sur une étoile double évidente, éta Lyr, deux blanches qui attendaient qu'on vienne les regarder. On descend ensuite d'à peine 1 degré vers le sud pour trouver une autre double, celle-ci beaucoup plus écartée que éta : c'est théta Lyr. Celle-ci aussi attendait son tour, et avec d'autres atouts puisqu'elle s'est mis en tête de prendre Albiréo elle aussi comme modèle (ou bien est-ce moi qui ai choisi d'aller voir des clones de cette célébrité, allez savoir...).
Trève de plaisanterie, quittons un peu les étoiles vivantes pour aller observer un cadavre, exquis, certes, puisque c'est M57, cet anneau explosif, ce petit cercle si aisé à pointer au telrad. J'enfile le filtre OIII sur mon 3.5mm et hop, M57 occupe la moitié de mon champ oculaire (j'exagère peut-être un peu). On ne s'en lasse pas, c'est bizarre, hein ? Maintenant on descend vers le Cygne, mais on doit s'arrêter un instant car un globuleux nous appelle à la rescousse, il souhaite être regardé par un Dobson 254 mm. Ca tombe bien, je suis là. Je vais à sa rencontre, et que me dit-il ? Ah mais des bonnes chose, certes M56 est moins puissant que ces congénères Herculéens, mais j'aime son noyau brillant et ses contours un peu flous. La vision décalée est ici obligatoire.

Maintenant que l'on est là, aux confins de Lyre et du Cygne, vous savez forcément quel objet va suivre dans notre périple. Oui. Gagné. Nous allons nous incliner devant la célébrité jaune-bleu, les yeux de notre oiseau estival-automnal préféré. Albiréo est toujours aussi bluffant quand on arrive dessus, je ne sais si c'est l'éclat en parfait accord des deux composantes, ou bien ces teintes de couleurs primitives, mais voilà, on peut difficilement trouver une double aussi belle dans le ciel boréal...
Restons chez le séducteur de Léda, et promenons nous le long de son aile pour aller sombrer dans le monde nébuleux. C'est vrai, je m'y perd rarement, dans ce monde là, mais là je dois dire que les Dentelles, c'est le must en ce qui concerne les nébuleuse, avec peut-être le grande d'Orion. Nous nous rendons d'abord sur la petite dentelle, NGC 6960, que l'on pointe facilement avec la double 52 Cyg. Spectacle abracadabrantesque s'il en est, puis la grande NGC 6992 et 6995 en se rapprochant de l'aile du Cygne. Il faut absolument utiliser le filtre OIII ici, et sur l'oculaire au grossissement le plus faible, sous peine de ne pas profiter pleinement de ces volutes découpées, des cette fumée diaphane qui flotte on ne sait trop comment, du gaz, ce n'est que du gaz éclairé par quelques étoiles... Splendide, mais trop vaste!... mon champ (25 mm 60°) est bien trop faible pour saisir cet ensemble.

Avant de changer de destination, un petit détour vers Jupiter s'impose, pour voir si jamais la grosse tâche serait du bon côté ce soir : que nenni, encore chou blanc! Point de grosse tâche, mais plein de jolis détails quand même, comme par exemple une tâche de moyenne dimension qui est clairement visible au centre de l'une des deux grosses bandes équatoriales. Ce n'est que partie remise pour la grosse.

Petite pause café/gâteaux et on repart du côté du petit losange qui s'appelle le Dauphin. Et dans le Dauphin, j'appelle l'étoile qui forme le haut du losange (par rapport à l'horizon), c'est à dire gamma Del. Gamma est une étoile double, qui a une particularité, c'est d'être composée d'une jaune et d'une...grisâtre !?. Limite jaunâtre. Toujours joli à regarder quand c'est pas blanc anyway...

Direction le gros carré, maintenant, Pégase. Par là, il y a un globuleux qui doit mériter le détour, on ne m'en a dit que du bien, c'est M15. Mais oui ! Cet amas est fort bien pourvu ! Granuleux, brillant, vaste. Superbe, en un mot.
Avant de quitter Pégase, on va quand même aller voir une galaxie, et je choisis NGC7331. Cette spirale vue presque par la tranche n'est pas très lumineuse, mais suffisamment pour en distinguer les contours.
En route vers Andromède maintenant, et on change d'instrument, allez, soyons fous. Euh, ah oui, c'est une bonne idée, parce qu'on se rapproche dangereusement du zénith, là... C'est M31 que je regarde avec mes Juju 10x50... Noyaux bien brillant, bras devinables, mais presque au zénith... Alors, pour être plus confort, je ne trouve que la solution de m'allonger de tout mon long sur le sol rocailleux, et c'est parfait...

Je profite d'avoir les Jujus en main pour parcourir la voie lactée à la recherche d'amas égarés, mais aussi me détourner vers les Pléiades qui sont encore là, fidèles à elles-mêmes. Je jette deux yeux aussi sur Jupiter, histoire de faire la différence avec ce que je voyais tout à l'heure...
Le silence est farouche tout autour, pas un poil de vent ne fait bruisser quoi que ce soit, aucun bruit animal, ni végétal, si tant est que les végétaux puissent faire du bruit... C'est un peu surnaturel, allongé là au milieu de nulle part...

Allez, il est temps de se relever pour finir cette séance d'observation, on reste un peu dans Andromède, pour aller voir du côté de la petite sœur de M31, savoir M33, au 25 mm bien sûr, pas moins.
Encore chez Andromède, une étoile double est inscrite sur mon plan d'expérience, c'est gamma And, et vous savez quoi ? Elle a pour modèle une certaine... Albireo, étonnant non ? Mais là la bleu est petite et la jaune orangée est grosse (comprendre brillante). Sehr schön, aurait dit Goethe.

Il est un peu plus de 3h et je tente quelque chose qu'il ne faut pas faire, terminer sur du difficile, c'est à dire viser des objets au zénith. Il faut être un peu fou pour faire ça, la fatigue s'ajoutant au cou tordu et au dos cassé ne donne jamais rien de bon, et pourtant je parviens tout de même à accrocher M52, on est ici dans Cassiopée. Et c'est une chouette récompense parce que cet amas ouvert a presque une densité de globulaire (j'exagère mais j'avais le cou tordu), une densité rocambolesque, presque étourdissante à en avoir le cou détordu...
Vient ensuite un autre amas ouvert, de son petit nom l'amas du Hibou ou encore NGC 457, avec une assez grosse double pour compagne (orange-bleu, évidemment)
Pour finir sur une note d'ouverture là encore, M103 vient se jeter à mon cou cervicalement détruit pour me montrer qu'il arbore fièrement trois étoiles brillantes en son sein, comme si il voulait se distinguer dans cette obscurité silencieuse...
Le temps est venu de refermer le thermos, le paquet de gâteaux, les étuis d'oculaires sans rien oublier par terre, les paupières sont trop lourdes, pleines de couleurs et de petits points, pleines d'espoir aussi, l'espoir de longues nuits à venir.


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

06/05/11

Parmi les chouettes.

Je suis donc sorti hier soir, il était 22h30, le croissant de Lune prenait une teinte orangée en s’approchant de l’horizon, cette soirée devait être dédiée à la traque aux nébuleuses planétaires.

Et c’était l’occasion pour moi également d’inaugurer un nouveau lieu d’observation, situé un peu plus à l’abri de la pollution photonique humaine, quelque part dans la garrigue entre Mirabeau et Grambois pour ceux à qui ça parle. Il me faut 17 minutes pour être sur site depuis Pertuis, ça va…

Objectif nébuleuses planétaires en tête, je m’installe confortablement, la transparence est bonne ce soir, bien que j’avais aperçu des espèces de nuages de haute altitude qui me faisaient craindre un ciel moyen. Le vent souffle encore un peu fort, disons 20 km/h par petites rafales, mais je prends tout de même le risque, je n’ai que trop attendu depuis la découverte de ce lieu prometteur.

Avant d’attaquer la profondeur de ce ciel, je me tourne vers mon ami jaunâtre du printemps Saturne, toujours aussi majestueux, je distingue très très bien les ombres et la division à mon grossissement favori 343X. L’hémisphère nord semble bien blanchâtre contrairement au reste du disque. Les gros satellites sont disposés de manières singulière ce soir : ils sont tous du même côté et les trois « petits » forment un beau triangle pointant vers le gros Titan, amusant comme tout.

Sautons du planétaire aux nébuleuses qui n’ont de planétaire que le nom (comme chacun le sait), et je me tourne vers le classique des classiques pour commencer cette promenade, miss Lyre (M57), la dernière fois que je l’avais pointée, cette petite, je n’avais pas encore de telrad, mais maintenant, quelle efficacité… en trois coups de cuillère à pot, je te mets le cercle pile entre les sommets du losange de la Lyre, et l’anneau se retrouve comme par enchantement dans le champ du 13 mm. C’est beau. On pousse au 3.5mm quand même, pour se délecter de la chose, le filtre OIII apporte un léger mieux mais pas violent.

Allez, on zappe, direction Ursa Major, pour un autre classique, la chouette M97 qui est si facile à trouver au telrad là encore, il suffit juste de positionner le grand cercle pour qu’il touche Merak, en faisant coïncider le diamètre avec le segment Merak-Phecda. Logiquement, ce que l’on voit alors dans l’oculaire grand champ, c’est… pas M97, mais une galaxie… sa voisine toute proche, voire les deux dans le même champ… Bon on y est, on est là… que c’est chouette, que c’est chouette, que c’est chouette… Je pense discerner les fameux yeux de l’oiseau nocturne…

Et quand même, mon bel objectif de soirée en prend un coup, puisque je viens de voir M108 à côté, et je ne l’avais encore jamais vue comme ça… et là tout bascule, « faut pas te limiter aux nébuleuses planétaires, profites de ce beau ciel ! » entendis-je dans la nuit emplie de hululements…

Voilà, mon côté galactique a repris le dessus, étant dans U Major, je ne peux m’empêcher de glisser lentement vers Canes Venatici, et bien sûr celle qui représente peut-être pour moi le test idoine de qualité d’un ciel et d’un site, fifty-one. Voilà, ma fifty-one, j’arrive !

J’irai droit au but : depuis que j’ai ce Dobson et que je regarde fifty-one, elle ne m’avait encore jamais montré ce qu’elle m’a montré hier soir. Tout simplement grandiose (et pourtant il y avait du vent, je le rappelle) : bras spiraux nettement visibles, et pas seulement en décalé, pont de matière entre les deux tourbillons, une pure merveille. Ô, que Je suis heureux d’avoir déniché cet endroit…

Après M51, je reviens un peu dans UMa pour aller voir si j’y suis du côté de M101, vu le résultat précédent. Mais oui, j’y suis ! Je vois presque des bras, avec un noyau brillant.

Une dernière visite de la grande Ourse pour aller voir le duo classique eighty-one-two (M81/82), là encore, vision panoramique contrastée au rendez-vous. Je me demande si je n’ai pas réussi une collimation parfaite ce soir… Well well well, il faudrait que je retourne un peu à mon objectif initial quand même… j’ai une idée !, je me souviens qu’il y a une nébuleuse planétaire située dans le carré du Corbeau, je n’ai qu’à aller jeter un œil sur le Sombrero (j’aime bien mais classiques, vous remarquez ? surtout pour comparer avec les images que j’ai en mémoire sous d’autres cieux), le Sombrero, disais-je, et comme ça, je descendrai ensute doucement dans Corvus pour trouver la faible NGC 4361…

M104 est parfait, rien à dire de mal dessus. Il donne envie de parler espagnol. NGC 4361 est une nébuleuse planétaire assez faible, au contours assez diffus, un peu difficile. Cohérente avec ce que j’en attendais finalement.

La nuit avance et l’oiseau a maintenant déployé ses ailes et son long cou…. L’Oiseau, c’est bien sûr le Cygne, animal mythologique qu’avait utilisé Zeus en son temps pour séduire la belle Léda, qui avait donnée ensuite naissance aux jumeaux Castor et Pollux…. Et je pense soudain qu’il est trop tard pour aller du côté de ces deux là pour découvrir la nébuleuse planétaire que j’avais prévue dans mon programme, la dénommée nébuleuse de l’Eskimau… j’aurais dû commencer par là. Bon, il faut aussi garder des buts dans la vie, revenons au Cygne, et gardons l’Eskimau au frais…

Le Cygne, c’est la fameuse page 62 du pocket sky atlas, c’est aussi par là que se trouve des superbes nébuleuses planétaires, notamment Blinking Planetary (NGC 6826) et Dumbell (M27), que j’ai mises à mon programme un peu improvisé, il est vrai…

Mais avant toute chose, quand on se tourne vers Cygnus, on se penche forcément vers l’extrémité de la tête de l’Oiseau, pour y admirer sans doute la plus belle étoile double bicolore du ciel boréal (j’abuse ?), il s’agit de Albireo la magnifique. Elle me montre ses deux belles composantes jaune et bleu, les deux yeux du Cygne en quelque sorte.

Pour aller chercher Dumbell, j’ai eu un peu de mal tellement la densité stellaire est imposante dans ce coin de voie lactée. Trop d’étoiles nuit au repérage !... qui l’eut cru.

J’ai heureusement repéré un petit astérisme situé en dessous de Albireo qui va me permettre de fixer la belle Dumbell dans mon oculaire. Première impression : cette nébuleuse planétaire n’est absolument pas ronde ! Ca contraste avec mes précédentes invitées. On devine assez aisément des strucures internes complexes dans cette vaste nébuleuse aux contours francs.

Allez, je me mets à la recherche de Blinking, vu qu’il paraît (je ne l’ai encore jamais vue) que l’effet de clignotement est très amusant, même si j’ai l’impression que je commence à clignoter un peu tout seul par la fatigue. Mais c’est dur. Je ne la trouve pas… Je tourne, je fouine, je cherche. Pas de Blinking… Il me faut un peu de café chaud, une pause thermos bienvenue. Je reprends ma traque, mais en vain, il est possible que je sois un peu trop fatigué.

Mais il est quand même hors de question de plier bagage sur un échec, je décide donc de retourner dans le monde galactique en me laissant dériver sans but précis entre Denebola (vous savez, la patte arrière du Lion) et Vindemiatrix (epsilon Virginis)… en plein dans l’amas de la vierge, où Makarian vit une chaîne, et où je saute de galaxies en galaxies sans savoir qui elles sont, j’en vois par la tranche, des de face, des petites, des grandes, au moins une dizaine, des centaines et des centaines de milliards d’étoiles et dix fois plus de matière noire sont sous mes yeux, dans un calme absolu…

Je voulais finir cette soirée sur un beau coup, et toujours afin de tester (comme si je n’en étais pas encore convaincu) la bonne qualité de mon nouveau site d’observation, d’autant qu’on m’avait récemment fait l’apologie de M92, amas globulaire qui rivaliserait, parait-il avec son voisin M13. Qu’à cela ne tienne, je vais donc finir en beauté en allant comparer les mérites respectifs de ces deux accolytes Herculéens.

D’abord M13, pour fixer la référence. Y’a pas de doutes là-dessus, ça flashe la pupille, et quand je glisse le 3.5mm dans le PO, waouh ! M13 occupe tout le champ… je rêve ou quoi ?... Ca rend humble, des choses pareilles. On se dit que c’est là depuis tellement longtemps…

Au dessus du quadrilatère de Hercule, on trouve assez vite M92, et je dois dire que la réputation qu’on m’en a faite n’est pas loin d’être justifiée, M92 est différent de M13, plus dense au centre, moins étalé, mais d’une grâce vraiment semblable à celle du beau thirteen. Combien d’étoiles puis-je discerner dans mon oculaire 100 ? 1000 ? 10000 ?

Cette fois le temps est venu de plier le matos, le temps de sommeil va être court, je range mes précieux Nagler, en ayant complètement oublié mon échec sur Blinking, mais je sais que je la trouverai la prochaine fois et qu’en plus il n’y aura pas de vent du tout… J’entends des chouettes hululer au loin.

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm, Barlow TV x2 filtres Moon et OIII, Guided by Telrad

08/04/11

Les Amas globulaires du printemps

Nouvelle sortie. Eh oui. Quand le ciel diurne est vide, on comprend qu'il sera plein dans sa version nocturne. Et comment! 
La transparence promet d'être bonne, en revanche une légère brise, celle-là même qui permet de chasser les derniers nuages récalcitrants, indique qu'on aura une turbulence peut-être gênante. On est prévenu.
La dernière fois, j'avais clos ma soirée par un amas ouvert en songeant plonger dans les amas globulaires au plus vite. C'est donc ce soir ou jamais, enfin... c'est ce soir quoi, que Dobby va voir M13.
Le croissant de Lune se couche aux environs de minuit, c'est donc vers 23h15 que j'arrive sur site, endroit secret dans une colline des environs de Pertuis.
Evidemment, après avoir laissé un petit moment le miroir atteindre la température ambiante, qui frôle les 18° au bas mot (climat délirant cette semaine...), on ne résiste pas longtemps, en attendant que Lune ait disparue entièrement, de tourner le tube vers Saturne, après tout, c'est un peu la semaine Saturne, cette semaine.
Le constat est sans appel, la turbulence atmosphérique ne permet pas d'utiliser un grossissement supérieur à 240, et même à 240, c'est délicat par moments.

Allez, il est l'heure des amas globulaires! Et pour commencer, évidemment, dirais-je, je pointe M13, le fameux. Il n'est pas très réputé comme un objet du printemps, mais bon, il me semble suffisamment élevé pour tenter le coup.
Avant de raconter ce que j'ai vu, arrêtons-nous un instant sur la manière de trouver M 13 en quelques secondes seulement : il ne suffit que de connaître la grande Ourse et 2 étoiles, toutes deux très brillantes : Véga et Arcturus. Le chemin est le suivant :
Regardez vers l'horizon Nord-Est, assez bas sur l'horizon, vous trouvez inmanquablement Véga, belle étoile blanche très brillante. Nous levons maintenant la tête pour identifier la Grande Ourse. Une fois repérée cette casserole céleste bien connue, il suffit maintenant de suivre le manche de la casserole et de le poursuivre en suivant la courbure, jusqu'à trouver naturellement cette deuxième étoile très brillante et légèrement orange : c'est Arcturus! Nous avons maintenant Véga et Arcturus. Traçons une ligne imaginaire entre ces deux étoiles et suivons là en partant de Véga pour aller vers Arcturus. A environ 1/3 du chemin, notre ligne traverse de part en part une sorte de rectangle trapézoïdal. Arrêtons-nous ici, nous sommes proche du bonheur. 
Prenons le côté de ce rectangle qui se trouve du côté de Arcturus. Vous y êtes ? Nous regardons l'étoile qui se situe en haut de ce côté, puis nous descendons vers celle qui matérialise la fin de ce segment. Nous nous arrêtons encore à 1/3 du chemin. OK ? Glissez maintenant un oculaire de faible grossissement et/ou de grand champs. Vous voyez cette petite boule bizarre ? C'est M13, ce très joli amas globulaire qui contient tant d'étoiles... Il est tant de chausser un oculaire à plus fort grossissement pour en profiter un peu plus, un.. 13 mm par exemple !
La vision de cet amas d'Hercule, comportant plus de 100 000 étoiles (on ne les distingue pas toutes, je rassure) est très chouette, bien que toute son ampleur n'apparaît qu'en vision décalée. Je ne peux pas compter toutes les étoiles que je vois, c'est beau, juste beau.
Il faut savoir qu'entre autres particularités, M13 est très vieux, on estime son âge à 13 milliards d'années (facile à retenir). Son diamètre réel de 150 années-lumières. Il parait qu'il contient en outre de très nombreuses étoiles jeunes, qui ne seraient pas nées en son sein, mais plutôt capturées par lui!...




C'est en rêvassant à ces chiffres que je quitte M13 pour continuer ma route globulaire printanière, on enlève un "1", direction M3.

Il se trouve que pour trouver aisément M3, on a déjà fait la moitié du chemin puisqu'on a déjà identifié Arcturus, l'étoile orangée qui fait son chemin dans son coin (pour ceux qui connaissent les mouvements), ainsi que la Grande Ourse. Il va nous falloir maintenant trouver la dénommée Cor Caroli, c'est très simple, vous allez voir : fixez Arcturus en faisant en sorte que la Grande Ourse se trouve au-dessus d'Arcturus (la Grande Ourse est presque au zenith, en fait), vous devriez être tourné vers l'horizon Nord-Est. OK ?

Exactement à mi chemin entre Arcturus et la casserole vous voyez une étoile assez brillante (un peu moins que les étoiles de la casserole), il s'agit de Cor Caroli. Maintenant, accrochez-vous, on arrive : on trace la ligne entre Arcturus et Cor Caroli, on se place a mi chemin encore, et on est arrivé, M3 nous attend là.
Une autre façon de trouver rapidement M3 est de trouver l'intersection des droites Spica-Alkalid et Arcturus-Cor Caroli...

Et bien le spectacle de M3, bien haut dans le ciel me semble peut-être plus beau encore que celui de M13, ce qui s'explique facilement par cette hauteur justement. Cet amas contient près de 500000 étoiles sur 160 années-lumières... La vision décalée est encore nécessaire pour apprécier pleinement la forme arrondie. Le grossisement à 240 est assez décevant, probablement à cause de la turbulence, je préfère donc en rester au 13 mm et son piqué redoutable.
Allons maintenant regarder un amas globulaire de plus faible magnitude et plus petit en dimension apparente, je choisis M53, qui est l'un des rares amas globulaires visibles à cette époque de l'année (vivement l'été, quand il fera 40°).
M53 disais-je... comment on le trouve celui-là ? Ah, mais c'est un peu plus difficile que les deux autres, tiens!... Il nous faut trouver une étoile qui s'appelle alpha Com (dans la constellation de la Chevelure de Bérénice). Elle se trouve pas très loin d'Arcturus (encore lui). Et on la trouve en utilisant encore des objets connus : Grande Ourse et Cor Caroli, que nous avons trouvé tout à l'heure... On trace donc une ligne qui part du milieu du premier segment du manche de la casserole (côté casserole) et qui passe par Cor Caroli. C'est bon ? On poursuit cette droite en descendant, elle passe à droite de Arcturus. Mais on s'arrête pile à l'horizontale d'Arcturus! Là se trouve alpha Com. Il n'y a plus qu'à jeter un oeil à l'oculaire grand champ et M53 devrait être là à côté de cette étoile repère. Facile, finalement...
M53 est plus faible que les précédents, et plus petit. Il faut savoir qu'il se trouve à plus de 50000 années lumières de nous, ce qui en fait l'amas globulaire le plus lointain...
Moins intéressant probablement, encore qu'il dévoile une belle structure.


Une soirée d'observation ne serait pas réussie sans l'observation de quelques galaxies, ce soir je chois donc un duo pas encore vu avec ce Dobby : M81/82. Je n'entre pas dans le détail de ma façon de les pointer (on garde pour plus tard). Je peux juste dire que voir les deux dans le même champ, ça a de la gueule!... Elles tiennent vraiment limite limite dans le Nag13, elles ont bien plus d'espace au 25 mm 60°. Je n'imaginais pas pouvoir distinguer des détails sombres torturés de M82, et bien manifestement c'est le cas... hummm...

Il commence à se faire tard, dans les 1h30 (je rappelle que c'est une nuit de jeudi à vendredi et que je n'ai pas pris de RTT le lendemain, tout de même!), mais je ne peux résister à aller titiller ma favorite M51 (et ça n'a rien à voir avec ma ville de naissance, n'allez pas chercher minuit à quatorze heures!). J'observe que ce tourbillon tourbillonne encore mieux que la dernière fois que je l'avais regardé (probablement lors de ma dernière sortie ?). Je vois très nettement des bras spiraux au Nag13, je suis ravi. 51 c'est un bon nombre.


Avant de remballer le matériel dans le silence de la nuit noire, une dernière petite observation d'une nébuleuse planétaire, comme ça, vite fait, pour changer d'idées, je fais simple, court, rapide, M57, la Lyre. Un peu trop basse sur l'horizon, mais tout de même sympa, cet anneau, avec ou sans filtre OIII...
It's now time to go back home and  put images into brain storage!


Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 TV Nagler 13 mm, TV Nagler 3.5 mm, HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm filtres Moon et OIII

06/03/11

Chouette, un Sombrero !

Comme à chaque nouvelle Lune, il est trop tentant de sortir le dobby du garage, quelle que soit la qualité du ciel. Et le ciel n'était pas le meilleur hier soir, du vent (trop), des nuages d'altitude... Transparence bof et turbulence au rendez-vous. Soit. On y va quand-même.
Et cette fois-ci, je change de lieu, mon premier spot ne me plaisant qu'à moitié (trop proche de la route et de la ville). Direction une colline un peu plus loin (13 minutes de moteur à explosion et on y est).
 
Arrivée sur place vers 0h35, installation du matériel, rusé, j'avais placé le tube dans la voiture (garée dehors) bien avant de partir, de manière à ce que la descente en température soit déjà bien amorcée.

Première constatation, le ciel n'est pas bon. Trop clair pour être honnête, nuages brumeux en altitude? Evaluation de la mvlon sur les étoiles de U Major : à peine 2 visibles, soit entre 5.2 et 5.6m. Peut mieux faire...
OK, commençons par la star du printemps qui est déjà suffisamment montée, Saturne pour le nommer. Toujours aussi majestueux avec un Titan très éloigné. J'ai toujours envie d'investir dans un grossissement plus important, le 5 mm (x240) me frustre... argh. Faudrait un 2.5 ou 3 mm pour être heureux... Bon, on le note.

Allez, quittons Saturne, direction le ciel profond maintenant, vu qu'on n'est pas loin de la constellation du corbeau qui se trouve juste en dessous de la planète aux anneaux aujourd'hui, allons donc jeter un oeil sur cette fameuse galaxie mexicaine (par le nom), M104, galaxie du Sombrero. Très facile à trouver : il suffit de suivre la flèche à partir du haut du corbeau... (quand je pense à ceux qui prennent 10 minutes à programmer leur goto et à attendre que leur bousin se positionne..), ça me prend au bas mot 3 minutes en manuel...
Sombrero nous voilà ! Vision décalée obligatoire pour apercevoir quelque chose de cohérent avec ce qu'on imagine. On y arrive, au 10 mm, le diamètre me paraît grand, grand....

Sombrero (M104) (illustration)

Direction maintenant du côté de Ursa major qui culmine bien bien haut, même carrément au zénith... Euh, c'est tellement zénithal que ça en devient difficile de mettre l'œil dans le chercheur... pffioou... on est dans la contorsion de cou, là...
Bon, vu la qualité du ciel je ne vais pas essayer la voisine M51, on va aller voir plutôt du relativement facile : le couple M97/M108 : nébuleuse de la Chouette, et galaxie M108, tout juste à côté de Merak.

nébuleuse de la Chouette (M97) (illustration)

Bien évidemment, je ne vois pas tout à fait la même chose dans mon 254 mm que cette image, mais la forme est la même. Je n'ai pas pu voir l'étoile centrale, de magnitude 16.
M97 est une nébuleuse planétaire qui a été découverte en 1781. Sa distance est incertaine, les estimations varient entre 1300 et 8000 années-lumière.
La masse totale de la nébuleuse est d'environ 0,15 masse solaire, tandis que l'étoile centrale aurait une masse de 0,7 masse solaire. Son âge est estimé à 6000 ans (date de l'explosion de l'étoile).

M108 est une galaxie spirale vue par la tranche, elle a été découverte elle aussi en 1781, peut-êtrle même jour que M97, vu leur proximité apparente... Elle ne présente pas vraiment de bulbe visible.

M108 (illustration)

M108 m'apparait bien allongée effectivement, toujours en vision décalée pour plus de détails. 

Il commence à se faire un peu tard dans ce ciel moyen et le vent souffle par rafales fort désagréables, on va donc finir ce voyage par une autre célébrité explosée, sans doute la nébuleuse planétaire la plus fameuse, j'appelle la Lyre (M57)! 
Elle a été découverte en 1779. Le diamètre réel de l'anneau est de 1,3 année-lumière, ce qui nous donne environ 2'.
J'aperçois assez facilement l'anneau, encore en vision décalée. Etoile centrale non visible (15.8m).
 Nébuleuse de la Lyre (M57) (illustration)

Il faut savoir que l'anneau que l'on peut voir est composé principalement d'oxygène et d'azote ionisés. Le bord extérieur est composé d'hydrogène, la partie sombre étant de l'hélium (car émettant dans l'UV), se qui reflète la composition des couches que l'étoile centrale a expulsé en explosant. Le reste d'étoile au centre est aujourd'hui une naine blanche très chaude, à peine plus grosse que notre bon gros soleil...

Sur ces réflexions, et après une nouvelle grosse rafale de vent presque tiède, je décide de ranger le matériel en essayant de retrouver mes protège-oculaires, qui se sont littéralement envolés pendant le spectacle!...

Dobson Sky Watcher 254 mm F/4.7 HR planetary 5 mm, Plössl 10 mm, Plössl 25 mm filtres Moon et OIII